‹ Traite de chirurgie, publie sous la direction de MM. v.8, 1892Chapitre 77 sur 236 · MALADIE DE PAGET — DES COCCIDIES · texte numérisé non relu

MALADIE DE PAGET — DES COCCIDIES

« Je ne crois pas qu'on ait encore signalé ce fait qu'à certaines affections chroniques de la peau du mamelon et de l'aréole succède très souvent un squirrhe de la glande mammaire. J'ai pu réunir environ 15 cas de genres présentant tous des caractères à ce point semblables qu'une seule description peut leur suffire. Il s'est toujours agi de femmes entre quarante ou soixante ans au plus, ne présentant entre elles d'autres particularités que leur affection

(') WooDy Philad, med, Times, 7 ocl. 1882, vol. XIII, p. 11.

MAIADIE DE PAGET.

DfvS t:unciiJiES.

du sein. Chez loules, la maladie avait tlébuU* par une éruplioii du mamelon et de Taréole; le plus soovenl elle prenait laspecl d'une surface • llorid » d'un rouge inlensc, vif, très fincuicnt granuleuse, comme si les papille^ ('Haient à nu, offrant une certaine annloi^^^ie avec une surface d eczéma dilTus oL Iri-s aigu, ou encore avec ccïïe d'une balanite aigLK^ Sur celte surface, qui occupait la totalité ou la plus grande partie du mamelon ou de l'aréole, il y avait toujours une exsudation abondante, claire, jaunâtre, visqueuse, accompagnée le lus souvent de fourmillements, de démangeaisons et de sensations de brlV res, sans cependant que Félat général fût atteint. Je n'ai pas vu cette forme d'^niption s'étendre au delà de l'aréole; une seule fois je Tai vue se creuser lus profondément à la niani«'*re d'iiu rodctd ttlvpr.

• Dans certains cas, les lésions présentaient l'aspect d'un eczéma chronique rdinaiit*, a%'ec de petites vésicules, des squames, des croûtes jaunâtres, molles,

€l une exsudation constante. Dans quelques autres, Téruption a rcsscml>lé an psoriasis par la séclieresse et la présence de qiieUjues squames blanches à desf[uainalion lente. Dans ces deux formes, surtout dans la forme psoriasique, j ai inj l'éruption s'étendre bien au delà de l'aréole, oÛ'rant un boril en larges cercles. Je l'ai vue quelquefois consister en plaques rouges, isolées^ recouvrant presque tout le sein.

• Je n'ai pas remarqué que dans aucun de mes cas Téruption fût diiïérente lie ce qu'on pourrait décrire dans les traités de dermatologie coiujue de l'eczéma chronique, du psoriasis, ou sous quelque autre nom. Parfois de Iclles éruptions apparaissent sur les seins, puis guérissent ou disparaissent après quelques mois de durée, sans ^tre suivies d'aucune autre lésion. Mais dans lous les cas que j'ai pu surveiller de prés, un cancer de la glande mammaire t^sl apparu, une année ou deux après le début de ralîection superficielle. Jamais le cancer n'a précédé la lésion de surface

« Léruption a résisté à tout traitement lo(*al et général cl a |îersi^lé même après son envahissement par le cnncei'. Le earcinoiue a toujours débuté dans la glande non loin de In peau malaile, dont il est toujours resté séparé par un intervalle de tissu d'ap|>areiice snine. Le cancer même n'a rif^n olVert de partifuher,,..Tout en somme se résume a l'histoire habituelle des cancers tXn sein. Le fait saillant est rapparition h ce point fréquente du cancer après lalTection ♦'hronique de la prau, qu'fUi peul sou[)ronuer im rap[>orl eulre l'CS deux w>rles de lésions. La présence de Féi-upliou implit[ue doue un certain danger qii1l faut craindre et pronostiquer (*). »

Telle est la descriplïon excellenle mais purement symptomalique donnée |Mir sir J. Paget (') en 1874 de la uudadie qui porte son nom. thi voit que celle maladie est caractérisée par deux choses : une ulcération cutanée sans ^nds caractères spéci tiques, le dévçloj>penient d*un cancer vulgaire qui suit de près el fatalement l'ulcération.

