‹ Traité de chirurgie publié sous la direction de Simon Duplay [et] Paul Reclus (volume 5)Chapitre 112 sur 250 · MOYENS D'EXPLORATION DE L'ŒSOPHAGE · texte numérisé non relu

MOYENS D'EXPLORATION DE L'ŒSOPHAGE

Commençant au niveau du disque intermédiaire à la ()'= et à la 7« vertèbre cervicale et se terminant au niveau de la 11'^ vertèbre dorsale, l'œsophage parcourt successivement le cou, le thorax et une partie de l'abdomen. Au point de vue chirurgical, on peut dire qii il commence à peu près cm niveau du cricoïde, « 15 centimètres environ de l'arcade dentaire supérieure. Sa longueur moyenne est de 22 à 25 centimètres, dont 4 à 4,5 pour la portion cervicale, Kî à 18 pour la portion Ihoracique, 2 à r> pour la portion abdominale. Il faut donc, pour entrer dans l'estomac, des instruments do 50 centimètres de long. Sa direction générale est inflexe, mais comme ses inflexions se redressent par le passage des instruments, elles sont sans intérêt pour le cathétérisme. Il présente trois rétrécissements, l'un à son origine, l'autre à l'entrée dans le thorax, le dernier au niveau de son passage à Iravers le diaphragme. Son calibre est, au niveau de ces points rétrécis, de 14 millimètres environ (').

Situé pendant tout son trajet immédiatement au-devant de la colonne vertébrale, il n'est accessible an palper que dans sa portion cervicale. En provoquant des mouvements de déglutilion, qui entraînent une ascension du conduit, on arrive à en explorer une étendue un peu plus grande qu'à l'état de repos. Toutefois, même à l'aide de ce léger arlifice, on n'arrive à palper qu'une très minime étendue du conduit, 0 à 7 centimètres au maximum. Aussi est-il nécessaire de recourir pour son exploration à d'autres moyens.

Le toucher digital n'arrivant qu'à grand'peine à la jonction du pharynx et de l'œsophage, on a dû, pour explorer ce dernier, avoir recours à des instruments prolongeant en quelque sorte le doigt, à des explorateurs.

Le calhêtérisme, fait à l'aide de ces instruments, constitue le meilleur mode d'examen de l'œsophage. Pour le pratiquer on se sert d'une tige pleine, sur l'extrémité de laquelle peuv-cnt se visser une série d'olives de diamètre variable. La tige, tout en présentant une certaine rigidité, ne doit pas être trop rigide, sous peine d'exposer à des lésions du canal œsophagien, malheureusement fréquentes quand sa friabilité est déterminée par un état pathologique. A cet égard, les tiges do baleine, qu'emploient actuellement les fabricants d'instruments, sont souvent trop raides et d'un emploi dangereux. Pour pratiquer ce cathétérisme, on fera asseoir lo malade, évitant do lui renverser trop fortement la tête en an-ière. La langue ('huil déjnimée par l'indi-

FiG. SI. -- CaUiéler e.xploraleiir à boule.

(') i\Iot]TO.N, Du ralibrc t/t' l'œsopliiii/e et du rulhcté n° 47.

fine œsiiplii

Tlioso .le l'nris, 187

MOYENS DEXPLOrîATIOX DE L'OESOPHAGE.

calciir gauche profondémenl enfoncé dans la bouche, on fail doigt la boule de l'exploraleur qu'on conduit ainsi sur la paroi postérieure du pharynx. Lorsque la sonde atteint l'orifice supérieur de l'œsophage, elle éprouve une certaine résistance; il ne faut pas alors pousser brutalement l'instrument. Une pression douce et soutenue suffit en général pour que l'orifice s'entr'ouvre et que la boule pénètre. A partir de ce moment, s'il n'existe aucun obstacle, l'instrument glisse facilement jusque dans l'estomac. Dans tous les cas, ici comme pour tout cathélérisme, la douceur est absolument nécessaire.

L'accident le plus fréquent est l'introduction de l'instrument dans les voies aériennes. Une douleur vive, accompagnée de toux convulsive, avertit en général le chirurgien. L'erreur peut

~ur ce

oscopie. (Mikulicz et Leiter.)

toutefois être commise; nous nous rappelons entre autres une malade qu'un de nos maîtres avait soumise à des cathétérismes répétés ; toutes les fois l'instrument était entré dans le larynx ; après avoir franchi par une pression soutenue un premier obstacle, on butait invariablement à la même distance de l'arcade dentaire contre le même point. Aussi le diagnostic porté fut-il rétrécissement infranchissable de la portion thoracique de l'œsophage avec rétrécissement spasmodique de la portion cervicale. Le rétrécissement spasmodique n'était autre que celui de la glotte, le rétrécissement infranchissable, la bifurcation de la trachée. Ce fait montre combien de soins il faut prendre lorsqu'on pratique le cathétérisme œsophagien (').

