I. — GUÉRISON SPONTANÉE DES HERNIES. — CURE RADICALE PAR LES BANDAGES
La guérison spontanée des hernies congénitales, traitées ou non par l'application des bandages, est un fait trop connu pour que nous y insistions ; on en trouvera d'ailleurs les preuves dans les chapitres consacrés aux hernies inguinales et ombilicales ; la principale est fournie par la très grande fréquence de ce genre de hernies dans le jeune âge et le très petit nombre de cas, chez les hernieux adultes, où l'origine de la hernie puisse être suivie jusqu'à l'enfance.
En effet, la proportion des hernieux par rapport aux sujets mascuHns du même âge, qui est de i/4,7 au cours de la première année, n'est plus que de 1/48,7, 1/52, 1/78, 1/72,2 de 10 à 15, de 15 à 20, de 20 à 25, de 25 à 50 ans. Cette diminution du chiffre des hernieux par rapport à la population masculine du même âge, que démontrent nos relevés du Bureau central, ne peut s'expliquer que par la guérison de la grande majorité des enfants atteints de hernies ('). Macready(') en se fondant sur la statistique de la Société des bandages de Londres, admet que la proportion des enfants de moins de 11 ans qui conservent leurs hernies jusque dans l'âge adulte, n'est guère que de 55 pour 100; John Langton (^) et Lockwood (^) sont arrivés, par l'étude des statistiques, à des conclusions à peu près semblables. Les causes qui favorisent cette guérison spontanée, et que nous nous bornons à mentionner sommairement, sont la tendance naturelle à l'oblitération d'une communication temporaire qui avait favorisé l'apparition de la hernie (comme la communication périlonéo-vaginale dans les hernies vaginales congénitales), l'accroissement rapide de la capacité abdominale pendant l'enfance, le point de plus on plus élevé auquel correspond l'insertion mésentérique de l'intestin (Lockwood). Le traitement par les bandages vient au secours de cette tendance à la cure spontanée.
Mais jusqu'à quel âge la guérison d'une hernie par une contention exacte peut-elle être espérée? « L'expérience nous apprend, dit Richter, qu'on peut presque toujours obtenir la cure radicale des hernies des jeunes sujets et de celles qui sont récentes par l'usage des bandages, tandis qu'on l'obtient rarement chez les adultes et dans les anciennes hernies. Quand le malade est au-dessus de vingt-quatre ans, il ne doit plus espérer, dit Garengeot, de guérir
(') Paul Berger, Résultais de l'examen, p. 80-85.
{*) Macready, a treatise on ruptures, p. 207.
{') John Langton, Heath's Dictionnary of pratical surgery, t. II, p. 66i.
(*) Ch. Barrett Lockwood, Hunterian lectures, 1889, p. 106.
CURE RADICALE. \n
radicaloincnl par l'usago du baiidago. CcpeiidaiiL Ilcislor avance (pie les adultes ne sont pas sans espoir d(^ <^uéris()n si la hernies est rrccnh^ cl pelile. » De l'ail, une guérison, apparente au moins, si elle n'est pas IVcMpieiilc, peu! (Mre obtenue par le port rég-ulier des bandages, niOme chez les adultes : on peut citer sur ce point les autorités de Malgaigne, de Le Fort, de Gliiene. « Dans tous les cas récents, dit ce dernier chirurgien, le bandage doit être appliqué, non comme un simple palliatif, mais en vue d'obtenir la cure. Plus le sujet est jeune, plus grandes sont les chances de succès; mais une fois que la hernie a été réduite, on ne doit plus jamais lui permettre de sortir. » De Garmo, chargé du traitement des hernies à la policlinique de New- York, a recueilli sur ce point des chiffres pleins d'intérêt; sur 1205 cas de hernies qu'il a traitées et suivies à cette institution, et dont il() seulement étaient des hernies du jeune âge, o5G, plus du quart, furent guéries par les bandages. Ces malades, considérés comme guéris, étaient restés six mois au moins sans porter de bandage et sans récidive; ■405 malades portaient un bandage plus léger qu'au commencement du traitement, 5 furent renvoyés pour refus de traitement, 87 ne purent être suivis. Je pourrais joindre à ces chiffres le résultat de mon expérience à la consultation des bandages du Bureau central. Les travaux de quelques chirurgiens militaires allemands sont plus récemment encore venus confirmer ces données ('). Villaret surtout a cité des cas de hernies inguinales récentes, brusquement survenues chez de jeunes soldats, dans un effort, et guéries après une application de bandages. On ne saurait méconnaître le caractère précaire de semblables guérisons; quoi qu'il en soit, il y a là des faits dont il faut tenir compte.