Les travaux qu'on a publiés sur ce sujet sont déjà nombreux ; on vu trouvera

(•) Tra«Jiiclion Uttt'rnle du mémoire de Sir J. Pii^*i4v emprunté h ta romnruuable thèse de I WicKliam. Paris, nm,

(^ Or» dUcase of Uie mammai^y arcola prcre'iimj cancer of //ii* tnamtnanj gland. S<iini-% [Barth&hmew'ê hospit, Hep.j 1874.

MAf.AlJiK m: PAGET.

mis GOCGIUIKS.

la bibliographie corapiète dans la thèse de Wickham. Je signalerai plus loin ceux qui ont paru depuis celle thèse.

Jindiquerai d ahord les earaetères symployialiqueî* que des faits nouveaux et une observaliou plus minutieuse sont venus ajouter à la description de Paget. Puis je chercherai à êlnhlir quel genre de relation il v a entn» l'ulcération et le cancer, et enfin j'étudierai la nature de cette ulcération. Les travaux de Malassez, de Darier, de Wickhanit ont donné à ce dernier point de la question un intén^t de premier ordre.

Les limites d'âge lixées par Pagel se sont trouvées dépassées dans les deux sens. La plus jeune des malades observées jusqu'ici avait vingl-hnit aos» la plus Agée soixante-douze. Un cas a été observé chez rhomnie par Forrest» De plus une ulcération identique à celle de la maladie de Pagel a été observée au scrotum (').

Laflcc(ion est extrêmement rare dans ses formes complètes, comprenant Fulcération el le cancer, Wickham la croit plus fréquente en Angleterre que étiez nous. Cela n*est pas démontré. En tout cas en Angleterre même elle est fort rare, puisque Bryaut n'en rapporle que 5 cas sur *>0(l cancers, et Henry Morris !i! sur 505. En ajoutant à ces faits ceux de Gross, Oldekop, Schniidt, on arrive à un total de 1507 cancers avec 11 cas seulement de maladie de Paget, c'est-à-dire moins de 1 pour tOO. O'Neill nous dit en outre qu'en sept ans^ à l'hôpital Saint-Vincent de Dublin, Mapotber n a vu qu'un seul cas de maladie de Paget (-); à Saint-Louis de Paris on en a observé a cas en quatre ans,

A mesure que les observations se sont multipliées» on a précisé davantage les symptômes de la maladie. Mac Call Anderson (^) a cherché le premier à différencier T ulcération de leczénia, el c'est dans ce sens qu'ont porté depuis Icsetlorts, Pour Texposé des symptômes, je suivrai la thèse de Wickham.

Au sein, c'est toujours par le mamelon que la maladie commence. Il se forme au sommet du mamelon une petite croûte grisAlre, adhérente, qui, enlevée, lend sans cesse à se reproduire. Cel état peut persister des années. Tôt ou tard l'ulcération paraît et le mamelon offre toujours une grande tendance k la rétraction. L*ulcéralion s'étend, et elle peut dépasser les limites de l'aréole et même celles du sein.

Les bords de Tulcération sont nets, comme tracés avec une plume; ils sont polycy^*liqncs, fonnés d'arcs de cercle de rayon variable. Souvent te bord est légèrement surélevé et se présente sous forme d'un bourrelel linéaire pâle ou rosé. L'ulcération, lorsqu'elle a été nettoyée, débarrassée de ses croules, se présente sous l'aspect d'une plaque de niveau égal, finement mamelonnée, d'un ruuge brillauL Le mamelon est rétracté, et parfois même on observe à sa place une dépression. Souvent on peut par l'excitation le faire saillir momentanément. A côté de l'excoriation légère, caractérisée par la couleur rouge vif, on peut trouver des points exulcérés d'un rouge plus sombre. 11 peut raénu se faire des ulcérations véritables. Par contre, l)arier a constaté la présence de petits Mots rosés, secs, qu'on peut toucher sans les faire saigner, qu'il appelle Ilots épidermisés. Quand on pince Tulcération, on sent une induration super-

f*) ttADCLirf Crockeiî, Patli. Soc. of London, 6 iîov. 1888,

O H.'O. NtrLL, British med. Jtmnuii, 18 avril t8lH.

(*J M.-C. A.M>EUHON, Oiasgoif med, Joiim,, oclobrr IM*],

MALADIE DE PAGET. ~ DES COCCtDIES. «33

Hcielle, papyracée, parfois assez accentuée pour donner la sensation, suivant la comparaison anglaise, dun penny glissé suus le derme.

