‹ Traité de chirurgie publié sous la direction de Simon Duplay [et] Paul Reclus (volume 4)Chapitre 44 sur 143 · SUITES ELOIGNEES DES FRACTURES SANS COMPLICATIONS. Ô · texte numérisé non relu

SUITES ELOIGNEES DES FRACTURES SANS COMPLICATIONS. Ô

tombent avec les écailles épidermiques auxquelles ils adhèrent. La peau est plissée et trop grande pour la masse atrophiée des muscles sous-jacents. Le membre dans son ensemble est amaigri, la masse musculaire est flasque et sans consistance.

Cette atrophie n'est pas limitée au segment du membre fracturé, mais elle s'étend bien au delà. Dans les fractures de jambe, on peut constater que l'atrophie atteint la cuisse, dans celles de l'avant-bras et du bras elle retentit sur toute la musculature du membre.

Mais cette atrophie musculaire, quoique constante, est variable dans son intensité; elle est cependant toujours moins grave que l'atrophie due à la compression d'un nerf par un cal vicieux. Elle se répare, mais se répare lentement et il importe de la combattre, aussitôt que possible.

Gosselin, en 1856, a étudié cette atrophie musculaire. Il fractura la cuisse à des cobayes et, les sacrifiant, quelques mois après la fracture, il constata que les muscles étaient restés pâles et anémiés et que leur volume semblait réduit. Il l'était en réalité et dans des proportions relativement considérables, puisque le poids des muscles pris sur le membre sain était de 9=''', 50, alors que ceux du côté malade perdaient presque le quart de leur poids et ne pesaient C[ue Ts^SO.

Ces atrophies, non soignées, persistent indéfiniment, et, bien des années après une fracture, on peut constater, parfois, que le membre blessé n'a pas encore repris son volume et sa musculature normales. C'est ainsi que Berger rapporte un fait où il put constater, huit ans après une fracture du fémur, que le membre fracturé présentait encore une circonférence plus courte de 6 centimètres que celle du membre sain. Cette atrophie consécutive aux fractures est d'ailleurs totale, c'est-à-dire qu'elle frappe indistinctement et sans exception tous les groupes musculaires. Cette diffusion des lésions permet de la différencier de l'atrophie consécutive aux lésions des nerfs ou des articulations. Dans les blessures nerveuses, la lésion est limitée, on le comprend, au territoire musculaire que le nerf a sous sa dépendance. Mais il semblerait qu'à la suite des lésions articulaires, ayant ou non nécessité un repos prolongé, on diît retrouver la même diffusion de l'atrophie que s'il se fût agi d'une fracture; il n'en est rien ; dans les affections articulaires, l'atrophie n'atteint qu'un groupe de muscles, et s'y localise. A la suite des fractures le membre est atrophié de toute part, sa faiblesse est générale, mais son altitude et sa direction ne sont en rien modifiées par cette dégénérescence des muscles

Il va de soi que cette atrophie de la fibre musculaire détermine un certain degré d'impuissance du membre. Cette impuissance est facile à constater au dynamomètre pour le membre supérieur. Le malade en a parfaitement conscience; aussi, pour le membre inférieur, suivant l'expression de Malgaigne, pendant longtemps, il se sert de son membre sans s'y fier, et a recours à des béquilles ou à une canne pour assurer sa marche.

Abandonnée à elle-même, l'atrophie musculaire persiste fort longtemps, comme nous l'avons déjà dit. Toutefois, chez les enfants et les adolescents, la réparation se fait avec une assez grande rapidité.

La pathogénie de ces dégénérescences musculaires est bien difficile, aujourd'hui encore, à établir. Malgaigne l'attribuait à la compression et à l'immobilité prolongée dans un appareil, Cette opinion ne paraît guère soutenable, il suffit de remarquer que, lorsqu'un malade, à la suite d'une fracture de cuisse, a été enfermé dans une gouttière de Bonnet, le membre sain, qui subit, dans ce cas,

IRICARD et A. DEMOULIWI

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