‹ Traité de chirurgie publié sous la direction de Simon Duplay [et] Paul Reclus (volume 5)Chapitre 161 sur 250 · CHAPITRE m MALADIES DES GANGLIONS · texte numérisé non relu

CHAPITRE m MALADIES DES GANGLIONS

Les ganglions jouent dans la pathologie du cou un rôle prépondérant. Leurs affections si fréquentes servent de type à la description générale des adénites

(') Maclachlan, Med. chir. Transact., t. LI, p. 185. («) Voisin, BuU. de la Soc. anal., 1877, p. 60. (5) Delobel, Thèse de Paris, 1887.

aiguës, des adénites chroniques, de la tuberculose ganglionnaire, du lymphadénome. A l'étude fort complète faite de ces maladies dans le premier volume de ce traité, nous n'ajouterons ici que les détails absolument spéciaux à la région.

ADÉNITES

A. Adénites aiguës. — Elles sont très fréquentes et succèdent aux causes multiples sur lesquelles nous avons longuement insisté, en étudiant les adénophlegmons. Leur origine spontanée doit être révoquée en doute ; avant d'admettre une adénite idiopalhique, il convient de se livrer à un examen détaillé des téguments du crâne et de la face, à une inspection minutieuse de la cavité buccale, du pharynx, des fosses nasales, etc. Rappelons aussi la constance de l'adénite et sa précocité dans l'érysipèle, la diphtérie, etc.

Les adénites cervicales reconnaissent des agents d'infection fort divers, mais encore à peine connus (').

Ces inflammations ganglionnaires se traduisent par l'apparition rapide d'un ou de plusieurs corps arrondis, mobiles, douloureux au palper, entraînant, suivant leur siège, des altitudes vicieuses de la tôte, des troubles de la mastication, etc. Elles peuvent se terminer par suppuration (voy. Ai/éiw-plilcijiiions), par induration, par résolution. Celle-ci se fait toujours lentement et les ganglions restent longtemps appréciables au doigt.

B. Adénite chronique simple. — C'est une question très discutée que celle de l'existence des adénites chroniques simples. Beaucoup d'auteurs soutiennent qu'elles sont toujours de nature tuberculeuse. Ricard (-), par des preuves cliniques, histologiques et expérimentales, a essayé (Je montrer qu'une semblable opinion est exagérée. On peut rencontrer au cou des engorgements ganglionnaires, ne se rattachant à aucune diathèse, n'infectant pas l'économie, n'influençant pas l'état général. Ces engorgements indolents, stationnaircs, paraissent résulter de lésions dentaires, d'angines à répétition. Larrey a incriminé les irritations locales, le contact d'un col militaire un peu rude. Bien que Kiener et Poulet affirment la nature tuberculeuse constante des adénites cervicales des soldats, la question n'est pas absolument tranchée. Larrey a vu bien souvent la suppression du col amener la disparition des adénites chroniques, de plus, il ne les a jamais observées chez les zouaves, les tirailleurs, qui gardent le cou découvert. Riedel (') fait cette curieuse remarque que, pendant la guerre de 1870-1871, il ne les a rencontrées que sur des prisonniers français.

Des faits de ce genre plaident en faveur de l'existence de l'adénite chronique simple, mais elle est infiniment rare, comparée à l'adénopathie tuberculeuse. En clinique, le problème est souvent impossible à résoudre et le traitement hésitant. S'il existe une cause manifeste d'irritation (chicot, impétigo du cuir

(') Xic.MSE (Assoc. franc, pour l'avanc. des se, 1889) a signalé une variété d'adénite consécutive à une entérite grave; on y trouve de nombreu.x microbes intestinaux.

(') Ricard, Adénopaihie pseudo-tuberculeuse du rou. Congrès franc, de chir., séance du 12 cet. 1889 (soir), p. 674.

(') HiEDEL, Dis Geschwiilste am Hcdse. Deutsche Chir., Lief. XXXVI.

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nci MALADIES DES GANGLIONS.

chevelu, etc.) fini enlrelient l'aclénile, il faut la supprimer. Mais, en ras de doute, on peut essayer la médication générale anti-scrofuleuse, les badigeonnages h la teinture d'iode, les injections interstitielles, l'administration de l'arsenic à fortes doses. Beaucoup de chirurgiens préfèrent enlever toute tumeur ganglionnaire sus])ecte.

