‹ Traité de chirurgie publié sous la direction de Simon Duplay [et] Paul Reclus (volume 4)Chapitre 136 sur 143 · A. — TUMEURS PROPAGÉES PAR CONTIGUÏTÉ · texte numérisé non relu

A. — TUMEURS PROPAGÉES PAR CONTIGUÏTÉ

Toutes les tumeurs malignes développées au voisinage du squelette peuvent l'envahir, et il est vraiment difficile de savoir quelles sont celles qui l'envahissent le plus fréquemment. Cependant, il semble bien qu'il faille donner le premier rang aux tumeurs épiihéliales des muqueuses qui tapissent des cavités osseuses. Les épilhéliomas du maxillaire supérieur, consécutifs à des épithéliomas de la voûte palatine, des gencives, de l'antre d'Highmore et des sinus du crâne, constituent un groupe important de cette variété. Nous avons omis intentionnellement dans notre classification des tumeurs des os, de donner une place aux tumeurs des dents, attendu que ces tumeurs {odontomes, épithéliomas adamantins, etc.) constituent un groupe bien distinct qui sera étudié ailleurs; disons, cependant, que ces tumeurs se propagent aussi, très souvent, aux maxillaires. On trouvera des renseignements complets sur cette question dans l'important travail de Ljtinggren, Om Kâksviisister (Nordiskt med., Arkiv, 1895, n" 1). Nous avons placé, parmi les tumeurs primitives des os, les épithéliomas qui naissent aux dépens d'îlots épithéliaux congénitaux, inclus dans les maxillaires {épithélioma alvéolo-dentaire de Magitot; épitliéliome térébrant du maxillaire : Verneuil et Reclus, Progrès médical 1876).

Après les épithéliomas du maxillaire, consécutifs aux épithéliomas muqueux cutanés ou adamantins, nous mentionnerons les épithéliomas des os longs, consécutifs à des cancroïdes cutanés térébrants.

Dans toutes ces observations, la néoplasie maligne a ulcéré, perforé, envahi un os sous-jacent primitivement sain, mais il est toute une autre catégorie d'épithéliomas secondaires des os qui ont une marche clinique inverse : l'os est primitivement malade, il est atteint d'une ostéite chronique avec persistance de séquestres et de trajets fistuleux. Autour d'une ou plusieurs fistules, quelques bourgeons dégénèrent et le cancroïde, au lieu de se développer en surface, pénètre d'emblée dans le foyer pathologique d'osléo-myélite, l'envahit, le comble, puis fait ultérieurement issue au dehors. Ce sont ces cas, qui ont été longtemps considérés, comme des types d'épithéliomas primitifs des os, et sur lesquels nous

avions déjà attiré l'attention dans VEncycIopédie internationale de chirurgie, t. IV. Voici les principales publications dans lesquelles on trouvera des renseignements sur cette variété si spéciale d'épithéliomas des os :

DiTTRiCH, Prager Vietielj., 1847. XIV; p. 101. — Cornil, Journal de l'anat.. 1866. — Poncet, Encycl. interii. de chir.. t. IV. — Nicoladoxi, Epilheliombildung in Sequeslerladen. Arch. f. klin. Chir., XVVI, 1881. — Auché, Épithéliome des os. Bordeaux, 1887. — V.vll.\s, Gaz. hebd.. 1888. Ch.^ixtre, Gaz. méd. de Paris, 1889. — BR.\TsciiM.iNN, Archiv f. Ohrenheilkunde, 1887.

— Vox DiTTEL. Wiener klin. Wocli., 1890. — Micii.\el, Deilràge zur klin. Chir., VII, p. 2, 1891.

— BoRCHERS. Ueber das Carcinom, welclies sich im alten Fislelgange der Haut enlwickelt. Thèse de Gottingue, 1891. — Volkm.\xx. Samml. klin. Vorlrâge, série XII. — Dev.\.rs, Dégénérescence cancroïdale des anciens foyers ostéomyélitiqucs, Thèse de Lyon, 1894. — Friedl.ïnder, CarcinomenUickelung in Sequesterhœhlen. Zeils. f. Chir., Bd. XXXVIII, 1894.

