‹ Traité de chirurgie publié sous la direction de Simon Duplay [et] Paul Reclus (volume 4)Chapitre 96 sur 143 · DÉCOLLEMENT TRAUMATIQUE DE UÉPIPHYSE SUPÉRIEURE DU TIBIA · texte numérisé non relu

DÉCOLLEMENT TRAUMATIQUE DE UÉPIPHYSE SUPÉRIEURE DU TIBIA

Le point d'ossification de l'épiphyse supérieure ou fémorale du tibia apparaît au moment de la naissance; il produit, au-dessus de la diaphyse, une lamelle horizontale fort mince qui, chez l'adulte, ne mesure pas plus de I"",5 à 2 centimètres d'épaisseur. L'épiphyse supérieure ne se soude au corps de l'os que de dix-huit à vingt ans ou même plus tard, à vingt-deux, vingt-quatre ans. C'est donc là la limite extrême de l'âge auquel se peut produire le décollement traumatique de l'épiphyse supérieure du tibia. Il est rare d'ailleurs. Guérétin ne l'a rencontré qu'une fois sur 57 cas de décollements traumatiques pris dans leur ensemble, et Bruns dans une proportion de 4 pour 100.

La partie décollée comprend quelquefois, outre le plateau tibial, la tubérosité antérieure qui se soude rapidement vers douze ou quatorze ans, quelques mois après l'apparition de son point d'ossification, à l'épiphyse supérieure.

« Ce décollement ne peut être opéré que par une force considérable; d'après les expériences de Foucher, il nécessite, chez un fœtus à terme, une force de 100 kilogrammes, à un an de 200 à 250 kilogrammes, à quatre ans de plus de 350 kilogrammes (Bouilly). »

Mme Lachapelle a rapporté un cas consécutif aux tractions faites sur les pieds, pendant les manœuvres de l'accouchement; ici l'épiphyse supérieure du tibia et l'épiphyse inférieure du fémur furent simultanément arrachées.

Bonnet a produit ce décollement dans des mouvements forcés d'extension ou de latéralité de la jambe.

Mais il résulte le plus souvent de la traction de la jambe, par les rayons d'une roue qui tourne (Verneuil, Peulevé).

On voit donc qu'il s'agit ici surtout de causes indirectes.

La portion épiphysaire supérieure du tibia est si peu élevée qu'elle ne donne pas prise aux actions directes (Poncet). Ashurst cependant a présenté un fait où la divulsion survint à la suite d'un écrasement. Monteggia et Bertrandi avaient admis que, dans une chute sur le genou, il s'agissait d'une cause directe, mais Rognetta a montré que quand le genou vient frapper le sol dans une chute, le tibia est étranger à la contusion, qui porte presque en entier sur le fémur (ce qui ne nous paraît pas exact), et dès lors, la divulsion de l'épiphyse serait de cause indirecte encore.

Les auteurs sont muets sur les signes du décollement traumatique de l'épiphyse supérieure du tibia, que l'âge seul du sujet permet de soupçonner. Il peut y avoir déplacement des fragments; dans une observation de Blasius, la diaphyse du tibia était portée en arrière et en dedans ; dans une autre de R.-W. Smith, l'extrémité supérieure de la diaphyse était déplacée en avant; dans un cas de Voss, de New-York, le fragment épiphysaire faisait saillie à travers la peau.

Le pronostic de cette lésion est grave, car il peut en résulter un arrêt dans l'accroissement du membi-e, par ossification prématurée du cartilage de conjugaison, ou une déviation du genou en dedans ou en dehors par suite de son accroissement inégal.

L'ankylose du genou et la soudure de l'épiphyse tibiale au fémur ont été observées de même que la pseudarthrose.

Page 1