‹ Traité de chirurgie publié sous la direction de Simon Duplay [et] Paul Reclus (volume 5)Chapitre 136 sur 250 · LÉSIONS TRAUMATIOUES DES VOIES AÉRIENNES · texte numérisé non relu

LÉSIONS TRAUMATIOUES DES VOIES AÉRIENNES

du corps étranger contre les cordes vocales. Bien que Solis Cohen (') dise que ses reclierches ne lui ont fait connaître aucun exemple de mort amenée par ce traitement, on admet comme règle aujourd'iiui que ces moyens, quoi(pie souvent heureux, ne sont pas justifiables, à moins qu'on ail fait la trachéotomie préalable, ou qu'on ail tout préparé pour la faire en cas d'accident.

Lorsque le corps étranger est fixé dans l'espace sus-glottique ou dans la cavité même du larynx, on peut recourir à Vextmclioii pai' les voies naturelles. Le doigt, une pince ou tout autre instrument porté rapidement au fond de la gorge permet d'extraire les corps étrangers volumineux arrêtés à l'ouverture supérieure du larynx et déterminant la suffocation. Si le corps est moins volumineux, si les accidents sont moins pressants, l'extraction sera faite avec une grande précision en s'aidant du miroir laryngoscopique. Trolard, Massei, Clementi ont pu de la sorte enlever des sangsues fixées sur l'orifice supérieur du larynx. D'autres chirurgiens ont extrait des pièces de monnaie, des épingles, des aiguilles, etc. Voltolini a proposé l'emploi des aimants pour enlever du larynx les aiguilles, les clous et tous les objets susceptibles de subir l'action magnétique, ou simplement pour les amener en un point accessible à la pince laryngienne. On a pu, dans quelques cas, après cocainisation, se guider sur le doigt (-) ; il vaut mieux toutefois, autant que cela est possible, s'assurer tout au moins, par un examen laryngoscopique préalable, de la position du corps à enlever. Cette extraction par la bouclie ne s'applique guère qu'aux corps étrangers sus-gloltiques. Lorsqu'ils siègent plus jjas, le procédé n'est bon que lorsqu'on est sûr de ne pas blesser les tissus et de ne pas provoquer de spasme, une lésion des cordes vocales pouvant entraîner une altération permanente de la voix. Lorsqu'il s'agit de substances friables, telles que des os ou des coquilles de noix; qu'on craint, pendant l'extraction, de faire des déchirures du larynx, il faut commencer par les briser entre les mors d'une pince, puis, si elles ne sont pas expulsées par la toux, les extraire par fragnients (Solis Cohen). Grâce à ces divers moyens, on est parvenu à extraire le corps étranger par les voies naturelles, dans 05 des 1000 cas réunis par Weist.

On pourra temporiser lorsque le corps étranger ne détermine pas de symtômes menaçants, lorsqu'il est fixé dans la trachée ou les bronches; mais, pour peu qu'il existe, ne fùl-ce que par intervalles, des accidents de suffocation, • {u'il s'agisse d'un corps étranger intra-laryngien causant de la gène respiratoire par axlème ou inflammation de la muqueuse, que l'on se trouve en présence d'un corps étranger mobile dans la trachée, il ne faut pas hésiter un instant à intervenir.

Le mode d'intervention varie suivant le siège, la forme et le volume du corps étranger.

La pharijni/olomie sous-hyoïdienne prati([uée par LelTerts(^) dans un cas de

l') SdLis CoiiKN, Encycl. iiitern. de rhii\, ISSli. t. VI. \>. .V..

(-) L'emploi de la cocaïne n'est pas accepté pur loul le monde. Moup.e (Cuatribuliua à l'élude des corps élmugers des voies aériennes, Paris, 1889) craint que, par suite de l'abolition des réflexes résultant de l'anesthisie laryngienne, l'opérateur, au lieu de prendre convenablement le corps étranger, se borne à le déplacer; les réflexes étant abolis, le corps du délit sera susceptible de tomber facilement dans la trachée et par conséquent d'occasionner des accidents fort graves quelquefois. Les contractions réflexes des muscles du larynx qui arrêtent en généi'al le corps étranger ou souvent même le repoussent au dehors, paraissent un facteur important pour faciliter leur expulsion.

(^) Lefferts, a brass ring ïodged in Ihe larynx for four years; removed by sub-hyoïdean laryngotomy; cure. Med. Record, New-York, 187 i, I. l.\. p. 041.

[H HARTMANN.'

corps ('Irangor enclavé ciilrc le repli aryléno-épiglottique et la corde vocale supérieure, n'a guère été employée jusqu'ici. Elle est applicable aux corps étrangers sus-glotliques qu'on ne peut extraire par les voies naturelles.