Il résulte, de l'ensemble de ces travaux, qui portent sur plus de 200 cas, que l'évolution d'une telle néoplasie est plutôt .'elativement bénigne, tant que la fistule aux dépens t -V de laquelle elle a pris naissance reste fer-

mée. En effet, l'os ayant été longtemps malade, il s'est fait un tissu de sclérose tout autour du foyer de suppuration, et ce tissu sert de barrière au cancroide lorsqu'il se développe. Si donc on a porté le diagnostic de : dégénérescence cancroïdale d'un ancien foyer d'ostéite, avant que la tumeur ne bourgeonne au dehors, on peut pratiquer des amputations, voire même des résections, avec des chances de guérison ; mais si la tumeur est largement ouverte, si elle suppure, si elle émet une odeur fétide, etc., l'amputation rapide est la seule ressource, car les ganglions sont rapidement envahis et toute tentative opératoire devient infructueuse. Dans les faits que nous avons observés il s'agissait d'ostéomj'élites de l'enfance, de l'adolescence, remontant à ^., ^,. . -,-, une date ancienne et. dans

FiG oib — Epitheliome inlia-oascui développe dans un ancien

fo\er -iequeslral dosleom\clite aigue de rextrémité inférieure toUS IcS CaS, datant de plUS

du fémur droit (Homme de quarante-trois ans aUeint d'ostéite ^ j . ^^j ^

infectieuse a 1 âge de vingt et un ans.) """o"

FiG. 547. —Dégénérescence cancroïdale d'un ancien foyer ostéo- derniers malades que IIOUS

myélitique de l'exlrémilé supérieure du tibia. (Devars, loc. cil.) avons aniDUté DOUr une lésion de ce genre (voy. fig. 5i6), l'ostéite juxta-épiphysaire de l'extrémité infé-

rieure du fémur droit remontait à trente-deux ans. Les orifices des trajets fistuleux présentaient d'énormes bourgeons cancroïdaux; ils exhalaient l'odeur sui generk des dégénérescences épithéliomateuses profondes. Des masses néoplasiques qxii entouraient un gros séquestre, s'étendaient, au loin, dans les couches parostales, dans l'articulation voisine ankylosée, elles avaient envahi l'extrémité supérieure du tibia. Le fémur complètement infiltré, dans son tiers inférieur, par la dégénérescence cancroïdale, n'était plus représenté, à ce niveau, que par une lamelle osseuse; cependant, la tumeur n'avait pu s'étendre dans le canal médullaire, oblitéré de vieille date, par des couches osseuses de nouvelle formation. Chez certains malades, l'infiltration épithéliale envahit promptement toute la moelle osseuse d'une épiphyse à l'autre; le chirurgien se trouve alors en face d'une forme particulièrement grave, fm-me diffuse, par opposition à la première variété, qui est la forme relativement circonscrite.

Dans le travail de Bratschmann intitulé : Carcinome de l'os temporal, sont relatées 16 observations, dont 4 personnelles, dans lesquelles un épithéliome de l'os temporal parut prendre son origine, soit dans la peau du conduit auditif externe, soit dans le revêtement muqueux de la caisse du tympan. Il s'agissait surtout de cancroïdes, consécutifs à des otites moyennes, suppurées, chroniques. Nous avons observé plusieurs faits de ce genre, dans lesquels les douleurs étaient particulièrement vives.

Un autre groupe important de tumeurs osseuses secondaires, propagées par contiguïté, est représenté par les sarcomes de la dure-mère, qui envahissent le crâne et, d'une façon générale, par les sarcomes des séreuses, gagnant les os adjacents (sarcomes primitifs de la plèvre s'étendant aux côtes). Les autres variétés de tumeurs osseuses secondaires, résultant d'une propagation directe d'une tumeur épithéliale ou conjonctive voisine, ne constituent que des faits isolés, n'ayant aucune histoire clinique; mais, nous répétons encore une fois, que toutes les tumeurs, nées au voisinage du squelette, peuvent l'envahir et constituer des tumeurs osseuses secondaires par contiguïté.

Dans les pages suivantes nous étudierons les tumeurs osseuses secondaires par métastase.

Page 1