APPENDICITE CHRONIQUE OU MIEUX APPENDICITE A RECHUTES
-.La dénomination d'appendicite chronique qui répond à un état anatomique bien défini ne me paraît pas convenir en clinique. On ne doit pas appeler chronique une maladie représentée par une série de poussées aiguës ou subaiyuës, alors que, dans l'interAalle des crises, les altérations chroniques restent souvent tout à fait silencieuses. Je pense qu'il vaut mieux conserver les appellations d'appendicite à 7'ec/a<f<?s (Talamon), à répétition (Damaye); appellations qui correspondent à la récurrent ou relapsing appendicilis des Anglais et des Américains, et qui visent seulement les poussées successives dont la maladie tire sa i)hysionomie caractéristique.
On ne doit pas confondre avec l'appendicite à rechutes l'appendicite à recrudescences dans laquelle il s'agit de reprises successives survenant au cours d'une crise appendiculairc incomplètement terminée (Talaraon, BulL de la Soc. méd. des hop.., 9 août 1897, p. 559). Les signes locaux ne disparaissent presque jamais complètement dans l'intervalle des poussées qui se manifestent, en général, aussitôt que le malade quitte le lit ou recommence à manger. Cette forme est quelquefois difficile à distinguer de la péritonite tuberculeuse.
Les accidents de Vappendicite à recJmtes se montrent sous des aspects très divers. On peut cependant les ramener à trois types principaux :
\n Type. — Après une crise d'appendicite aiguë franche, mais d'intensité variable, la guérison semble complète pendant des semaines, des mois, ou même des années; puis, on voit survenir une nouvelle crise non moins bien caractérisée que la première.
Ce type a reçu le nom d'appendicite à récidive., nom qui supposerait une intégrité complète de l'appendice entre les crises. Or, ce que nous savons de la persistance des lésions de folliculite chronique et de l'état de microbisme latent, signalé par Roux et étudié par Mlle von INIayer, permet de considérer cette
appi:ni)1(;itk a rmciujtfs. gc5
iv>>tUi(tU) <iil hihujriini ('(jiniiic Irrs prohlriiuiliciiic cl, dans lous les cas, absolumonl rare.
Un certain nombre de crises peuveni ainsi se succéder à des intervalles plus ou moins rapprochés. Je n'ai pas à décrire ici la physionomie de chacune d'elles, ce serait répéter ce que j'ai déjà dit des formes de l'appendicite aiguë. Toutes les formes peuvent s'observer dans l'appendicite à rechutes. Cependant il faut remarquer la plus grande fré(pienc(> des formes bénignes : appendicite légèi-e, ap|)endicite avec exsudât fd)rincu.\ et plastron. Il n'est pas commun de voir l'appendicite à rechutes se terminer par une suppuration circoriscrite grave ou par une péritonite généralisée, et la rareté relative de ce dernier accident s'explique, sans doute, par ce fait que l'appendice se trouve extra-péritonéalisé, suivant l'expression de Roux, par l'organisation des exsudats dus à la première crise.
Il n'}' a toutefois rien d'absolu, car, s'il est habituel que les crises successives toujours semblables à elles-mêmes conservent une bénignité relative, il n'en est pas moins vrai que, dans quelques cas, on a pu voir la deuxième et la troisième attaque présenter une gravité progressivement croissante et pouvant aller jusqu'à la péritonite généralisée.
Les rechutes, sur un même sujet, sont assez souvent occasionnées par la même cause : excès de régime, refroidissement, constipation. La menstruation est quelquefois indiquée comme ayant suffi à réveiller les accidents. Mais, dans bien des circonstances, la cause déterminante est quelconque, impossible à prévoir et, par conséquent, à éviter.