Tels sont les symptômes qui oaraclériseraient rulcéralion de la uinladie de Paget el perraellraienl de la distinguer île Oczéma. Cette édillcatioti est bien fragile» puisque nous voyons Wiekhnm rejeter le diagnostic de maladie de I I*aget et faire celui d'eczéma dans deux cas où, de son aveu intime, les symptômes que je viens de résumer étaient au prrand conxplct. Il rejette le dia- I f^nosltc • maladie de Faget » pour celte seule raison qu'il nu pas trouvé de

coccidies. NVst-ce pas une pétition de principe? I J'arrive maintenant au second point du sujet, le cancer. « I^c caractère très ^^|Nirltculier de la maladie de Pn^el, dit Wiekham (*), réside dans la formation, "à un moment donné, d'une néoplasie cancéreuse qui peut évoluer à la surface ou dans la profondeur. • (Vesl là le fait sur lequel Paget a insisté, Or voici ce que donnent les observations jiubliées depuis le mémoire de Paget. Aux 21 qui uni été réunis par Wiekham j'ai pu ajouter h autres fails ('). Sur ces i6 faila, 17 seulement et encore en comptant les cas douteux^ ont été suivis de cancer. Dans Ù cas, le cancer a manqué, El, cv qiti est très frappani, c'est qur dans les observalions |nibliées par les eliirurgieus, le cancer ne manque jamais» tandis qu'il est rare dans celles qui sont publiées par les derniatologistes. Ce qui donne à penser que les cas d'ulcération sans cancer sont peut- *Mrc liien plus fréquents que b^s fails publiés ne Lendent k le faire ci'oire. Mais lenons-nous-en à ces faits publiés. Or, nous y voyons des cas où le cancer a dchulé en même temps ou presque en même temps que l'ulcération (Savory- Hume), d'autres où le cancer n*a commencé que 1 an, li ans^ 5 ans, i ans, '» ans après ruicératiou. Et k cùté de ces faits, il en est d'autres où Tulcéraliun a duré T, 8, 1 1, Itï et même 20 ans sans qu'il se soit développé le moindre rtttcer. De sorte que la relaliun eiUre lulrérc et le cancer n'apparaît pas avec *'ndence.

Mais il faut examiner de plus prés la nature des cancers. Ce faismit, on voit <ji*ç, 8 foiî» au moins il s'agissait d'épithéîiumc paviuienteux d'origine cutanée. I^oiir ceux-là, un ne peut parler de maladi** spéciale; ce sont simplement des ♦^as particuliers de faits bien connus eu patliologie générale, le développement des épilbéliomes sur les vieux ulcères. Les observations de Paget mises « f*îirl, il reste donc en tout 9 faits où, à la suite J' ulcérât ion du mamelon ^t Je rai'éole, il sest développé des cancers glandulaires; el il en est où le *i^ et la nature du cancer ne sont pas très exaclement spécifiés. Encore fyut'îl ajouter que lorsque le cancer se développe dans la glande, il y a toujours une portion de substance saine entre l'ulcère el le cancer, et jamais de continuité topographique entre les deux. En présence de ces fails, on est tenté »lr se demander avec KaposI si « Ton n'a pas attaché une trop grande impor- Utice k cerlîiins faits dVczéina rebelle du sein qui se compliquent de cancer »» surtout SI Ton songe que les éléments qu'on a considérés comme caracléris-

0 WicKiiAM, Loc* cit., p. 7î.

C) Voici rindicalion de ces faits : Sciîmidt* Deuisrhe Zeitschr. f, r/iiV., Utî. XXVI, p. 15îi, !W?. — (i. auiLl-VG. Traits, of ihe Path. Soc, of London, 17 scpL 1800, v«d1. XLI, \k WX — ' iH%$».N, Tram, of Ihe PatlioL Soi\ of London, t8D0, vol. XtJ, ji. 214. — IUme, LciMcel, i. n ji. f:-*:*, — t). Nul. Brii. tti&L Jûuniai, 18 avril IKlU.

%^k MALADIE DE PAGET. — DES COCCIDIES.

iiqiies de la maladie de Paget n'ont jamais été trouvés dans les cancers de la glande.

Nous sommes donc ainsi conduits à envisager la question des coccidies, et je vais résumer les travaux dont elles ont été Tobjet, puisqu'elles n'avaient pas encore fait leur avènement à la pathologie humaine lorsque le premier volume de ce Traité a été publié.

