‹ Traite de chirurgie, publie sous la direction de MM. v.8, 1892Chapitre 54 sur 236 · IH ANOMALIES PHYSIOLOGIQUES · texte numérisé non relu

IH ANOMALIES PHYSIOLOGIQUES

Je serai bref sur les anomalies de la fonction mammairej c*est'à-dire de la lactation, car le sujet ne présente presque aucun intérêt cfiirurgical, (les anomalies sont d'ordres divers. J'étudierai successivement : I" rabsense de séerélion; 2* Texcès de sécrétion ; 3<* les sécrétions anormales par Tépoquc de leur apparition ou Uétérochrones ; 4" la lactation chez Thomme.

!• Absence fh .décret if in If idée. — Afjalitrlie. — Si T insuffisance de la sécrélioii lactée est un phénomène ti'ès commun, l'agalactie propreracnl dite est au contraire fort rare. Il arrive cependant parfois que chez des femmes bien constituées, les seins quoique suffisamment développés, ne sécrètent pas une seule goutte de lait. Cette anomalie s'annonce déjà pendant la grossesse par Fabdeoce de colostrum. Après raccouchement, la poussée congcstive, ce qu*on appelle la montée du lait, ne se fait pas, et les seins, qui s'étaient développés au début de la gestation, se fié t rissent sans rien sécréter. Puech, qui ra|)pyrte un bel exemple personnel de cette anomalie, en cite quelques autres. Le plus remarquable est celui de celte femme qui eut lu enfants sans jamais sécréter une goutte «le lait. Ses seins étaient ilu reste normalement conformés. Sa mère avait eu 27* enfants, et à aucun de ses nombreux accouchements la sécrétion lactée ne s'était établie (*). Un fait étrange, c'est que l'absence de sécrétion peut ne porter que sur un seul sein sans qu'oii trouve à cette bizarrerie aucune raison anatomique. Je ne ferai que mentionner l'agalactie secondaire, e'cfti'â-dire la suppression de la lactation qui se produit d'une manière accîdenldle plus ou moins longtemps après raccouchemeid.

2* Hyper^frrvtioiu — Certaines femmes sécrètent une énorme quantité de Uit, jusqu'à 1800 centigrammes par jour, sans que le lait soit altéré, sans que la santé générale ait à soulTrîr de celte hypersécrétion. Ce sont des cas de pt>ltj*jolw simple, qui ne relèvent pas de la palhologie. Dans d'autres cas, le lait devient séreux, et la quantité sécrétée atteint des proportions extraordiniiires. t Une malade perdait 1 litre de lait toutes les six heures, une autre remplissait

(*) ILuiLAU, Med^-thir. Review, juillet 1859.

une cuvette en quelques instants ('*) ». G. de Mussy parle d'une femme qui perdait 7 litres de lait par jour. Une telle hypersécrétion ne peut aller sans altération de la santé : elle est véritablement pathologique et doit ôtre traitée comme telle. Il faut employer les toniques pour relever l'état général. Contre l'hypersécrétion, on utilisera l'iode intus et extra, l'iodure de potassium, l'agaric blanc préconisé par Joulin. Si ces moyens échouent, il faut avoir recours au sevrage, ce qui ne suffit pas toujours.

En effet, dans certains cas, la sécrétion se continue bien au delà des limites ordinaires. C'est peul-(^tre dans cette forme de galactorrhée qu'on trouve les faits les plus extraordinaires. Depaul a vu la sécrétion persister quatre ans après l'accouchement, Charrier sept ans, Puech dix ans, Bœrhavc douze ans. « Celle femme, dit Bœrhavc, finit par ôtre atteinte d'un diabète laiteux, de sorte que toute la nourriture qu'elle prenait s'échappait de ses mamelles sous forme de lait, sans aucune succion (*) ». Il y a des faits plus extraordinaires encore. Puech cite, d'après Horace Green, l'observation suivante : « Une lady de quarante-sept ans, de constitution puissante, réglée et de bonne santé, était, quatorze ans auparavant, accouchée de son quatrième et dernier enfant (le premier avait été conçu à vingt ans), et depuis elle avait conservé le lait au sein. Cette sécrétion persista alors qu'elle devint veuve, et, en sa qualité de grand'mère, elle put concourir pour un temps à l'allaitement de son petit fils. » Cazeaux a vu une femme qui, pendant les quarante-sept années qui suivirent la naissance de son premier enfant, eut une sécrétion de lait tellement abondante qu'elle put nourrir six enfants lui appartenant et huit étrangers. Elle fut toujours régulièrement menstruée pendant lallaitement, et à quatrevingt-un ans elle avait encore du lait. Cette galactorrhée peut se faire par un seul sein, comme dans le cas de Gibbons ('). Le sein droit se tarit, mais le sein gauche continua à donner 600 grammes de lait par jour pendant onze mois.