2^^ Type. — Une crise aiguë plus ou moins grave se termine favorablement : toute trace d'induration disparaît; les fonctions digeslives s'accomplissent normalement, ou à peu près; mais une sensibilité douloureuse persiste. dans la fosse iliaque droite et le point de Mac Burney est très net. Le moindre écart de régime, le moindre encombrement caecal, provoquent une légère recrudescence des accidents : tendance de la douleur à se généraliser; dilatation intestinale, arrêt des matières et des gaz pendant quelques heures. Dans la fosse iliaque, on retrouve une induration profonde peu volumineuse, arrondie, et correspondant soit à l'appendice tuméfié, soit à des adhérences de l'épiploon avec l'appendice. Cette induration reste perceptible pendant quelques jours. J'ai observé ce type d'appendicite à rechutes surtout chez les sujets porteurs d'une entéro-colite chronique, en particulier, la colite muco-membraneuse. Cela peut durer ainsi pendant des années. jMais il arrive aussi qu'une deuxième poussée aiguë franche d'appendicite éclate à un moment donné.
o« Type. — Il n'y a jamais eu de crise aiguë proprement dite, mais une succession de petites poussées subaiguës, caractérisées par une sensation pénible dans la fosse iliaque, un peu de ballonnement, et par une douleur légère à la pression au niveau du point de Mac Burney, douleur qui constitue le seul signe révélateur de l'appendicite. Sa constatation a une importance de premier ordre, car ce type, de même que le précédent, s'observe, d'ordinaire, chez des sujets atteints de troubles gastro-intestinaux divers.
Quelquefois, c'est uniquement par le toucher rectal qu'on arrive à découvrir le point douloureux.
Ces types symptomatiques de l'appendicite à rechutes correspondent indifféremment à tous les degrés, à toutes les lésions de l'appendicite chronique. La folliculite la plus légère peut donner lieu aux mêmes manifestations cliniques
lAD. JALAGUIER.;]
OliG DIAGNOSTIC.
(juc rol)Iit('M'ali(>ii coniplc'to, avec ou sans corps rlraii^cM-. cl rcci|)r(K|iicinciil. L'intensité et la rrccpicnce des rcclmles iic sont aucunemenl en rappoi'l avec la »ravité des lésions chroniques. C'est nn l'ail d'une importance prali(pie con sidcrable et snr lequel on ne saurait trop insister.
C II A 1»! THE YI
Lorsque l'appendicite se présente avec sa physionomie hal)iluelle, — et il est juste de rappeler que c'est surtout à Roux, de Lausanne, que revient le mérite d'avoir fait ressortir d'une façon lumineuse des caractères aujourd'hui (dassiques, — le diagnostic ne comporte aucune difficulté. Il peut en être autrement dans les formes anormales.
L'appendicite étant reconnue, l'analyse attentive des phénomènes g'énéraux et locaux permet, dans l'immense majorité des cas, de distinguer l'une de l'autre les diverses formes de la maladie.
.l'espère avoir montré comment on arrive à poser le diagnostic entre l'appendicite sans exsudât et l'appendicite avec péritonite exsudative plastique, et comment on peut reconnaître, dans cette forme, l'existence dune suppuration réclamant l'intervention. D'autre part, je me suis efforcé de mettre en relief les phénomènes clinic[ues qui permettent de juger si une péritonite d'origine appendiculaire reste circonscrite ou bien tend à se généraliser. Enfin, j'ai cherché à établir que, parmi les péritonites généralisées, il n'est pas impossible, dans nombre de circonstances, de relever des signes distinctifs entre la péritonite franchement inflammatoire et l'infection périlonéale diffuse.
Il n'y a donc pas lieu de reproduire ici ces considérations.
Par contre, il ne sera peut-être pas inutile de passer en revue les principales erreurs de diagnostic que j'ai vu commettre ou que j'ai commises moi-même.