Jusqu'à quel âge peut-on obtenir de ces guérisons? Reneaulme de Lagaranne a vu un homme de soixante-dix ans guérir par le seul repos ; Fabrice de Hilden a observé un vieillard de quatre-vingt-dix ans qui, retenu au lit six semaines, se trouva guéri de sa hernie lorsqu'il put se lever. Ce sont là des cas tout à fait exceptionnels ; Malgaigne même va trop loin lorsqu'il admet que le port des bandages peut donner un bon nombre de succès jusqu'à trente-cinq ans. Il est certain que la tendance à la cure spontanée, aidée par les bandages, diminue très rapidement avec l'âge. On peut résumer ce que nous savons sur ce point dans les propositions suivantes :
Chez les enfants et les nouveau-nés, les hernies congénitales simples peuvent et doivent guérir par le port régulier des bandages.
Chez les jeunes sujets et même chez des adultes jeunes, des hernies de force, lorsqu'elles sont récentes, peuvent encore guérir par les mêmes moyens.
Les chances de guérison diminuent rapidement, suivant que le sujet est plus âgé, les anneaux plus larges, la hernie plus volumineuse et qu'elle est sortie plus souvent.
Pour obtenir la guérison, il faut que la hernie ne ressorte plus à partir du commencement du traitement; il faut par conséquent que le bandage soit porté jour et nuit.
Si, au bout de quelques mois de ce traitement, la hernie présente la moindre tendance à ressortir ou même si le doigt, placé sur l'orifice herniaire, sent encore de l'impulsion dans la toux, on ne doit plus compter sur le succès.
(*) Villaret, Wiener med. Blatter, 1889, t. XII, p. 89, et Deutsche militaraztl. Zeitschrifl^ •1890, n» 12, p. 552. — G.a.hde, IbicL, 1889, XVIII, p. 569-575. — Lantz, Correspondenzblall fiir schw. Aerzte, 1" juin 188,9, p. 343.
[P. BERGER, i
as TRAITEMENT.
En pratique, chez les enfants, la guérison radicale des hernies doit être recherchée et est le plus souvent obtenue par le port régulier des bandages.
Chez les adolescents, elle pourrait encore être recherchée et obtenue, mais avec beaucoup moins de chances de réussite.
A partir de l'âge adulte, on ne doit plus compter sur elle, quoiqu'on pût encore la voir se produire si on la recherchait avec assez de persévérance.
La facilité avec laquelle se produit la cure spontanée des hernies congénitales dans Tenfance ôte toute espèce de valeur aux observations de ceux qui prétendent avoir guéri des hernies par des moyens médicamenteux, par des traitements toniques ou reconstituants, comme le traitement thyroïdien('), ou parle régime et la diète seuls (*). L'emploi des médications internes ne peut être considéré que comme un adjuvant des autres moyens de traitement.
On a proposé d'employer le massage et la gymnastique suédoise à la cure des hernies (^). Ces moyens, en fortifiant les parois de l'abdomen, pourraient avoir une influence adjuvante sur la guérison, mais il n'y a rien de démontré à cet égard. Dans les premiers temps, au contraire, on recommandera plutôt un repos relatif et l'abstention d'exercices violents aux sujets chez qui l'on cherche à obtenir la cure radicale d'une hernie par l'application du bandage.