COEXISTENCE DES HERNIES INGUINALES ET DES HERNIES CRURALES
Quand une hernie inguinale el une hernie crurale coexistent du même côté^ elles peuvent ôlre absolument distinctes; en ce cas elles sont presque toujours de volume moyen, rarement Tune d'elles devient très volumineuse et j'ai cru observer que dans un certain nombre de cas où la hernie inguinale prend le dessus^ la hernie crurale cesse d'apparaître.
Mais très souvent les deux hernies paraissent se confondre en une saillie bilobée, occupant toute la r*5gion de l'arcade crurale et présentant tant au- -dessus de ce ligament fibreux qu'au-dessous de lui une boursouflure plus marquée, séparée par une dépression correspondant à la ligne qui représenle larcado. Il s'est produit en pareil cas une distension de toute la paroi abdominale au niveau du pli de laine; la poussée abdominale déprime le péritoine et l'enfonce dans la région inguinale et dans la région crurale, mais Tarcade crurale elle-même se trouve relâchée et cède à la pression des viscères.
Quand on examine un sujet atteint de cette infirmité, on constate dans la toux ou dans les cfl'orts qu'il se produit un bombement et comme une projeclion de toute la partie interne de la région inguino -crurale, bombement où se dessinent avec un relier plus marqué les saillies que fait d'une part la hernie inguiu,'dc vers la partie interne de l'arcade de Fallope, de Tau Ire la hernie crurale en dedans et parfois en avant des vaisseaux fémoraux.
J'ai fait l'autopsie de malades qui avaient présenté cette €lisposilion etj*ai trouvé que tantôt il existait deux sacs herniaires distincts et parfaitement formés pour la hernie inguinale cl pour la hernie crurale, en leur lieu et place ordinaires; que tantôt il n'existait qu'une sorte de dépression de la paroi abdominale siégeant tant au-dessus qu'au-dessous de l'arcade crural e^ sans sacs herniaires distincts, mais que le tloigt, pressant soit au niveau de l'anneau inguinal interne, soit au niveau de l'anneau crural, sur la face interne de la paroi pouvait sans nul efl'ort refouler le périloine très loin soit dans le trajet inguinal, soit dans le canal crural. L'arcade crurale était relûchée et 1res notablement affaiblie, les muscles abdominaux faibles el les Irousscaux fibreux des aponévroses dissociées. 11 s'agit en pareil cas de hernies qui sont la plus haute expression des hernies de faiblesse; j'ai proposé la dénomination de distension du pU de raine pour désigner celte disposition.
Sur un certain nombre de malades que j'ai pu suivre, j'ai constate que des
Fio. i13. — DbU^iision île roîne droite. t, hirnic triirnle flnnle. — 2, hertiîc" în^uiniile iln>iU3. — 3, poinlc de liernic {ttlHt(?nsio!i cornmiençîinlc) à gauche. 4t 5, varicfs ampuIJoirea des velues saphijnc<4»
deux hernies que séparait Tarcade de Fallope, Tune, en général la hernie inguinale, se prononçait davantage avec le temps ; souvent alors la saillie inférieure constituée par la hernie crurale devenait moins marquée; j'ai vu quelquefois le phénomène inverse se produire. Cette évolution de la hernie dans un sens ou dans Tautre, doit dépendre en bonne partie du mode de contention qu'on adopte.
Ce genre de hernie ne parait pas devoir donner lieu à des accidents fréquents, les conditions de rigidité des orifices herniaires, anneaux ou collets, qui produisent l'étranglement font ici totalement défaut; mais il constitue une infirmité d'autant plus pénible qu'aucune sorte de bandage ne peut efficacement le maintenir. Quand l'arcade de Fallope est très relâchée, on peut espérer fermer à la fois l'orifice inguinal et l'orifice crural au moyen d'une pelote fort large et très convexe, supportée par un très puissant ressort. Cette pelote déprime la partie interne de l'arcade fémorale en l'appuyant sur le pubis en même temps qu'elle comprime le trajet inguinal ; mais une pression de cette nature ne peut guère être supportée sans troubles par les vaisseaux et les nerfs qui la supportent.
J'ai fait fabriquer sur mesure, des pelotes présentant deux saillies correspondant, l'une à la région inguinale, l'autre à la région crurale ; elles ont paru rendre service dans quelques cas; mais le plus souvent je me suis trouvé réduit à choisir, parmi les deux hernies, celle qu'il était le plus nécessaire de contenir en raison de son volume et d'appliquer sur elle un bandage approprié à pelote un peu large.
C'est la hernie inguinale à laquelle il convient généralement d'adapter le bandage en pareil cas et la pression que celui-ci exerce jusque sur la région crurale, modère jusqu'à un certain point l'essor de la hernie crurale. On conçoit que de semblables hernies, qui s'observent souvent chez des gens âgés, affaiblis, chez des tousseurs ou des phtisiques, ne soient à de rares exceptions près, guère justiciables de la cure radicale.