Les symptômes cardinaux de l'appendicite aiguë circonscrite sont : la douleur, les phénomènes de réaction péritonéale, l'état fébrile, la tuméfaction iliaque. L'absence ou la prédominance d'un ou de plusieurs de ces symptômes peuvent modifier l'allure de la maladie et donner le change.
a. Appendicite aiguë sans tuméfaction. — Lorsque la douleur soudaine et les phénomènes réflexes constituent presque seuls le taldeau clinique, on est porté à croire à une colique hépatique ou à une rolique néphrétique. L'erreur n'est pas, en général, de longue durée. Indépendamment de l'Age, les coliques hépatiques ou néphrétiques étant, somme toute, assez rares chez les enfants, le siège de la douleur spontanée ou à la pression n'est pas le même que dans l'appendicite, et c'est ici que la recherche et la constatation du point de Mac Burney ont une importance de premier ordre. Je ne parle pas de l'ictère et de l'émission d'un calcul qui lèvent tous les doutes, parce que le diagnostic doit être établi avant l'apparition de ces incidents. L'état fébrile, qui est la règle dans l'appendicite aiguë et qui manque dans la colique hépatique ou néphrétique, a une tout autre valeur.
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h'entcrabjii', vl Irlai mal (Irlcnuiiir conmi aiili'crois sous lo nom de rolifjiics venleui^ea, no sont pas 1res raresj chez les cnraiils mal noiin-is cl don! le liihc (litioslirdilalé fonelionno mal. Ces accitlcnls ont un (IrhuI Iji-ustpH' par une douleur tpii revieni ensuite par aeeès; le hallonnement est rapide et eonsidérable, le faciès s'altère au momcnl des eiises. Il n y a pas de fièvre. En dehors des crises, la douleur est nulle; le ventre lympanisé, mais sans contracture de la paroi, se laisse palper dans toutes les régions et la recherche du point de Mac Burney est négative. Ces troubles, dans lesquels le spasme et la paralysie de certains segments de l'intestin semblent jouer le rôle principal, se dissipent en général, au bout de quelques heures. Il n'y a pas de vomissements et une émission gazeuse ou une selle marquent quelquefois la fin de la crise. D'ailleurs semblables accidents ne s'observent guère que chez les enfants au-dessous de quatre ou cinq ans, et l'appendicite est assez rare à cet âge.
Chez les hystériques, des accidents d'entéralgie ou de paralysie intestinale peuvent en imposer pour une appendicite qui n'existe pas. Le diagnostic est parfois très difficile (Rendu, Difficulté du diagnostic de l'appendicite chez les hystériques. Bull, de la Société méd. des Jiop., 19 mars 1807, p. 405. Brissaud, Appendicite fantôme. Id. p. il i).
Une erreur fréquente consiste à prendre une appendicite pour une simple i)idigestiou avec vomissements et douleurs de ventre: cependant, il suffit, pour éviter la méprise, de palper le ventre et de chercher le point de iMac Burney. Il ne faut pas oublier que les symptômes sont fugaces dans l'indigestion: s'ils persistent plus de quelques heures, c'est une indigestion anormale et suspecte. Les poussées aiguës d'entéro-colite, chez les enfants aussi bien que chez les adultes, peuvent s'accompagner de symptômes fort analogues à ceux de l'appendicite. Il est exceptionnel, néanmoins, que le début soit aussi franc et aussi brusque. Mais les vomissements, les douleurs revenant par crises, le ballonnement et l'état fébrile sont quelquefois difficiles à rapporter à leur véritable cause. Toutefois, la réaction péritonéale manque de netteté et n'est pas durable. La douleur est diffuse, sans localisation particulière; le point de Mac Burney n'existe pas, c'est encore le meilleur élément de diagnostic. Dieulafoy insiste sur l'importance d'une zone d'hyperesthésie superficielle qu'on trouve habituellement dans l'appendicite et qui fait défaut dans l'entérocolite aiguë. Le ballonnement est, en général, beaucoup plus rapide et plus prononcé que dans l'appendicite, mais, 1<:'S muscles de la paroi n'étant pas en état de contracture défensive, une palpation douce est possible sans éveiller de douleurs.
