NÉCROSE PHOSPHORÉE
C'est en 1845, cinq ans après l'apparition de l'industrie des allumettes chimiques, que Lorinser, à Vienne, et Heyfelder, à Stuttgart, rapportèrent les premières observations d'une ostéopathie particuhère, professionnelle, ayant son point de départ dans l'un ou l'autre des maxillaires, et à peu près exclusivement développée chez les ouvriers qui fabriquent des allumettes avec du phosphore blanc.
A peu près à la même époque, Strohl observait à Strasbourg des cas semblables et les signalait, ignorant les travaux précédents. L'éveil donné, de nombreuses publications parurent sur la question. En Angleterre, vue par VVills et Stanley, la nécrose phosphorée fut l'objet de mémoires importants, de Bristovv, de Bilza et de Geist. En France, la thèse d'agrégation de Trélat (18-57) est restée classique, ainsi que les mémoires de Roussel, de Després, et, surtout. le rapport de Magitot à l'Académie de médecine (1888). A l'étranger, la thèse de Haltenhofl', de Zurich, contenait déjà des documents importants. Depuis celte époque, citons encore les travaux de Johannes Neuman (Munich, 1892), de Hœckel {Archive fiir klin. Cliemie, XXXIX, 3 et 4), et en France l'intéressante revue de Riche, sur la pathogénie de la nécrose phosphorée, ainsi que la thèse de Rémond (Lyon, 1892), faite au point de vue de la prophylaxie de cette affection.
Étiologie et Pathogénie. — On peut dire que la nécrose phosphorée est une maladie absolument et exclusivement professionnelle; elle n'atteint guère (jue les ouvriers employés à la fabrication des allumettes, et il y a lieu d'imiter la réserve de MM. Monod et Guyon qui, dans leur article classique sur les affections des maxillaires (Dictionnaire de Dechambre), se montrent sceptiques à l'endroit des quelques faits de nécrose, observés en dehors du cadre étiologique ordinaire. Signalons cependant le cas unique d'Hutchinson, dans lequel l'usage du phosphore à l'extérieur s'accompagna d'accidents osseux.
Citons tout d'abord ce fait capital, que le phosphore blanc seul semble devoir être redoutable, alors que le phosphore rouge n'est pas dangereux. La « trempe » et le « séchage » des allumettes sont les temps les plus dangereux de la fabrication ; la maladie frappe avec une prédilection marquée les ouvriers qui y sont occupés. Il faut accorder à l'hygiène du travailleur et de l'usine un rôle prépondérant. Le rapport de Magitot démontre jusqu'à l'évidence l'importance de cette notion. Les ateliers mal installés, ceux dans lesquels on n'apporte pas une surveillance particulière à la propreté manuelle, ceux dans