‹ Traité de chirurgie publié sous la direction de Simon Duplay [et] Paul Reclus (volume 4)Chapitre 138 sur 143 · B. — EXOSTOSES INFLAMMATOIRES · texte numérisé non relu

B. — EXOSTOSES INFLAMMATOIRES

Après avoir décrit avec les tumeurs les néoformations osseuses, que nous considérons comme des néoplasmes vrais, les ostéomes, et après avoir étudié, dans un article spécial, une variété d'exostoses, que nous considérons comme étant du domaine de la tératologie et auxquelles seules nous pensons qu'il faut réserver le terme d'exostoses ostêogéniques, il nous reste à parler de toute une série de productions osseuses, qui ne sont, ni des tumeurs, ni des malformations congénitales, nous les réunissons sous le nom d'exostoses inflammatoires. On pourrait les subdiviser en deux groupes et étudier, d'une part, les exostoses par irritation mécanique des cellules du périoste et de la moelle et, d'autre part, les exostoses par irritation infectieuse, microbienne, de ces mômes cellules ; mais il ne nous semble pas nécessaire d'établir une pareille division, car, dans certains cas, il serait difficile de dire quel a été le rôle des microbes ou de leurs produits solubles, et nous n'avons aucune raison sérieuse pour séparer nettement l'irritation physique de l'irritation chimique. Ainsi donc, nous réunissons dans ce chapitre les exostoses syphilitiques, rhumatismales, puerpérales, rachitiques et les exostoses professionnelles, sous-unguéales et traumatiques, dont les dernières ne sont qu'un chapitre de l'histoire du cal. Toutes ces productions osseuses relèvent d'un même processus, qui est l'irritation des cellules ostéogènes de la

moelle ou du périoste. Ces exostoses ont aussi une caractéristique commune, qui est celle de pouvoir diminuer avec la cessation de la cause irritative.

Anatomie pathologique. — Les exostoses inflammatoires se présentent sous les aspects les plus variés, depuis celui de petites aiguilles jusqu'à celui de grosses masses arrondies. Lorsqu'on a l'occasion de pratiquer des examens histologiques, on constate que Ton est en présence de tissu osseux vrai et non pas d'un tissu tel qu'on n'en rencontre jamais dans le squelette et qui est caractéristique des ostéomes, mais, tandis que le tissu osseux vrai des exostoses ostéogéniques est absolument identique à celui des os normaux, ici, au contraire, ce tissu osseux a des caractères d'ostéite très évidents. Un jour viendra certaine-

FiG. 555. — Exustoï^e et h\p.er'jblObe piuduites expcriiiienlalementpar L. Dor, chez le lapin, par l'injection inlra-veinense du bacille de la pêriostite albumineiise.

ment, où l'on pourra même reconnaître sous le microscope les exostoses sj'philitiques, les exostoses rhumatismales, staphylococciennes ou streptococciennes, mais, actuellement, nous ne pouvons affirmer qu'une chose : c'est qu'on trouve des signes d'ostéite, sans pouvoir distinguer encore les variétés de ces ostéites.

On rencontre deux variétés d'exostoses infectieuses : 1° celles qui sont constituées par un tissu entièrement spongieux; 2" celles qui présentent des canalicules de Havers et qui ont des caractères de l'os compact.

Dans la première variété, on constate que l'architecture régulière du tissu spongieux a subi des bouleversements considérables, et qu'il est absolument impossible de reconstituer schématiquement et par la pensée l'ensemble des systèmes havériens modifiés, qui ont servi à l'édification de l'os.

Dans la seconde variété on trouve, en général, une loi plus simple : les systèmes de Havers ont pris une direction perpendiculaire à la direction qu'ils ont dans l'os porteur de l'exostose, et il semble qu'il y ait une certaine régularité dans l'irrégularité.

Pathogénie. — La cause primordiale des exostoses que nous étudions est une irritation des cellules de la moelle et du périoste, qui a déterminé un réveil de leurs propriétés ostéogènes.