Chacun sait qu'on désigne sous le nom de coccidies des parasites unicellulaires, amœboïdes, du groupe des psorospermies, qui ont la propriété de vivre dans les épithéliums.

Darier le premier a découvert dans Tacnée cornée ou acnée sébacée des éléments particuliers, que Malassez a considérés comme des psorospermies. En raison de ce fait, Darier a donné à cette maladie le nom de psorospermose folliculaire végétante. Lorsque Darier communiqua sa découverte à la Société de biologie, le 25 mars 1889, Malassez, qui, je le répète, avait afGrmé la nature psorospermique des éléments contenus dans les pièces de Darier, déclara qu'il avait remarqué depuis longtemps dans certaines tumeurs épithéliales des corps cellulaires rappelant les psorospermies des lapins et de rats, en particulier sur des pièces d'Albarran. Le 6 avril 1889, Albarran apporta à la même Société trois pièces d'épithélioma pavimenteux du maxillaire contenant les éléments en question. Il soutint, en s'appuyant sur l'autorité de Balbiani, qu'il s'agissait bien de coccidies, mais sans rien affirmer sur leur rôle pathogénique. Huit jours plus tard, le i3 avril 1889, Darier fit devant la même Société une communication < sur une nouvelle forme de psorospermose cutanée, la maladie de Paget du mamelon ». Il attribuait aux coccidies le développement de l'ulcération et de l'épi théliome. Depuis, ces éléments ont été retrouvés par Wickham, Hutchinson et O'Neill dans la maladie de Paget, et par Vincent (*) dans des épithéliomes pavimenteux. D*autres histologistes ont trouvé ces mêmes figures, mais sans les considérer comme des coccidies. J'y reviendrai dans un instant.

Les corps considérés comme des coccidies se présentent sous divers aspects. Tantôt ce sont des masses protoplasmiques irrégulières ou des noyaux qui infiltrent l'épiderme. Quelques-uns ont déjà un siège intra-cellulaire. A un degré de développement plus avancé, ces corps apparaissent entourés d'une membrane brillante ; leur volume est plus grand que celui des cellules voisines; leur siège est nettement intra-cellulaire (fig. 14).

Enfin, dans leur stade de complet développement, ces corps atteignent un volume énorme, triple ou quadruple de celui des cellules voisines, et forment des sortes de kystes à paroi brillante. Dans l'intérieur de ces kystes on distingue des corpuscules qu'on considère comme des spores (pseudo-navicelles, corps falciformes) qui, mises en liberté par la déhiscence de la paroi, iraient vivre pour leur propre compte (fig. 14).

Tels sont les corps qui ont été considérés comme des psorospermies oviformes ou coccidies.

Il s'agit d'abord de déterminer leur nature et ensuite leur rôle pathogène. Darier et Albarran m'ayant obligeamment montré leurs préparations, j'ai pu

(*) Vincent. Bull, de la Soc, ds bioL. !•' mars 1890, p. 121.

MArAlHK JkK PAliKT. — UKS COCXIDIES.

st&

[>nslaier que ces corps ont véiiLablcment une physionomie très parUculière,

^1 en outre que ceux des pièces do Darier n ont presque rien de conmiun

^Wiùc ceux des pi^'-ces dVMbarran. Dans ces dernières les corps en question

jMiflont presque jamais intra-cellulaires, ni presque jamais enkystés* Si ce

[)nt dans les deux cas des coccidics, il esL impossible ([u'elles soient de

aéme espèce. Balbiani et Malassez ont cru pouvoir alTirmer qu'il s'agissait

éellement de psorosperniies oviformes. Mais bien que ces corps ait un

Bpeci assez pariiculier, on peut se demander si leurs caraete^^res morpho-

[^giques et leurs propriétés biologiques, paiiicuiîèrement la manière dont

ne comportent vis-à-vis des réactifs colorants, sont assez nets, assez

IréciSy pour qu'on puisse affirmer par !c seul examen microscopique leur

nature parasitaire. Il ne semble pas tfu'il en soit ainsi; et le microscope ne permcUra d'affirmations catégoriques que si l*on trouve quelque matière colorante ayant une action élective sur ces corps. Or, malgré les recherches de Darier et de Vincent, celle matière colorante n'est pas encore

Fio. 15. — Daprès WickliOiu.

