AFFECTIONS INFLAMMATOIRES DU PANCRÉAS
L'inflammation du pancréas est classiquement divisée en aiguë et en chronique. Cette dernière a des origines très variables ; elle s'observerait dans un certain nombre de maladies générales caractérisées par la débilité et le ralentissement de la nutrition (^), elle n'est d'ailleurs qu'une propagation de l'altération d'un organe voisin (péritonite tuberculeuse, ulcère de l'estomac, etc.); parfois sa cause est dans la glande elle-même, et les calculs des conduits excréteurs doivent être spécialement incriminés. Mais il est probable que, quel que soit le caractère d'acuité ou de chronicité, on devra désormais tenir grand compte d'un autre élément, l'élément infectieux ; il est supposable, en effet, que ce qui a été si bien démontré pour les voies biliaires le sera également un jour pour les conduits pancréatiques et que la plupart des pancréatites ne sont que des infections venues de l'intestin (^). La pancréatite chronique, dont je me suis borné à énumérer les causes, ne nous occupera guère; le seul intérêt qu'elle nous présente est de pouvoir, à un moment donné, déterminer une obstruction du canal de Wirsung et du cholédoque. La pancréatite aiguë, malgré l'obscurité qui règne encore sur sa symptomatologie et son diagnostic, mérite de nous arrêter un peu plus longtemps.
La pancréatite aiguë peut être primitive ou secondaire; celle-ci a été observée dans le cours de quelques maladies infectieuses, telles que la fièvre typhoïde, l'infection puerpérale («), la fièvre jaune, etc., ou à la suite d'altérations des organes voisins, spécialement de l'estomac : tel est le cas de Chiari ('). qui ren-
(') Cas de Zukowski.
(-) Citée par Bœckel.
{') Poncet et Gibert, Ki/ste du pancréas. Gazelle des hôpitaux, 19 mars 1896, p. 347.
(*) Arnozan en cile aussi dans les intoxications chroniques telles que l'alcoolisme, l'urémie, etc.
(5) On peut admettre que ces infections sont favorisées par tous les états généraux ou locaux qui troublent ou altèrent la sécrétion pancréatique.
(^) H.A.1DLEX, Cenlralhlalt fiir Gynsek., 1884.
(') Chiari, Wiener med. Woch., 1770.
contra, au voisinage d'un ulcère rond de reslomac, un abcès renfermant le pancréas dans sa cavité sous forme d'une masse noire et friable ; on sait que Klebs (') considérait tous les abcès du pancréas comme consécutifs à des péripancréatites à moins qu'ils ne fussent des kystes suppures.
La pancréatite aiguë est regardée par la plupart comme une affection excessivement rare, cependant Reginald Fitz (^) n'en a pas rassemblé moins de o4 cas; il est vrai qu'il envisage un certain nombre d'hémorragies du pancréas comme liées à une inflammation aiguë de la glande, il admet ainsi trois formes de pancréatites aiguës : une forme hémorragique, une forme suppurée et une forme gangreneuse.
Reginald Fitz cite 17 observations de pcoicréatites héiiwrra/jiques; la moitié d'entre elles se rapportent à des sujets surchargés d'embonpoint, ayant antérieurement présenté des phénomènes de dyspepsie gastrique ou gastro-duodénale; un sixième seulement des malades était entaché d'alcoolisme. Avec ou sans période dyspeptique préalable, l'affection débute par une douleur extrêmement intense occupant le haut du ventre et ne lardant pas à devenir générale; puis des vomissements apparaissent, tantôt bilieux, tantôt noirâtres; la constipation est opiniâtre au point d'avoir plusieurs fois fait penser à l'occlusion intestinale; la fièvre manque souvent, le ventre est ordinairement ballonné, bientôt survient le collapsus et le malade succombe du deuxième au cinquième ou sixième jour. A l'autopsie on trouve une glande doublée de volume, moins consistante, d'une coloration violette ou noire; l'infiltration sanguine s'étend parfois au duodénum et jusqu'au mésentère; les vaisseaux spléniques n'offrent aucune altération, le tissu glandulaire est parsemé de petites accumulations de cellules rondes, on y rencontre aussi des bactéries ("').
La pancréatite suppurative est un peu plus fréquente que la précédente, les tables de Reginald en renferment 22 cas. Elle a été observée spécialement chez des adultes, presque toujours chez des hommes ('*). Avec ou sans phénomènes gastralgiques antérieurs, la maladie s'annonce subitement par un accès de douleurs épigastriques, des vomissements parfois noirâtres, incessants et une grande prostration des forces ; la fièvre ne tarde pas à se déclarer, le ventre devient généralement sensible, mais particulièrement tendu et douloureux à la région de l'épigastre; le hoquet n'est pas rare, les frissons se répètent et la mort survient en moins de quatre semaines. On a signalé, dans un certain nombre de cas, l'augmentation de volume du foie, un peu de jaunisse, de la diarrhée profuse.
Parfois les symptômes perdent de leur acuité, le malade succombe un peu plus tardivement, émacié et épuisé. On signale enfin une forme de pancréatite dans laquelle une faiblesse progressive et l'émaciation sont les seuls symptômes du début : la fièvre manque, le tableau clinique est un peu celui d'une péritonite chronique, la durée peut s'étendre jusqu'à quatre et cinq mois et même un an. Les constatations anatomiques ont été variables; on a trouvé le pancréas tantôt criblé de petits abcès, tantôt ne renfermant que quelques cavités grosses comme
(') Klebs, IJandh. der path. Anat., 187G.
(-) Reginald Fitz, The med. record, 1880.
(') Toute celle description est empruntée au mémoire intéressant de Reginald Fitz.
(*) En dehors des causes signalées dans l'éliologie des pancréatites aiguës, en général, on a cité un cas d'abcès consécutif à la pénétration d'un lombric dans le canal de Wirsung. D'après Normann Moore, la thrombose de la veine porte jouerait un grand rôle dans la pathogènie des abcès du pancréas.