Cette irritation peut être physique ou chimique. Elle est physique dans les exostoses professionnelles et les exostoses sous-unguéales ; elle est chimique dans les exostoses infectieuses. Les microbes sécrètent des produits solubles, variables suivant leur virulence. Au premier stade de la virulence, ils sont septo-

gènes, c'est-à-dire qu'ils intoxiquent tout l'organisme. Au second stade, ils sont pyogènes, c'est-à-dire qu'ils intoxiquent seulement les globules blancs, et au troisième stade ils n'intoxiquent plus les globules blancs qui leur offrent une grande résistance, mais ils exercent une action localisée sur certaines cellules plus délicates. C'est à ce dernier stade de virulence que sont les microbes qui engendrent des exostoses, et cette conception nous explique pourquoi on peut rencontrer des exostoses, qui sont produites exclusivement par des staphylocoques ou des streptocoques, habituellement pyogènes. En fait, ce sont surtout des ostéites, qui sont engendrées par des microbes pyogènes atténués; les exostoses relèvent plus volontiers de microbes qui ne sont jamais pyogènes, et qui, au deuxième stade de leur virulence, provoquent des exsudations séreuses (rhumatisme, syphilis, périostite albumineuse).

Parmi ces exostoses, ce sont les exostoses syphilitiques qui sont les plus fréquentes. Or, on sait qu'elles ne surviennent pas dans les toutes premières périodes de la syphilis, il faut que le microbe ait déjà subi une certaine atténuation. En ce qui concerne le microbe de la périostite albumineuse, décrit par L. Dor {Archives prov. de chir., 189.5), il est possible de lui faire engendrer expérimentalement des exsudations séreuses ou des exostoses, suivant que les cultures injectées am-ont été tout à fait jeunes ou bien, au contraire, auront été atténuées par le vieillissement.

Symptômes. — Les exostoses infectieuses sont très souvent douloureuses. Ce symptôme peut se rencontrer aussi dans les exostoses non infectieuses {exostoses soiis-unguécdes, exostoses professionnelles)-, leurs symptômes sont variables suivant leur forme, leur volume, leur siège, aussi nous est-il impossible de présenter un tableau symptomaliquc d'ensemble.

Variétés. — Certaines variétés sont assez caractéristiques pour qu'on puisse écrire leur histoire, mais il en est d'autres que l'on ne rencontre qu'à l'état de faits isolés et que l'on -^;

doit se borner à signaler. Nous /-C-

présentons, à titre de curiosité, ■''^ '

le crâne figuré sur le dessin cijoint (fig.oùi); il s'agissait d'exos" toses mamelonnées de la voûte crânienne chez un sujet non sy- j ' philitique.

Parmi les variétés mieux con-

nues, nous mentionnerons les exostoses syphilitiques. Leur histoire F'«- S^t. - E.xosloses mamclonnoes de la vofite crânienne ^ ^ , chez un sujet non syphilitique. — Aucune e.xostose du est suffisamment bien exposée côté de la face interne.

dans tous les traités spéciaux de

syphiligraphie, pour que nous ne pensions pas avoir à nous en occuper.

Les exostoses sous-unguéales des orteils et des doigts seront décrites avec les maladies de ces organes. Nous reproduisons toutefois (fig. 555 et 556) un dessin très démonstratif d'cxostoses semblables, survenues chez une jeune fille de dix-sept ans ;voir Thèse de Miramond, Lyon 1894).

Ces exostoses nécessitent l'avulsion de Tongle et une larg-e ablation au bistouri

, de tout le tissu pathologique.

Cette intervention s'impose dès le début, aussitôt le diagnostic posé: la lésion ne saurait, en elTet, rétrocéder sous liulluence d'un traitement quelconque, el l'alTeclion peut s'accompagner de douleurs, d'ulcérations, de troubles fonctionnels. Chez une femme de trente ans que nous avons opérée d'une exostose sous-unguéale du pouce droit, la maladie datait de dix- sept ans. Lexostose entretenait, depuis cette époque, des accidents inflammatoires, dont la cause avait été méconnue el ^"^' "^^" FiG. ooj. qui disparurent complètement

F.G. 5o5 ei 5ob. - Exosloses sous-ui.g^éales des deux gros ^ ablation. Lcs Cro^-

orteils, chez une jeune ûlle de dix-sept ans. uj^.v-,, ^^ ui,iuiiv^ ». ^.j %^ j

toses professionnelles reconnaissent pour cause une irritation locale, un traumatisme répétés. Ce sont plutôt des périostoses que de véritables e.xostoses. Le prototype de ce genre de lésions nous parait être la bosse des scieurs de long, dont nous avons parlé au chapitre des : Périostites plastiques.

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