Lorsque le corps étranger a pénétré plus avant dans le larynx, qu'il est enclavé et fixé dans les ventricules de Morgagni ou entre les corde.s vocales, on est autorisé à faire la tliyrotoinie, après trachéotomie préalable. Dans un cas, M. L. Labbé (') eut à se repentir d'avoir voulu éviter à son malade cette opération préliminaire. La division du cartilage avait été faite sur la ligne médiane, on allait saisir le corps étranger, lorsque quelques gouttes de sang toml)èrenl dans la trachée et déterminèrent des accidents de suffocation formidables qui nécessitèrent la trachéotomie d'urgence ; la respiration ne se rétablit qu'au bout de 45 minutes sous l'influence des diverses manœuvres usitées en pareil cas.

La laryngotomie intercrico-tlii/roïilienue, insuffisante quand le corps étranger est volumineux ou de forme irrégnlière, serait, au dire de Solis Cohen, préférable à la thyrotomie pour l'ablation des objets petits et de contours mousses et lisses.

Lorsqu'il s'agit d'un corps étranger de la trachée ou des bronches, c'est à la trachéotomie qu'on a recours. On met la trachée à nu sur une longueur de 2 centimèties 1/2 à 7> centimètres et, une fois l'hémostase faite, on ouvre le conduit. Dans un grand nombre de cas, le corps est expulsé avec violence dans une quinte de toux ou, tout au moins, se présente dans l'incision, où il faut le saisir rapidement avant qu'un mouvement d'inspiration ne le ramène au dedans. Si le corps étranger ne se montre pas, il faut, maintenant avec de très petits rétracteurs les deux lèvres de la plaie trachéale écartées, renverser le malade la fête en bas, lui frapper la poitrine pour mobiliser le corps étranger, titiller la muqueuse trachéale pour déterminer des elTorts de toux.

Si le corps étranger n'est pas délogé par ces manœuvres, il faut aller à sa recherche. A l'aide de pinces de modèles variés, on explore la trachée, cherchant d'abord à reconnaîlre la présence du corps étranger et procédant ensuite à son extraction.

Ces diverses tentatives ne doivent pas être trop prolongées, il vaut mieux maintenir ouverte l'incision trachéale, enlevant de temps à autre la canule et provoquant des efforts de toux pour amener l'expulsion du corps étranger (^). Parfois l'expulsion spontanée ne se fait qu'au bout de quelques jours, lorsque les accidents inflammatoires ont cessé. C'est ainsi que Conner a vu un dard pointu rejeté d'une bronche seize jours après l'opération (^).

Quand, après la trachéotomie, la respiration est devenue plus facile, on doit songer à la présence d'un corps étranger intra-laryngé et chercher à le refouler

(') L. L.\niii':, Corps rlrangor cxliail par lu laryniîoloiiiio. Tvoisième Congrès fram;. de dur., 18.SS, p. m'j. — Consulter sur la Ihyroluinic dans les corps étrangers : Joubert (Emile), La tkyroluinie pour les eorpf! élraïujers du larynx. Thèse de l^aris, 18S7-1888, n" 159. — Archam- RAULT, Pièce de 50 centimes tombée dans un larj'nx, section du cartilage tliyroïde, guérison. Gaz. des hôp., Paris, 1887, p. 839. — Godet, Sangsue dans la partie sousglollique du larynx, thyrotomie, guérison. Arch. de méd. el pharm. milil., Paris, 1887, t. X, p. -438.

(') On peut aussi ne pas mettre de canule et suturer les lèvres de l'incision trachéale à la peau. Dans le cas où le corps étranger est immédiatement expulsé, on peut suturer la plaie trachéale (Paste.\u et V.vuverts, Bull, de la Suc. anal, de l'aris, 1896, p. 57.

p) CoNNEn (P.-S.), Foreign hodv of unusual kind in tho air-passages. Amer. Journal of med^ sciences. Pliiladclpliic oct'.bn- 1877. I. IL p. M:k

LÉSIOIVS INFLAMMATOIRES DES VOIES AÉRIENNES. ÔU7

on haut, en s'aiclant avec le doigt introduit dans la bouche, comme le recommande Annandale (').

On pourrait peut-être, dans quek[ues cas de corps étrangers trachéaux, dont on ne peut amener l'expulsion, utiliser pour leur recherche la trachéoscopie. Vollolini (') va eu recours chez un enfant, qu'on avait trachéotomisé pour parer à des accidents qu'on croyait dus à l'introduction d'une coquille de noix dans les voies aériennes. Quoique le corps étranger n'ait pas été extrait, les accidents ayant cessé, on laissa se fermer la plaie trachéale. La douleur et les accès de dyspnée reparurent, on dilata l'ouverture de la trachée et à l'aide d'un éclairage approprié, Voltolini put découvrir un corps étranger fortement attaché à la paroi ])ostéricure du conduit, et extraire un fragment de coquille de noix long de lo millimètres et large de 10.

Tout récemment, on a eu recours avec succès au tubage dans un cas de corps étranger de la trachée petit et mobile (Bonnus) ('}.

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