‹ Traité de chirurgie publié sous la direction de Simon Duplay [et] Paul Reclus (volume 3)Chapitre 55 sur 260 · H. — TRAITEMENT CURATIF. — CURE RADICALE DES HERNIES · texte numérisé non relu

H. — TRAITEMENT CURATIF. — CURE RADICALE DES HERNIES

Sous cette désignation, on comprend d'abord tous les moyens qui ont pour but de faire disparaître la hernie, soit que la cure ainsi obtenue soit définitive et dispense le malade d'avoir désormais recours à aucun appareil, soit qu'elle soit précaire et en quelque sorte temporaire et que, pour éviter une récidive, l'opéré soit encore astreint à porter un bandage de précaution.

On étend également cette dénomination aux opérations qui ont pour effet de rendre possible la réduction et la contention d'une hernie qui était auparavant difficile ou impossible à réduire ou à contenir.

Enfin la cure radicale, qui s'applique essentiellement aux hernies libres, non incarcérées et ne présentant pas d'accidents actuels pressants, est devenue le complément nécessaire de toutes les opérations dirigées contre les complications des hernies, spécialement de la kélotomie.

La cure radicale répond donc à un certain nombre d'indications, et par elle on recherche un but variable suivant les cas; c'est une opération tantôt curaiive, tantôt palliative, destinée à guérir les hernies ou simplement à les améliorer ; le terme de cure radicale lui-même est donc impropre, et il vaudrait mieux le remplacer par celui de cure chirurgicale qu'avait proposé Trélat ; mais il a été consacré par l'usage.

Depuis dix-huit siècles, les opérations et les méthodes les plus diverses ont été mises en honneur puis rejetées ; elles ont passé des mains des chirurgiens à la pratique des charlatans ; elles ont été vantées sans mesure et condamnées avec une rigueur extrême par les corps savants et par des lois sévères : l'incertitude de leurs résultats et leurs dangers les avaient fait rejeter au point que dans les meilleurs livres, dans les Leçoîis sur les hernies abdominales de GosseUn, il n'en est pour ainsi dire pas question , et cependant la sécurité avec laquelle on peut aujourd'hui s'attaquer aux hernies sous le couvert de la méthode antiseptique a fait des opérations de cure radicale une des plus sûres conquêtes de la chirurgie moderne.

Celse, le premier, avait préconisé l'extirpation du sac herniaire ; cette opéralion paraît avoir été adoptée jusqu'au iV siècle, où, dans les fragments d'Oribase qui s'y rattachent, on trouve mentionnée l'excision du sac associée à la torsion de son pédicule. Cependant la difficulté de disséquer le sac des hernies inguinales sans intéresser le cordon spermatique, avait déterminé les opérateurs à joindre à la cure radicale la castration délibérément pratiquée. Cette injustifiable mutilation a, de tout temps, été l'une des principales causes du discrédit où sont tombées les tentatives de cure radicale.

Un édit de l'empereur Constantin punissait du bannissement ceux qui pratiquaient la castration pour guérir les hernies ; cependant nous voyons la section

[P. BERGER.'

du « didyinc » par le fer, le feu, les causlicjues ou la li^alure, être recouiniandée par Paul d'K^ine, les Arabes. Avicenne, Albucasis, Guillaume de Salicel, Laiifranc, l'évèrpie Théodoric; cl Guy de Chauliac lui-même se consolaildu sacrifice du testicule en disant « que de deux maux il faut choisir le moindre ». L'histoire a conservé le souvenir des excès commis par les incisei(r)> aiiibulanl><, comme ces habitants de Norcia, dans l'Ombrie, chûtreurs et herniaires de père en fils, dont un seul, Horace, cité par Fabrice d'Aquapendente, ne châtrait pas moins de deux cents personnes par an, ou comme les hntelrurs, stigmatisés par Heister, qui nourrissaient leur chien de testicules.

Le danger et la barljarie de ces procédés eurent bientôt détourné les chirurgiens des méthodes sanglantes; au xui'' siècle, un certain Bérand Mélliis inventa le point flore: depuis lors, les procédés de suture ayant pour but d'oblitérer le collet se multiplièrent; tels furent ceux de Franco, d'Ambroise Paré et lasulurc royale dont parle Dionis ; mais leur inefficacité, la nécessité d'y joindre certaines pratiques dangereuses, comme la cautérisation du sac au vitriol, préconisée par Maget, les firent rejeter à leur tour bien avant que Bordenave n'en oM fait le procès à l'Académie de chirurgie. Aussi bien, depuis la découverte de Lequin et de Blégny, les esprits s'étaient-ils tournés vers les moyens de contention dont on cherchait à obtenir le perfectionnement.