La fièvre typhoïde a donné lieu à un certain nombre d'erreurs de diagnostic, en raison de l'état fébrile, des symptômes gastro-intestinaux et de la douleur dans la fosse iliaque droite, sans induration. Talamon, Buscarlet ('), Mlle Gordon (-) en ont rapporté des exemples. J'ai vu l'année dernière, avec Merklen, un enfant que nous avons, l'un et l'autre, vers le cinquième jour de la maladie, considéré comme atteint d'une appendicite légère; le point de Mac Burney était très net. Il s'agissait, en réalité, d'une fièvre typhoïde dont le diagnostic ne tarda pas à se manifester. C'était un cas exceptionnel et d'une appréciation difficile, car il est bien probable que le tissu adénoïde l'i^iipondiculaire avait été touché
(M BcscARLET, Congi'ès de cliirurgie, 1805, p. '250. (*) Mlle Gordon, TJièse, p. 59.
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par rinfcclion. OïdinairiMiient, lo mrxh^ «le (Irhiil de la fièvre typhoïde avec prodromes, sans douleur brusque, sans réaction péritonéale, et les symptômes spéciaux qui ne tardent pas à se montrer, ne permettent pas la confusion. Il faut cependant savoir qu'un certain nombre dappendicites, celles en particulier qui succèdent à un embarras gastrique et celles qui semblent dues à la localisation sur Tappendice d'une infection générale, ont un début souvent fort insidieux; aussi faut-il que l'esprit soit toujours prêt à accepter et à vérifier Ihypothèse d'une appendicite, dès l'apparition du moindre symptôme abdominal, alors même que la maladie a commencé comme une fièvre continue vulgaire avec embarras gastrique, ou comme une fièvre typhoïde. C'est encore la recherche du point de Mac Burney et de la zone d'hyperesthésie qui dissipera les hésitations.
Les mêmes remarques s'appliquent à certaines formes de la péritonile tuberculeuse: j'en ai observé un bon nombre, et je ne me suis trouvé vraiment embarrassé qu'une seule fois; il s'agissait d'un petit garçon du service de Netter, à l'hôpital Trousseau ; après quelques troubles abdominaux mal déterminés, il avait été pris d'une poussée aiguë, avec vomissements, douleur, constipation, météorisme et fièvre. Nous avons hésité, Netter et moi, pendant plusieurs jours, entre une appendicite et une péritonite tuberculeuse qui ne devint évidente que grâce à l'apparition d'indurations péritonéales multiples et d'un peu d'ascite. La laparotomie me permit de vérifier le diagnostic et fut suivie de guérison.
Uocclusion intestinale est encore assez fréquemment diagnostiquée, alors qu'il s'agit d'une appendicite aiguë avec péritonisme et paralysie intestinale. La constipation peut être aussi complète, pour les gaz et pour les matières, dans la simple appendicite que dans l'occlusion la plus absolue. L'erreur de diagnostic est déplorable, car elle conduit trop souvent à une thérapeutique funeste : purgatifs à outrance, lavements forcés, électrisation, manœuvres dont l'efiet presque infaillible est de transformer en péritonite généralisée une péritonite circonscrite. Je n'en ai observé que trop d'exemples. Et pourtant, il suffit presque de savoir que l'erreur est possible, poTU' l'éviter. Les deux afîections ne débutent pas de même : il y a, d'ailleurs, presque toujours apyrexie dans l'occlusion et fièvre plus ou moins intense dans l'appendicite. Le s}Tuptôme occlusion venant après une douleur brusque au côté droit de l'abdomen, avec phénomènes de réaction péritonéale et maximum de sensibilité cà la pression dans la fosse iliaque droite, avec hyperesthésie et contracture pariétale à ce niveau, est presque sîirement dû à une appendicite. D'ailleurs, en cas de doute, il faut se comporter comme s'il s'agissait d'une appendicite et s'abstenir de toute thérapeutique nuisiljle.