On a encore eu recorrs pour explorer l'œsophage aux renseignements fournis par la vue et par l'ouïe.

En raison de la profondeur de l'œsophage, il est nécessaire, lorsqu'on veut explorer ce canal par la vue, de recourir à des instruments spéciaux. Dès 1866, Semeleder eut l'idée d'un in-

FiG. 8fi. — OEsophagoscope de Mikulicz et Lci-

(') Comte (H.), Des accidents du calhélérisine de l'œsophaye. Thèse de Paris, 1877, n° 109.

[H HARTMANN

slrunicnt construit dans ce but et le fil expérimenter par Sloerk. Quelques années plus lard, en 1870, L. Waldenburg (') imagina une sorte de spéculum œsophagien composé d'un tuyau conique en mêlai, dont la longueur pouvait varier de 6 à 12 centimètres. L'instrument mis en place, on éclairait sa cavité à l'aide d'un miroir pharyngien. Depuis cette époque, de nombreux modèles d'œsophagoscope ont été construits; ils n'ont toutefois donné que des résultats médiocres et de beaucoup inférieurs à ceux du cathélérisme. Toutefois ces instruments ont été très perfectionnés et depuis que iMikulicz (') et Leiler ont eu l'idée de recourir à des miroirs, portant avec eux une source de lumière électrique, on a pu faire avec profit de l'endoscopie œsophagienne (fig. 86 et 87).

\J auscultation de l'œsophage, préconisée par Hamburger ('), étudiée par Morell-Mackenzie, Clifford Allbutt, Sainte-Marie ('•), Barély ['), est de même restée très limitée dans ses applications. Pour ausculter l'œsophage, on se place à la gauche du malade, qui est assis et croise les bras sur la poitrine, on place l'oreille à gauche de la colonne vertébrale, et l'on fait avaler une gorgée de li(jui(le.

A l'état physiologique, il se produit un bruit analogue à celui d'un petit corps fusiforme cjui parcourrait rapidement le conduit. Les changements dans la durée, l'intensité, la continuité de ce bruit, qui peut s'accompagner de frottement, de sifflement, de gargouillement, constituent des données qu'on peut utiliser quelquefois pour le diagnostic de certaines alTeclions.

MOYENS D ABORDER CH I RURGIC ALElVi ENT L'ŒSOPHAGE

L'œsophage peut être abordé :

A. Dans la région cervicale;

B. Dans la région thoracique.

A. - Pour aborder l'œsophage dans sa portion cervicale ("), à moins d'indication spéciale, résullanl de la saillie appréciable d'un corps étranger par exemple, on opère du côté gauche, en raison de la déviation normale du conduit de côlé. C'est à peu près la même opération que la découverte de l'artère carotide primitive au-dessous du muscle omo-hyoïdien.

(') Waldendurg, OEsophagoscopus. Bn-l. klln. Wodi., 1S70, n" 2i8, p. 579.

(-) MiKULicz, Uebei- Gastrnsc.ipic iind OI'.sc.plKiuliscopie. Wiener med. Presse, 1881, p. 1405, 1457,1473,1505, 1537,1575,ol ( ruir.ilhl. fin- rhir.. issl,p.673.

('•) n.\MBURGER, Klinik dor ()i:^<.pli.it;ii-^kr,iiilJ]iMl(-n. Medhin. Jahrh., 1860, Bil. XVIII; 1870, Bfl. XIX et XX, et Monographie séparée, Erlangen, 1871. Anal, par Hénocque, Gazette hebd. Paris, 1870, n» 14, et 1872, n° 13, p. 205.

(*) S.\iNTE-M.\RiE, Des différents modes d'exploration de l'œsopkage. Thèse de Paris, 1875, n» 123.

^') Barétv, Do l'auscultation dos hi'uils a'soi)liagicns pcndani la dôslutilion. Ilerue de med-, Paris, 1884, t. IV, p. 052.

C^) De Lavacuerie, De l'œsophagolomie, Bruxelles, 1845. — F. Terrier, De l'œsopliagolomic externe. Thèse de Paris, 1870, n» 08. — S. Duplav, De l'œsophagotomic. Archives gén. de méd.. Paris, 1871, t. I, p. 193. — Michel, art. Œsopiiagotomie du Dict. encyrl. des sr. méd., Paris, 1880,2° SLM'ie, t. XIV. p. S20. — Farabeuk, Préris de manuel opératoire. Paris, 1883. p. 871. — Maloaujne et Le Fort, Méd. opcr., Paris, 1880, t. II, p. 521.

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