Cependant, quoique les procédés de cure radicale fussent condamnés par la majorité des chirurgiens et rejetés de la pratique, quelque tentative nouvelle faisait apparition de temps en temps et jouissait d'une vogue passagère. C'est ainsi qu'en 1835, Gerdy, invaginant la peau du scrotum dans le trajet herniaire et cherchant à l'y maintenir par la suture, eut des succès et des imitateurs; sans parler de Lehmann, de Bruns, de Zeis, de Schuh, de Thierry et d'autres qui n'apportèrent à sa méthode que des modifications sans importance, Wiitzer, Bothmund, Valette, Kinloch inventèrent des instruments pour maintenir l'invagination du scrotum dans l'anneau : d'autres, comme Sotteau, y joignirent des sutures maintenant en contact les parois opposées du canal inguinal ; mais c'est à John Wood que revient l'honneur d'avoir transformé, en la rendant sienne, l'ancienne méthode d'oblitération du trajet herniaire par la suture; depuis 1865 jusqu'à l'époque actuelle, ce chirurgien a constamment lutté pour remettre en honneur la cure radicale et il n'a pas peu contribué à ramener les chirurgiens sur un terrain qu'ils avaient depuis longtemps abandonné.

A peine la méthode antiseptique eut-elle fait son apparition, qu'on vit renaître la confiance dans les opérations curatives : Czerny, Nussbaum, Socin, Lucas- Championnière, Mitchell Banks, Barker, Tilanus, J. Beverdin, donnèrent le signal d'un mouvement auquel s'associèrent bientôt tous les chirurgiens. Après de nombreuses communications et d'importantes discussions qui ont eu pour efîet d'en fixer les résultats et d'en établir les indications, la cure radicale des hernies fut admise au nombre des opérations courantes. Son efficacité est aujourd'hui reconnue, elle est adoptée et pratiquée par tous les chirurgiens et elle doit être considérée comme le seul moyen de traitement rationnel dont nous disposions à l'égard des hernies, encore qu'elle ne puisse pas s'appliquer à tous les cas.

Après ce court aperçu de l'historique que Ion complétera par la lecture de l'admirable introduction dont Malgaigne a fait précéder l'édition des œuvres d'Ambroise Paré et de la remarquable thèse d'agrégation de P. Segond, il ne

nous reste plus qu'à indiquer les plus impoilanls des innombrables travaux qui, dans ces dernières années, se sont multipliés sur ce sujet :

John Wood, On niplures. London, hSC)."). — Du mkmi;, LkuccI,, It iiuii IS.")X, p. U7)\. — //ii<l., 3 février ISOO, p. '12'2. — Ihid., 5 juin 18150, p. (iSi). — Ibid., 1877, L. 1, p. «5i. — Ihid., 1X7X, l. H, p. 18i. — Ihid., 20 aoùl, 1881, p. 5,V2 et mai 1882, [>. 782. — Du mi>mi;, Lccliircs on hoi-nia and ils radical cure. litilUk iticd. Jaiirtuil, 188:), 1. 1, p. 1185, 1255, 1279. London, 1880. — Max ScHEDE, Ccntmlblall fiir Chir., 1877, p. 089. — Czeuny, Wiener med. Woch., 1877, n"» 21 cl 2-4, el Beitr. zur opcr. Chir. Slullgaii, 1878, p. 1-58, cl (k)iiruUilaLt fi.ir Cldr., 1885, p. 49. — SociN, Correspondenzhlalt fiir schiv. Aerzte, 1878. — J. Revehoin, Reoue med. de la Suisse rom., 1881, p. 44 cl 171. — Ibid., 15 janv. 1882. — Ibid., avril 1885, p. 257, cl Bull, de la Sociélc de chir., 1881, l. VII, p. 208. — ScHWALBE, Deutsche med. Worh., 1870, t. II, n» 58; 1877, n° 15, el Centralblatt fiir Chir., 1881, p. 098 cl 1882, Bcilage, p. 59. — J. Lucas-Championmère, Chirurgie anlisc[)lique. Paris, 1880, p. 189. — Du même, Cure radicale des hernies. Paris, 1887, el Jourluil de méd. et de chir., 1888, p. 577. — Du même, Journal de med. et de chir.prat., février 1892, p. 158 cl novembre 1895, p. 8W. — Du même, Bull, de VAcad. de méd., 3 août 1897, p. 140. — Paul Second, Tiit>se d'agrég. de Paris, 1885. — J. Anderegg, Deutsche Zeit. fur Chir., XXIV, IL m cl IV, 1880. — C.-B. Ball, Mitchell Banks, Arthur A. Barker, John E. Barton, .Iohn Chiene. s. W. Exler, B. de Garmo, Kendal Franks, Christopher Heath, Vincent Jackson, B.c. Keetley, E. Kuster, Charles Mac Burney, William Macewen, K. Maydl, Nicaise, Rushton Parker, Richelot, Mayo Robson, Sonnenburg, W. Thornley Stoker, W. Stokes, W. Dunnett Spanton, Svensson el Erdmann, Lav^^son Tait, Terrier, Ward Cousins, Robert F. Weir, voy. Paul Berger, Cure radicale des hernies. Revue des se. méd., 1888, t. XXXII, p. 070. — Soc. de chir. de Paris, discussion. Bull, et mém. de la Soc. de chir., 1887, t. XIII, p. 041 à 712. — Congrès français de chir., '5" session, 1888, p. 119-192. — Brilish med. Assoc, discussion. Brilish med. Journal, 1887, t. II, p. 1207. — Charles Barrett Lockwood, British med. Journal, 1889, l. I, 29 juin. — Académie de méd. de New-York, 21 février 1889. — Royal médical and chir. Sociely, 8 avril 1890. British med. Journal, 1890, l. I, p. 840. — E. Stammore Bishop, British med. Journal, 1890, t. I, p. 884. — Ernest Kingscote, Ibid., p. 1482. — Lauenstein, Trendelenburg, Neunzehnter Congress der deutschen Gesellschafl fiir Chir., 1890. — F. Wolter, Samml. klin. Vortrdge, 1890, n" 500. — E. Bassini, Arch. fiir klin. Chir., 1890, t. XL, p. 429. — Habs, Deutsche Zeits. fur Chir., 1891, l. XXXII, p. 323. — S. E. Milliken, Whal spécial mechanical trealmenl has proved most serviceable for each vai'iely of reducible or ii-reducible Hernia. New York med. Society, 1889. — Hadra, A flap .splilling operalion. Neio York med. Record, 1891, t. XL, p. 620. — Bennett, Loc. cit., p. 186. — Macready, Loc. cit., p. 222. — Bottini, Tricomi, Postempski, Soc. ilal. de chir., 1891, el Revue de chir., 1892, p. 889. — Lawson Tait, A discussion on trealmenl of hernia by abdominal seclion. British med. Journal, 1891, 20 sept, p. 085. — Th. Kocher, Correspondenzblatt f. schiv. Aerzte, aoùl, sepl. 1892, p. 470, 523, 561. — Du même, Erfolge der Radicaloperalionen miltelsl der Verlagerungsmelhode. Arch. f. klin. Chir., 1895, t. L, p. 170. — Du même, Resullate der Hernienoperalionen. Centralblatt fur Chir., 1897, n° 19, p. 529. — Voy. aussi plus loin Leuw et Berezowsky. — A. Broca, Gazette hebd., 20 mars 1892. — G. Phocas, Mercredi méd.. 20 juillet 1892. — Richelot, Congrès français de chir., 1892. — Ed. Schwartz, Myoplastie herniaire. Septième Congrès français de chir., 1893, p. 089. — Thiriar, Utilité d'un transplant osseux. Revue de chir., 1895, p. 412. — O. Hara, Brit. med. Journal, 1895, p. 1067. — M. Schede, Die versenkle Drahlnahl. Festschrift f. Esmarch, 1895, p. 400, et Deutsche Gesellschafl f. Chir.,