b. Appendicite aiguë avec tuméfaction. — Malgré tout ce qui a été écrit dans ces dernières années, on s'obstine encore, quelquefois, à rapporter à la typhlite les accidents qui sont dus en réalité à l'appendicite. Pour moi, comme je le disais en commençant ce travail, à part de très rares exceptions, je ne crois plus à la tyjjhlite, au moins telle que je la concevais jadis, c'est-à-dire capable d'engendrer à elle seule des péritonites plus ou moins circonscrites, plastiques ou suppurées, avec ou sans perforation, et de donner lieu aux accidents connus autrefois sous le nom de pérityphlile.
Sans doute le ctecum, comme le côlon, peut être le siège de phénomènes
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iiilVclioux ol inllainiualoircs ; il arrive même, au cours (riinc colite algue"', (|uc les accidculs ^i(MUlcnl à j)rc(louiiu('i- du côlc du ca'cuui cl à douncr lieu à une i)érllyj)hlik' véritable, de uuMue (pTune inllauiiiialion du cùlou transversc; ou de l\s' iliaque peuL délenniner Tapparilion d'uuo pêii-colili; el d'uiu^ péri-sifjinoïdite (Mayor, L. Galliard), mais je crois le fait excessivement rare.
En fait de typhlite je n'admets j)lus guère, à l'heure actuelle, que la typhlile slercorale, alleclion peu commune et que je n'ai jamais observée chez les enfants. Elle ne donne lieu que très exceptionnellement à des lésions périlonéales, et j'ig-nore si un seul cas de perforation authentique a- jamais été observé.
La luphliti' slercorale est l'apanage des sujets adultes ou ayant dépassé l'âge adulte, habituellement constipés ou vidant irrégulièrement leur intestin. Les matières dures peuvent séjourner fort longtemps dans le cœcum, bien qu'il y ait assez souvent des selles diarrhéiques, dues à l'exagération des sécrétions intestinales autour des blocs fécaux immobilisés. Des crises douloureuses avec constipation et ballonnement, quelquefois môme avec vomissements, peuvent être observées, et l'on comprend que le diagnostic avec l'appendicite soit assez délicat; il est cependant, en général, possible : le début de la typhlite n'est pas brusque; on apprend que le malade, après une longue marche, ou un longvoyage, ou bien après un repas copieux à la suite duquel il s'est exposé au froid, et en particulier au froid humide, a ressenti d'abord quelques coliques sourdes, puis des douleurs vagues qui, après avoir occupé toute l'étendue du gros intestin, se sont localisées du côté du cœcum et consistent en une sorte de pesanteur douloureuse.
Le ballonnement est quelcpieibis considérable et la constipation complète; l'embarras gastrique est assez prononcé, la langue sale, l'appétit nul. La fièvre est modérée, souvent même le malade est apyrétique. A la palpation, on constate, soit une dilatation caecale avec sonorité hydro-aérique à la percussion, soit un empâtement profond avec submatité, sans plastron pariétal. On sent quelquefois avec une grande netteté que l'induration est multilobée et mobile dans le sens transversal et il n'est pas très rare de découvrir dans toute l'étendue du gros intestin des masses dures offrant le même caractère.
Le point de Mac Burney n'existe pas, et cette constatation négative a, dans l'espèce, une valeur diagnostique de premier ordre.