5" Lactation hétérochrone. — Depuis les recherches de Scanzoni (*), de Natalis Guillot(*), de Gtibler(^), de De Sinety(^), on sait que chez les nouveau-nés il y a d'une manière à peu près constante production d'une petite quantité de lait. Toute sécrétion lactée qui se produit après la naissance et en dehors de la gestation mérite le nom de sécrétion hétérochrone. Ces sécrétions anormales ont été l'objet de plusieurs monographies. Je citerai surtout celles de Capron (•) et de Duval ('). De la naissance à la puberté, les faits de sécrétion lactée sont rares. On cite toujours les 2 cas de Baudelocque et de Pauli. Le premier est le plus remarquable : il s'agit d'une petite fille qui allaita un enfant de quelques mois alors que la mère était empochée de le faire par des crevasses. Au moment de la puberté, il n'est pas rare de voir les seins fournir

(*) Puech, Loc. cil., p. 38.

(*) HoERiiAVE, Prxlectiones academicœ, t. III, p. 203.

P) Gibbons, Obstr. Soc. of London, févr. 1887.

(*) Scanzoni, VerhandL der phys.-med, GeaelL zu Wiirzburg, t. II, n' 19, p. 852.

(») M. GuiLLOT, Arch. gcn. de méd.

(<*) GCbler, Mém. de la Soc, de biol.^ 2* série, t. II.

(") De Sinety, ArcU, de physiol.^ 1875.

(«) Capron, Thèse de Paris, 1877.

(») DuvAL, Thèse de Paris, 1881.

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ijuclques gouttes de liquide; maïs ce nesl pas là du lait vériLaljle. EûLre la puberté et la ménopause, et même au delà de la ménopause, il y a d'assez nombreux exemples de femmes vierges, nullipares ou mullipares. qui ont présenté, en dehors de la grossesse, une sécrétion lactée plus ou moins abondanle. C'est là un chapitre qu1l est focile d'égayer de nomhreuses anecdotes : je m*en dispenserai. Il est plus intéressant de chercher quelle peut élre la cause de ces sécrétions héLérochrones, Dans un grand nombre de cas, la sécrétion est le résultat direct d'une excitalion méranirjue portée sur le sein ou sur le mamelon. Une jeune iille, une jeune femme donne le sein à un nourrisson pour rapaiser^ et bientôt ce sein se remplit. La possibilité d*élabhr la sécrélion du lait par rexcitation mécanique est bîen connue. CL Bernard {*) la signale; elle est industriellement employée pour les femelles laitières, particulièrement pour les chèvres. (Juand ta sécrétion hétérochronc survient .«ans excitation mécanique : elle est (dus difficile à expliquer. Dans certains fias, elle a paru liée à des altérations des organes génitaux, utérus ou ovaires, mais il est bien difficile d^affirmer qu'il en soit toujours ainsi. Je ne parlerai naturellement pas ici de la sécrétion minime quî marque le début de certaines tumeurs.

1* Lactation chez fhomme. — J ai déjà dit que chez les nouveau-nés, à quelque sexe qu'ils appartiennent, les mamelles sont le siège d'une poussée congestive, qui amène la production d'ime petite quantité de lait véritable. Hors ce fait, la lactation chez l'hommo n'est guère qu'un chapitre de la gynécomaslie. On en a rapporté un assez grand nombre d'exemples {') qui n'ont guère qu'un intérêt anccdoti*pie. Elle peut se produire à tous les âges. Schacher la observée chez un sexagénaire et chez un enfant de neuf ans. Toutefois, il ne faudrait pas croire que la lactation soit forcément liée à la gynécomastie. Cliquet (*) a tenté chez un soldat dont les seins s'étaient hypertropliiés à la suite d*une orchîte trauniatique de déterminer la sécrétion par tics elTorls de succion répétés, toutes ses tenlalives échouèrent. Par contre, on a pu voir la succion déterminer la production de lait et le gonilement de la glande, chez des individus qui n'étaient pas antérieurement gynécomastcs* Humbold (*) raconte qu'un homme, ayant donné |>lusieurs fois le sein à son enfant pour le calmer pendant que sa mère était malade, vit survenir une sécrétion assez abondante et assez riche pour suffire à 1 alimentation de Tenfant.

(•) CuiL'DE Behnauo, Levons êur Icn prvpriétés pltysiohffiques l't les aUéTations pathoh- ^l^uesdeê tiquidef de t'organUme.

i*] Oud«jn<*s-uiis mérne oat été recueillis ctioz tes animaux mâles. rt CUQt ET, Trih. méd., 4 iiov- 1877. (•) Hi'»«»OLDT, Vofjage aux région» équinoxifi^ea du nouveau cotitine^tt.

Y1UIT£ de ClIIBUIUitE. — VI

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