1893. — A. M. Phelps, A new operalion for Hernia. New York med. Journal, 1894, t. LX, p. 291. — J. E. Kelly, Transplantation of thc tensor vag. femoris. New York therap. Revue,

1894. t. II, p. 59. — Delorme, Remarques sur une série de cinquante cures radicales. Arch. de méd., de chir. et de pharm. milit., 1894, n° 6. — Du même, Ibid., 1895, n° 5 el 6. — Du même, Ibid., 1890, n° 6. — W. Kramer, Ueber die Resullate der Radicaloperation besonders grosser Unlerleibsbrûche. Arch. f. klin. Chir., 1895, t. L, p. 188. — Fergusson, Annals ofsurg., May

1895. — O. Simon, Beitrdge zur klin. Chir., 1890, t. XVII, p. 557. — Poullet, Guérison des hernies par auloplastie tendineuse. Congrès de chir., 1896. — Davis, On the treatment of the sac. Annals ofsurg., janvier 1896. — Duplay et Cazin, Nouveau procédé de cure radicale des hernies inguinales. Sem. méd., 1890, n° 57, p. 453 el 22 décembre 1897. — O. Lannelongue, Traitement des hernies parla méthode sclérogène. Acad. de méd., 1896, 7 juillet. — Du même, Acad. des se, 1897, 20 avril. — Du même, Acad. de méd., 0 juillet 1897. — Defontaine, Cure radicale sans fils perdus. Arch. prov. de chir., 1897, p. 80. — Voy. aussi les hernies en particulier, inguinales, crurales, etc.

Les moyens employés dans ces derniers temps pour obtenir la cure radicale

des hernies peuvent se rattacher à trois méthodes qui comprennent un certain

nombre de procédés et de modes opératoires; ce sont: 1° la méthode des

injections péri-herniaires ; 2° l'oblitération du trajet par la suture sous-cutanée;

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5" l'opération proprement dite, comprenant l'incision de la hernie, l'isolement du sac, l'oblitération de son collet par la ligature ou par la suture suivie de l'extirpation ou de la fixation dans l'abdomen du sac ainsi traité; il faut y joindre la suture à découvert du trajet herniaire et la constitution d'une cicatrice pariétale capable de s'opposer au retour de la hernie.

De ces trois méthodes, les deux premières ne sont applicables qu'aux hernies réductibles; la troisième, à laquelle se rattachent aujourd'hui presque tous les chirurgiens, s'adresse à toutes les hernies, réductibles ou irréductibles, libres ou étranglées. Mais, avant d'en indiquer la technique, les résultats, les indications, il convient d'examiner ce qu'on est en droit d'attendre de l'effort curatif de la nature aidé par l'emploi méthodique des bandages.

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