U invagination iléo-caecale ressemble par certains côtés à l'appendicite avec tuméfaction iliaque et peut être confondue avec elle; pour ma part, je crois m'ètre trompé, en 1885, sur une petite fille du service de Triboulet, à l'hôpital Trousseau : j'ai diagnostiqué une invagination; aujourd'hui, j'aurais certainement porté le diagnostic d'appendicite; l'enfant a guéri sans intervention. Dans un autre cas, en 1889, croyant à une invagination aiguë (opinion partagée par Cadet de Gassicourt), j'ai fait la laparotomie et j'ai trouvé une péritonite par perforation de l'appendice. Il m'est permis de penser que d'autres ont pu s'y tromper comme moi. En effet l'appendicite et l'invagination donnent lieu à des symptômes parfois très analogues : douleur brusque et vomissement du début ; siège maximum de la douleur vers la fosse iliaque droite; tuméfaction circonscrite dans la même région ; constipation et ballonnement du ventre. Mais l'invagination s'accompagne d'ordinaire de selles sanglantes qui n'existent pas dans l'appendicite ; c'est à peine si, dans quelques cas, on note la présence de filets de sang. De plus, dans l'appendicite, la tuméfaction, lorsqu'elle paraît,
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esl un phislron faisant corps avec la paroi ahdoiniiialc, Ijieii (liHV-rcnl de la tumeur spéciale à rinvagination qui esl profonde el mobile. Enfin, il ne faut pas oublier que, chez les enfants du second Ag-e, l'appendicite est bien plus commune que l'invagination. On ne diaj^nosliquera donc invag-ination que s'il existe quelqu'un des symptômes caractéristiques de cette affection.
La ])soïtis qui, du reste, est assez souvent d'orig-ine appendiculaire, se caractérise par la contracture du psoas, et par l'immobilisation de la cuisse fléchie sur le bassin. Ce seul signe, au cours d'une appendicite avec tuméfaction, doit faire soupçonner l'envahissement secondaire du psoas. Lorsque la psoïtis n'est pas précédée de péritonite péri-appendiculaire, la tuméfaction profonde, étendue dans le sens du psoas, remontant vers le rein et descendant au-dessous de l'arcade de Fallope, ne ressemble nullement à Tintluration en plastron pariétal de l'appendicite. D'ailleurs, les phénomènes péritonéanx sont nuls ou faiblement accentués.
J'en dirai autant de l'abcès profond de la fosse iliaque consécutif à une ostcomyélite.
C. Péritonite généralisée. — L'appendicite avec péritonite généralisée, bien plus souvent encore que l'appendicite avec péritonite circonscrite, est prise pour une ocrhision intestinale. J'ai déjà insisté sur les éléments de ce diagnostic (voir Occlusion intestinale), je n'y reviendrai donc pas ici. Je dirai seulement que, toujours, sans exception, le syndrome occlusion intestinale survenant chez un enfant doit faire penser à l'appendicite. On n'admettra l'occlusion que lorsqu'un examen complet et minutieux des commémoratifs, du mode de début, des phénomènes locaux et g-énéraux, aura démontré que l'appendice n'est pas en cause.
11 y a des circonstances où l'on ne peut éviter de confondre une péritonite avec un étranglement; c'est lorsque, chez un enfant présentant des symptômes d'occlusion, on découvre une hernie tendue et douloureuse. J'ai opéré une fois dans ces conditions croyant avoir affaire à une hernie étranglée : la hernie renfermait de l'épiploon et du pus que je vis couler par l'orifice herniaire, après résection de l'épiploon. La laparotomie me montra une péritonite purulente généralisée. L'appendice était perforé. A. Broca a observé un cas absolument semblable (obs. XII de la thèse de Mlle Gordon).
La péritonite septicjue diffuse est souvent méconnue. En raison du peu de réaction péritonéale, des vomissements du début et de la diarrhée fétide qui est fréquente, on peut croire à une simple indigestion, à un empoisonneniod, ou môme à une attaque de diarrhée cJiolériforme, comme le fait s'est produit en 1892, à l'hôpital Trousseau, pour un enfant adressé comme atteint du choléra, alors qu'il s'agissait en réalité d'une perforation appendiculaire.
