‹ Traité de chirurgie publié sous la direction de Simon Duplay [et] Paul Reclus (volume 4)Chapitre 94 sur 143 · FRACTURES DE LA TUBÈROSITE ANTÉRIEURE DU TIBIA · texte numérisé non relu

FRACTURES DE LA TUBÈROSITE ANTÉRIEURE DU TIBIA

A part un cas de Lassus où la tubérosité antérieure du tibia fui détachée par un coup de sabre, et cette affirmation de Sendler(') que, dans une chute sur

(') Sendleb, DciUsclie Zeilschrifl fiir Cliirurgie, 1894, t. XXXVI.

le genou en flexion forcée, un choc direct peut fracturer la tubérosilé antérieure, il s'agit toujours d'un arrachement.

Dans un cas de Volkmann, l'arrachement a eu lieu à la suite du redressement des articulations du genou et de la hanche ankylosées; dans tous les autres, il s'agit d'une violente contraction du quadriceps, soit pour prévenir une chute en arrière, soit pour dégager la jambe, prise sous un corps pesant, (un cheval abattu dans le cas de Malgaigne).

D'une manière générale, V arrachement de la tubérosité antérieure est une affection de la jeunesse ; cependant Richet a vu un arrachement, par contraction du quadriceps, chez un homme de quarante-cinq ans. Tous les cas observés appartiennent au sexe masculin.

Peut-on trouver une explication de ce fait que l'arrachement s'observe surtout vers 16, 18, 20, 22 ans, dans le développement, ou mieux, dans la soudure du point particulier d'ossification de la tubérosité antérieure? Nous ne le croyons pas, puisque ce point, qui apparaît de 12 à li ans, se soude quelques mois plus tard à l'épiphyse supérieure du tibia, formant, selon la comparaison de Sappey, une sorte de médaillon, appendu à la face antérieure de l'extrémité supérieure du tibia. Peut-être, la soudure est-elle d'abord incomplète et ne se fait-elle définitivement qu'au moment où l'épiphyse supérieure se soude à la diaphyse, c'est-à-dire vers l'âge de 20 à 25 ans. Il s'agirait alors d'un décollement épiphysaire. C'est en tout cas un point à élucider et qui mériterait quelques recherches.

« L'arrachement de la tubérosité antérieure peut être complet, c'est dans ces cas surtout que la rotule est attirée fortement en haut, et Pitha l'a vue à quatre travers de doigt au-dessus de sa position normale. D'autres fois, le tubercule osseux conserve quelques adhérences avec le tibia, soit sur un de ses côtés, soit plutôt au niveau de sa base, en sorte qu'au lieu d'être attiré en masse vers le haut, il éprouve un mouvement de bascule qui porte son extrémité antérieure en avant. On peut d'ailleurs observer, comme dans le cas de Key, une lacération plus ou moins grande du ligament rotulien » (Heydenreich).

Douleur violente au niveau de la tubérosité antérieure, parfois perception distincte d'un craquement au moment de l'accident, impotence du membre qui fléchit, impossibilité d'étendre la jambe sur la cuisse, gonflement au niveau du point lésé, accompagné d'une ecchymose, épanchement quelquefois dans le genou, présence d'un corps dur, mobile, soit au point qu'occupe normalement la tubérosité antérieure, soit plus haut, crépitation assez facilement obtenue en rapprochant ce fragment du tibia, élévation de la rotule plus mobile que de coutume, au-dessous d'elle, une dépression au fond de laquelle on sent la poulie fémorale; tels sont les symptômes observés.

Les ruptures du ligament rotulien, du tendon du quadriceps, les fractures de la rotule, se présentent avec des caractères à peu près identiques; il ne nous semble pas qu'une erreur de diagnostic soit possible, on l'évitera par un examen attentif.

Le pronostic est favorable : quand l'affection a été bien traitée, la consolidation est d'ordinaire osseuse; cependant on a vu un cal fibreux (Pitha). On conçoit que, si la tubérosité arrachée se soude en un point plus élevé que son niveau normal, les fonctions du membre puissent être gênées. La guérison est la terminaison la plus fréquente; sur 9 cas relatés par Heydenreich, 7 se sont

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[RICARD et A. DEMO VLIN.}

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terminés favorablement, et il y a eu, soit restitutio ad integrum des fonctions du membre, soit une gène très minime.

Le temps nécessaire à la consolidation doit être fixé à un ou deux mois en moyenne.

Il est bien évident que, si la tubérosité antérieure n'est point complètement arrachée, si elle n'est pas remontée, un bandage contentif quelconque joint au repos suffira comme traitement; ici même il nous paraît bon de mettre le quadriceps dans le relâchement, par extension de la jambe avec élévation du membre, c'est une précaution indispensable dans les cas où la tubérosité antérieure a quitté sa place. Ici on abaissera, autant que possible, la rotule à l'aide d'un procédé quelconque (bandes de diachylum par exemple) et l'on cherchera à maintenir la tubérosité, au niveau qu'elle doit occuper, par un bandage approprié. Quelquefois, la réduction ne se maintient pas. Peut-être serait-on ajatorisé à chercher à suturer la tubérosité, mais son petit volume ne nous paraît pas favorable à l'emploi de ce procédé.

De même que dans les fractures de la rotule, que dans les ruptures tendineuses, par suite de l'immobilisation et des lésions articulaires, le genou s'enraidit. le triceps s'atrophie. Massage du muscle, de l'articulation, aussitôt que possible, voilà le complément du traitement primitif.

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