FiG, 14, D'après WkkUnm.

trouvée. En l'absence de cette preuve, il faudrait au moins qu'on ail oellement constaté le mode de reproduction des parasites, ou trouvé le ioyen de les cultiver. Or les phénomènes de reproduction n'ont pas él6 observés d'une manière suftisante, même dans la maladie de Pagct où leur éTolution a été le mieux snivic. On sait que les divers états par lesquels pussent les psorosperniies sont les suivants. La masse d'abord amœboïde sVnkysIe* Dans le kyste se forment deux, quatre ou une quantité plus Considérable de spores suivant les genres. Chaque spore donne naissance lux corps falciforraes, qui, mis en liberté* ramènent à la phase amœboïde. Wîekham a décrit des kystes ènoïnies de psorospermies. Nous verrons que ces figures sont également susceptibles d*autres interprétations. Quant aux corps falciformes, ils n ont pas été bien ncttemcni obsenés. Reste la

MALADIE DE PAGKT.

DES COCCIDIES.

question cios cultures r or justju ici elles ndit jamais donné le moindre résullat('). Il ne faudrail pay s'appnyer iniiqiienienL sur cet échec des cultures pour nier la nature parasitaire des corps en question, car il est très difficile, presque iuipossible d'obtenir des cultures des psorospermîes les plus vulij:aires. Cet échec ne permet donc ni d'affirmer, ni de nier. Mais comme juscju'ici on n'a pas trouvé de maLièrc colorante ayant une action élective, comme les phénomènes de reproduction et particulièrement les corps falcifornies nV.mt pas été nettement observés, comme les culUires n ont donné aucun résultat, on |)eut dire qu'on n'a pas fourni une seule preuve péremptoiro que les corps qu'on trouve dans Tulcération de la maladie de Paget et dans certains épibléliomes pavimenleux sont vérita- ■ bleinenl des coccidies. |

D autre part, on peut donner des ligures qui ont été considérées comme des coccidies d'autres interprétations très rationnelles. Avant les travaux de Darier on les considérait comme thies à des altérai ions cellulaires et depuis des micrographes de la pins grande valeur s'en tiennent encore à cette interprétalion. A. Borrel (*) considère les figures intercellulaires comme des formations dégénératives et, pour lui, les formes iutra-ceîlulaires sont dues à des formations endogènes de cellules. • Une partie du noyau s'isole, s'entoure d'une masse proloplasmique propre dans la cellule mère, cl plus tard se sécrète une membrane. J ai vu, ajoute-t-il, tout ce processus dans mes préparations* » Quant aux prétendus kystes à psorospermies, ce seraienl * des globes rélîculés » comparables aux globes épideruiiques, et non des sporanges de coccidies. Le processus de formation endogène qui donne naissance à des cellules filles incluses dans des cellules uïères, avait été déjà entrevu par Outlin el il a été mînutiensemenl étudié par Cornil sur une tumeur épilhéliale de l'ovaire. Il le décrit dans tous les détails et ajoute : « Nous avons tenu essentiellemenl à décrire en détail el à figurer l'histoire de ce développement de celluh^s filles^ car si Toj! n'était pas éclairé sur les diverses phases cl les dilTérenles (ormes de leur évolution ascendante puis régressive, on serait exposé h les prendre pour des parasites, pour des amibes ou des coccidies (^)* » Fabrc-Domergiie se range à rinlerprétatit»n de Borrel (^), Thin (^) pense de même. Entin il faut ajouter qne Kiener(*)a trouvé des figures seniblables aux coccidies dans des portions d'épiderme sîmplemenl ennamnié el épaissi recouvrant une fungosilé luberculeuse. et qne Pillict(') a Irouvé des figures analogues, nmts non toul à fait semblables, dans le Uiyinus et le sillon balano-préjïutial des nouveau^nés. M Kn résumé, on n'a fourni aucune preuve directe de la nature parasitaire des ■ ligures qu*on rencontre dans l'ulcération de la mahidie de Pagel et dans cerlainsépithéliomes; d'autre part, on a donné de ces figures d'autres interpréta-

(') Slieridan Delepine (Sem. méd., iHlïl^ [k iûd) a trouvé un procédé qui pL'nuet de culUver leti [isiirospermies du km du lapin. Ce procédé permettra peut-être de tnmcber celle ICrosse qtiesliûu dt*s foccidii^s,

(*; A. lioiutEL, Arch. tk un*iL cjrpér., \' ni>v. 1801), p. Wl

r) CoiL>;jL, Journ. de rnnat. fi de la /*/ii/«., niarsi, avril 18*J1, p, 07*

t*) Fabhe-Domergi'e, Con^rt^* de cliir,, 4 avril WJÏ.

e"*) Tni\, Menredi méd., m moi \mi, [kToH.

n lUuuiJu ri Lé par liorrel,

(') PiLLET, huit, de la Soc, anat., mars 1891, p. *il9.