Le diagnostic de péritonite par perforation étant posé, il faut encore chercher à en préciser la cause, car si dans bien des circonstances elle est consécutive à une lésion appendiculaire, il n'en est pas moins vrai que toutes les perfora lions des viscères abdominaux peuvent lui donner naissance : ulcère stomacal ou duodénal; ulcérations de la fièvre typhoïde, de la dysenterie, de la tuberculose; ruptures de la vésicule biliaire, d'une trompe suppurée, etc. C'est seulement par une étude attentive des commémoratifs, du mode de début, de la marche de la maladie qu'on pourra découvrir l'origine de la péritonite. Dans certains cas cependant le diagnostic étiologique est impossible; il en était
ainsi cluv. le malade donl roljseivalioii csl rapporlt'-c à la pat^c 70 <i(.' la liièsc de Jacob (obs. XXIII) : Un garçon de I \ ans allait <[iiiller le sei-\i(e de Scvestre, oii il avait été traité pour une fièN l'e typhoïde, quand il lut pris subitement (Tune donlcMir au cùlé droit (h; rabdomcn, au voisinage de l'ombilic. Le soir, vomissements. Température ù7",2. Les accidents allèrent en s'aggravant pendant i8 heures, et lorsque je le vis avec Jacob, alors mon interne, le diagnostic de péritonite généralisée d'origine appendiculaire, avec appendice haut situé, me parut s'imposer. La laparotomie fut immédiatement pratiquée par Jacob avec mon assistance : nous trouvâmes l'épiploon épaissi, vascularisé; les anses intestinales rouges, dépolies, couvertes de fausses membranes; une collection jMirulenle existait dans le bassin. L'appendice, rouge et couvert de fausses membranes, n'était pas perforé. L'enfant succomba le surlendemain et, à l'autopsie, on découvrit une cholécystite suppurée.
Les formes anormales de l'appendicite sont parfois d'un diagnostic très difficile.
J'ai déjà indiqué la confusion fréquente de l'abcès péri-hépatique avec la pleurésie purulente et de l'abcès appendiculaire situé au voisinage du rein avec le phlegmon péri-néphrétique. C'est uniquement par l'appréciation des symptômes initiaux que l'erreur pourra être évitée.
C'est dans un cas analogue que j'ai vu une appendicite prise pour une sacro-coxalgie.
Lorsque l'abcès est exclusivement pelvien, on peut croire à une salpingite ou à une hématocèle.
Dans un cas observé au mois de novembre dernier (1897), j'ai failli prendre une rétention de règles par imperforation de Vhymen pour une appendicite avec vaste foyer suppuré dans l'excavation et dans la fosse iliaque gauche. Il s'agissait d'une fille de douze ans qui, six semaines avant mon examen, avait été prise brusquement de douleurs abdominales avec vomissements, ballonnement, constipation et fièvre. La crise avait duré quatre ou cinq jours, puis, l'enfant, souffrant toujours quelque peu. avait pu retourner à l'école. Une nouvelle crise, semblable à la première, durait depuis huit jours lorsque l'enfant me fut conduite à l'hôpital. Le ventre était légèrement ballonné et douloureux à la pression, surtout au niveau de la fosse iliaque gauche, impossible à palper à cause de la contracture. La fosse iliaque droite n'était pas douloureuse. La vessie, distendue par l'urine, atteignait presque l'ombilic. Après cathétérisme, la palpation devenue plus facile me révéla l'existence d'une tuméfaction dure, très douloureuse à la pression, occupant la fosse iliaque gauche. Par le toucher rectal, je trouvai l'excavation remplie par une collection tendue, rénitente, se continuant avec la tuméfaction iliaque; il y avait de la fièvre et un état gastrique assez accusé. Je crus à une péritonite enkystée.
Après anesthésie, l'examen de la tuméfaction iliaque me permit de constater, à ma grande surprise, qu'il s'agissait d'une masse globuleuse, très dure, grosse comme le poing, siégeant bien dan's la fosse iliaque gauche, mais mobile. Sur la ligne médiane et dans la fosse iliaque droite, il n'y avait rien. Je songeai alors à un kyste ovarique, à pédicule tordu avec péritonite; mais, en pratiquant de nouveau le toucher rectal, je me rendis compte que la collection pelvienne, aplatissant le rectum, descendait jusqu'au périnée. J'eus alors l'idée d'examiner la vulve et, après quelques hésitations causées par la déformation de l'orifice vaginal je reconnus une imperforation de l'hymen. Le vagin distendu remplis-
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sait l'excavalion, et la masse iliaque gauche t'l;iil loruiée par lulérus déplacé. L'hymen fut incisé et on put recueillir environ 7(MI ^ranimes de sang noir, sirupeux. La guérison fut rapide.
