SUITES ÉLOIGNÉES DES FRACTURES SANS COMPLICATIONS
la même immobilité que le membre blessé, ne présente jamais le même degré d'atrophie.
D'autres auteurs ont pensé qu'il fallait accuser surtout les fractures voisines des articulations, et en particulier les décollements épiphysaires. On a invoqué la contusion directe des muscles, qui, comme on le sait, suffit à elle seule pour déterminer une véritable impuissance du membre. Gosselin, à la suite de ses recherches, avait adopté l'opinion suivante : Pour cet auteur, la vie nutritive d'un membre fracturé était tout entière localisée au niveau du cal, et s'épuisait, pour ainsi dire, à l'apport et à la mise en œuvre des matériaux nécessaires à sa bonne confection, et cela au détriment des échanges nutritifs des autres tissus du membre, qui restaient en souffrance. Gosselin appuyait son opinion sur les expériences que nous avons déjà rappelées. En pesant les deux fémurs d'un cochon d'Inde sur lequel il avait expérimenté, il constata que le fémur fracturé pesait Is^joS alors que le fémur saiii ne pesait que le'',05. Alalgré l'autorité de Gosselin, cette opinion n'a pas prévalu, car si cette dérivation du travail nutritif s'observait, chaque fois que ce travail est exagéré, en un point quelconque d'un membre, on devrait constater de l'atrophie toutes les fois qu'il existe un travail néoplasique ou une lésion inflammatoire de quelque étendue.
Il convient aujourd'hui, surtout en considérant les autres troubles trophiques que l'on peut observer, de se ranger à l'opinion émise par Poulet, qui pense que cette dégénérescence musculaire est d'ordre réflexe, et consécutive à l'inflammation de petits filets nerveux contusionnés, et atteints, consécutivement, de névrite.
Troubles circulatoires. — Dès que le malade veut reprendre l'usage de son membre, surtout s'il s'agit d'une fracture du membre inférieur, on y voit apparaître un œdème fort appréciable, qui distend les téguments, et lui donne un aspect cylindrique. La peau est pâle, parfois violacée, plus ou moins luisante, le gonflement est surtout marqué le soir; il disparaît par le repos au lit et ne se manifeste que quelques instants ou quelques heures après l'usage du membre.
A quoi sont dus ces troubles de la circulation? Peut-être à des troubles vasomoteurs, d'ordre réflexe, analogues à ceux qui ont retenti sur la nutrition musculaire. Quoi qu'il en soit, ils résultent incontestablement d'une véritable gêne mécanique due à des oblitérations veineuses. Les recherches anatomo- pathologiques ont, en effet, permis de constater, surtout au membre inférieur, que les vaisseaux veineux qui avoisinent le foyer de la fracture sont thromboses sur une étendue variable. Les veines principales du membre ne sont pas épargnées, les veines tibiales postérieure et péronière, dans les fractures de jambe, la grosse veine fémorale dans les fractures de cuisse, sont souvent partiellement oblitérées par des caillots.
Ces lésions veineuses reconnaissent pour cause soit le traumatisme initial, qui a confus et altéré les parois de la veine, soit une compression consécutive au déplacement des fragments. Pour Gosselin, ces thromboses ne seraient pas toujours d'origine mécanique, mais seraient dues à la propagation, de proche en proche, de caillots partant des veines osseuses ou médullaires oblitérées, soit par une inflammation simple, soit par suite de phénomènes septiques, déterminant des phlébites si fréquentes dans les fractures compliquées.
Ces altérations veineuses sont suffisantes pour expliquer la gêne de la circu-