‹ Traite de chirurgie, publie sous la direction de MM. v.8, 1892Chapitre 57 sur 236 · PLAIES BU SEIN · texte numérisé non relu

PLAIES BU SEIN

BRULURES

Quand Tinstrument vulnéranl qui frappe la mamelle traverse la paroi thoracique, ouvre la plèvre, pénétre dans te [>oumon, la lésion de la glande passe au second plan : c'est d'une plaie pénétrante de poitrine qu'il s'agit. Je laisse ces faits complètement de côté. Quant aux plaies limitées h la mamelle, elles ne pn^senlent pas grand intérêt en dehors de la lactation. L*hémorrhagie est généralement peu considérable, et elle ne pourrait devenir embarrassante que ù elle avait pour origine une plaie très profonde et très étroite*

Pendant la laclaiion, les plaies du sein présentent un peu plus d'intérêt : d'une part, parce quelles s infectent plus facilement; d'autre part, parce qu*elles s'accompagnent fatalement, pour peu qu'elles soient profondes, de i'ouvi^rture des canaux laeliféres. L'ouverture des culs-de-sac glandulnires ou des canaux de pelitc dimension n'a généralement aucune suite fâcheuse. Les nombreuses incisions d'tibcès du sein qui se cicatrisent sans incident sont là (»our le démontrer. Mais l'ouveriurc des canaux excréteurs plus volumineux peut êlrc suivie de l'établissement d'une listule lactée. Au début, le lait s'écoule par l'orifice, il ne tarde pas h être m^lé de pus, puis il devient plus m moins séreux, comme si rexistence même de la fistule modifiait la sécrétion. Ces Hstules sont fort gênantes pour les femmes qui allailenL Le liquide f(ui en sort et dont la quantité augmente au moment où lenfant tête les mouille constamment* Il est parfois difticile d'en obtenir la guérison tant que h sécrétion persiste. Chez les femmes qui allaitent, il faut se défier des injeclioiis roodificalrices et caustiques. Le liquide injecté pourrait pénétrer dans leseanaux lactifères origine de la fistule el de là dans la bouche de lenfanL Aoâ&i est-on souvent obligé d'attendre ou de provoquer la fin de la lactation pour obtenir la guérison de la fistule. Mais d'ordinaire, dés que la sécrétion a cessé, la fistule se tarit et se ferme, ou bien il suffit de moyens très simples p^ur l'oblitérer. J'étudierai plus loin les fistuleuses purulentes et les procédés thérapeutiques qui s*y adressenL

La facilité avec laquelle s'infectent les plaies du sein pendant la lactation est

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connue depuis longtemps. Les érysipèles étaient autrefois fréquents et giSves. Gosselin les trouvait si redoutables qu'il avait renoncé à inciser les abcès du sein, et beaucoup de chirurgiens avaient proscrit la réunion par première intention dans les plaies de cet organe. Il ne reste plus rien aujourd'hui de ces terreurs passées, et les plaies du sein sont soumises aux mêmes règles que celles de toute autre région. Si elles sont aseptiques, il ne faut pas hésiter à les réunir complètement. Si Ton a quelque doute, il vaut mieux les drainer; si elles sont infectées, il faut les laisser ouvertes et panser à plat, quitte à faire une réunion secondaire après les avoir désinfectées.

Les brûlures du sein ne sont pas très rares. Elles sont produites, soit par des liquides bouillants répandus sur la poitrine, soit par la combustion des vêtements. Le mamelon, point culminant, est particulièrement exposé, et lorsqu'il a été détruit, la cicatrice qui le remplace oblitère les canaux galactophores. Qu'arrivera-t-il dans cette glande dont les voies d'excrétion sont supprimées, si une grossesse survient? Billroth est réduit sur ce point à des suppositions. Il pense que la glande se développera comme d'habitude pendant la grossesse, duis que, l'excrétion ne pouvant se faire, ou bien elle diminuera de volume pour s'atrophier ensuite, ou bien il se formera de nombreux abcès. Tripier cherche à détruire par de simples raisonnements les hypothèses de Billroth. mais il ne cite aucun fait à l'appui de ses idées. Voici une observation de E, Delbet (*) qui prouve que la brûlure du mamelon suivie de l'oblitération des canaux galactophores peut avoir des conséquences sérieuses. Une enfant de dix à douze ans subit une brûlure du sein gauche qui porte sur le mamelon, l'aréole et les parties immédiatement voisines. Le mamelon est détruit et remplacé par une cicatrice. Au moment de la puberté, le sein du côté brûlé se développe un peu moins que celui du côté droit. Mais cependant il se développe 'd'une manière suffisante pour montrer que la glande n'a pas été détruite. Vers vingt ans, cette femme devient enceinte. Pendant la grossesse, le sein augmente un peu, mais il ne se passe rien d'anormal. Après l'accouchement, au moment de la montée du lait, il survient des douleurs extrêmement vives. La glande se gonfle, elle forme des saillies irrégulières tout autour de la cicatrice centrale. Sur la peau distendue, au voisinage de la cicatrice, apparaissent des plaques de sphacèle. Les eschares se détachent, et par les plaies qu'elles laissent en tombant le lait s'écoule en abondance. Les plaies granulent et les fistules lactées se tarissent. Lien que la femme n'ait pas cessé d'allaiter son enfant avec le sein du côté opposé. Cette femme a eu ultérieurement deux autres enfants; il ne s'est plus rien produit d'anormal du côté du sein brûlé. La glande avait sans doute été complètement détruite par l'inflammation première.

Contre ces accidents, la chirurgie est à peu près désarmée. Lorsque le mamelon a été détruit par une brûlure, les soins les plus attentifs ne peuvent empêcher l'oblitération des conduits galactophores. Au moment de la montée du lait, peut-être pourrait-on par des débridements diminuer les souffrances des malades et éviter le sphacèle, mais je ne crois pas qu'il soit possible de rétablir les voies d'excrétion de manière à permettre l'allaitement.

(*) Et Delbet, Communication orale.

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