Dans certains cas, fort rares, les symptômes api>eudiculaires (pii ouvrent la scène sont remarquablement fugaces; ils disparaissent tout à fait et Ion n'a plus que les manifestations d'une infection générale de la plus haute gravité : frissons violents, températures excessives suivies d'apyrexie à peu près complète, accidents pouvant se reproduire avec les allures d'accès pernicieux; j'ai vu deux cas de ce genre. Dans l'un, qui a succombé, on a successivement pensé à une appendicite légère, à une pyléphlébite et à une granulie. Dans l'autre, que j'ai observé avec Le Gendre et Broca, et dans lequel les symptômes avaient un moment donné l'illusion d'une fièvre typhoïde anormale, il fut cependant possible de rattacher les accidents infectieux à lappendice, bien que l'examen de cet organe fût tout à fait négatif; en effet, des phénomènes appendiculaires léo-ers, mais très nets, avaient existé pendant les premiers jours de la maladie actuelle et, fait capital, le malade avait eu, huit mois auparavant, une crise d'appendicite. Malgré une tuméfaction douloureuse du foie qui dura plusieurs jours, le malade guérit et l'appendice fut réséqué à froid par Broca.
Diagnostic de l'appendicite à rechutes. — Le diagnostic de l'appendicite à rechutes ne présente aucune difficulté quand on a assisté à une attaque d'appendicite aiguë ou lorsque la notion de cette attaque peut être fournie par les commémorât ifs. Il en est autrement lorsqu'on a affaire à une succession de petites crises caractérisées d'une façon imparfaite, et c'est alors qu'on peut hésiter entre une appendicite et une colique liépatùjKe ou néphrétique. En l'absence d'autres signes distinctifs, c'est seulement la constatation du point de Mac Burnev qui peut permettre de conclure en faveur de l'appendicite. Il en est de même pour les petites poussées douloureuses qui se montrent assez souvent du côté du caecum et du côlon pendant une colite chronique. Ces cas sont fort embarrassants; il ne faut incriminer lappendice, que si l'on constate l'existence du point de Mac Burney ou si Ton arrive, par le toucher rectal, à réveiller une sensibilité douloureuse limitée au siège présumé de l'apjjendice.
J'en dirai autant pour Vovarite et la salpingite chronique, qu'il n'est pas toujours facile de distinguer de l'appendicite (voy. p. 66^2).
Je signalerai encore la possibilité de prendre une appendicite à rechutes pour une névralgie lombo-abdominale, pour une coxalgie au début, ou pour des accidents dus à un rein flottant, ainsi que j'en ai observé des exemples. Il suffit de la moindre attention pour éviter cette erreur grossière.
Péritonite tuberculeuse. — Gomme l'a dit très justement Talamon (p. 18-4), l'appendicite chronique à rechutes peut être prise pour une péritonite tuberculeuse, surtout quand il existe autour de l'appendice un petit clapier purulent, source d'infection putride, comme cela s'observe dans l'appendicite à recrudescences; on peut constater alors des symptômes généraux et locaux fort analogues à ceux d'une péritonite tuberculeuse chronique. G'est encore le siège précis de la douleur et de l'empâtement qui permettra le plus souvent de reconnaître l'appendicite. Si, malgré une observation attentive et suffisamment prolongée, on reste dans le doute, on est autorisé à faire une laparotomie exploratrice qui pourra être curatrice aussi bien en cas de péritonite tuberculeuse que d'appendicite.