MAI>.VDIE DE PAGKT.

DES COCCIDIES.

lions très rationnelles, 1res satisfaisantes; enfin on en a trouvé danologues en des régions où elles ne peuvent pas élre parasilaîres. Force est donc de conclure que rexislcnce des coccidies dans la maladie de Pao^et et dans les épi* th^Iiomes est bien loin d\Mre démontrée.

Après celle conclusion négalivcT il n'v aurait rien à dire du rôle pathogène des corps en question. Mais, pour discuter ce rôle, supposons qu'il s ngisse bien réellement de coccidies. hh encore, la preuve manque. Les inoculations tentées sur les animaux et par Wicklmm sur lui-mr^nie n'ont donne aucun réstdtaL Mais si le rôle pathogène n'est pas jirouvé, pent-on dire qu'il soit au moins probable. 11 faut distinguer dans la maladie de Paget deux choses^ l'ulcération elle cancer. Pour rulccration, on pourrait soutenir le rôle patbofifène des corps d'apparence psorospermique, puisqu*on les trouve presque toujours, Mais, j'ai déjà PU l*oecasion de faire remarquer que Wickham rejette le diagnostic de la maladie de Pagel dans deux cas où tous les symptômes de celle alTection existaient, simplement parce qu'on n'a pas trouvé ces prélendues coccidies. Osl là une véritable pélilîon de principe. On pourrait tout aussi bien dire tpie ces corps ne jouent aucun rAle ilans rulcérotion de la rnala<lie de Pagel, puisque celle-ci peut exisler sans eux. Pour le cancer, il faut encore distinguer deux variétés, Tépithélioma superficiel d'origine cutanée et répithélioma profond d^origine glandulaire. Dans les épitbéliomas cutanés, rien d'étonnant à ce qu'on trouve les mt'^mes corps cpie dans rulccration, puisqu'il y a continuité directe. Pour le cancer mammaire proprement dit, la question ne se pose m^me pas, puisque les prétendues coccidies n'y ont jamais été renconlrées.

Mais en prenant la question à un point de vue plus général, on peut se demander si les coccidies véritables sont capables de produire îles cancers épilhéliaux. Malassez a étudié les altérations que déterminent les psorospermies dans le foie des lapins domeslif|ues. Voici ce qull a constaté. Au début, il se forme des végétations épithéîiales avec dilatali€>n des conduits et léger soulèvement de la paroi. Puis le tissu conjonctif réagit et forme dans l'intérieur du conduit ililalé des végétations abondantes. Mais alors répithélium disparaît cora|dètement; les végétal ions s\iunstomosent et forment par leur imiou des loges purement conjonctives dans lesquelles on ne trouve plus d'épithélium, mais seuleraeni des coccidies. On voit qu'il s'agit là d'un processus inflamiiialoire qui n'a rien de commun avec les néoplasmes épitliéliaux, puisque répithélium finit por disparaître complètement.

Ainsi donc, pas plus que les microbes de Rappîn et de Scheuerlen (*), que les parasites de Thorna {'), les coccidies ne peuvent periueltre d'aûlnuer la nature parasitaire du cancer et rorigîue des néoplasmes reste encore profondément énigmatique.

Je n'ai parlé jusqu'i*'i que de Topinion qui consiste à considérer Tulcéralion de la maladie de Paget comme étant d'une nature spéciale. Je dois ajouter

Bon Ta considérée connue étant dès le début cancéreuse. Il est vrai que rulcéiion peut devenir rorigine d'un épithéliome cutané; mais à son début elle

(•) V^oy. jïour ce sujet l'nrtirle de Onémi, t, I (ïe ce traité, p. 403

(^ Tii'oHA, Fyr(«f/in der MoL, 1- juin 188**, p. iï5.

Page 1