ADÉNOPATHIES SECONDAIRES

Parmi les adénites, il en est qui sont nettement spécifiques; elles appartiennent à la tuberculose, à la syphilis, aux néoplasmes malins, etc. Elles arrivent à former de véritables tumeurs, qui constituent le groupe des adénopathies secondaires. Existc-t-il des tumeurs ganglionnaires primitives? C'est un point sur lequel nous reviendrons dans un instant.

A. Adénopathie tuberculeuse. — Elle a au cou son siège de prédilection et a été décrite sous les noms d'écrouelles, d'hypertrophie ganglionnaire, d'adénite cervicale militaire.

Comme pour les autres manifestations bacillaires, son apparition est favorisée par les mauvaises conditions d'hygiène et d'alimentation, la misère physiologique, l'hérédité alcoolique, syphilitique ou scrofuleuse, en un mot par toutes les circonstances qui affaiblissent la résistance de l'organisme. On connaît actuellement les portes d'entrée les plus fréquentes de l'agent pathogène et son mode de transmission jusqu'aux ganglions. Mais la question de pathogénie n'est pas encore complètement élucidée. On a cité des cas où des excoriations, des ulcérations, qui avaient livré passage au bacille, n'étaient pas tuberculeuses (H. Martin).

L'ad'énopathie cervicale tuberculeuse se présente cliniquement sous deux formes :

1" Dans une forme aiguë, très rare, paraissant plus spéciale aux adultes, c'est en quelques jours que les ganglions se prennent. Ils ne tardent pas à se ramollir, à communiquer avec l'extérieur par des fistules et des décollements multiples. A ce début brusque, peut succéder une évolution lente; mais il est plus habituel de voiries malades emportés rapidement par une tuberculose généralisée.

2° La forme clironique offre les caractères habituels, classiques, de l'adénite tuberculeuse avec sa marche irrégulière, la formation plus ou moins lente d'abcès, de décollements, de fistules, etc. Nous n'avons rien à ajouter ici à la description qui en a été faite dans le premier volume.

Un nombre considérable de mémoires ont été écrits sur le traitement des adénopathies tuberculeuses du cou. Il y a lieu d'insister avant tout sur le traitement médical; sur les merveilleux effets des moyens hygiéniques et de l'air marin en particulier. Les indications chirurgicales varient suivant les cas. Dans l'abcès ganglionnaire bien collecté, la ponction suivie d'injection d'éther iodoformé('), de glycérine iodoformée, a donné de bons résultats. Si le foyer ramolli

(') Au cou, les injections d'étlier iodoformé doivent être faites avec précaution. La distension de la pocbe par les vapeurs d'éther peut provocfuer des acct's de suffocation et môme des menaces d'asphyxie. Il est donc plus utile ici que partout ailleurs de laisser quelques instants en place la canule qui permet aux vapeurs d'éther de s'échapper.

ADÉNOPATIIIES SECONDAIRES. ôG5

est mal limité, on donnera la préférence à l'incision el au curage (Trélal)('), poussé jusqu'à l'extirpalion des parties résistantes el fibreuses. Dans les adénopathics indurées, l'intervention est plus délicate; malgré les difficultés el les dangers opératoires, inhérents à la constitution analomique de la région, la plupart des chirurgiens tant en France qu'à l'étranger, se montrent partisans de l'extirpation des tuberculoses ganglionnaires nettement localisées; la question de l'intervention a fait un grand pas depuis la discussion qui eut lieu à la Société de chirurgie en 188-i(') ; mais elle ne peut encore être jugée et il faut faire de sérieuses réserves (^), au point de vue des résultats éloignés qu'on est en droit d'attendre de l'ablation des ganglions tuberculeux du cou.

B. Adénoputliies sypiniiticjucs. — 1" L'adénite cervicale primitive s'observe dans les chancres des lèvres, de l'amygdale, etc. Elle siège le plus souvent dans les ganglions sous-maxillaires. Elle présente ce caractère spécial d'acquérir rapidement un volume considérable, circonstance qui n'est pas sans importance pour le diagnostic différentiel. La peau est tendue, mais il n'existe ni œdème, ni douleur locale, ni mouvement fébrile.

2" Les adénopathies.secont/ojVes sont très communes, surtout à la nuque. C'est là « qu'il faut tàter le pouls à la vérole » (Ricord). L'engorgement siège surtout dans la rainure du trapèze, dans la fossette de la nuque, dans la région mastoïdienne (Fournier). Il semble succéder le plus souvent à une lésion syphilitique des téguments, mais se développe peut-ôtre, dans certains cas, sous la seule influence de la diathèse.

5" Les engorgements tertiaires sont beaucoup plus rares; ils peuvent se présenter au cou, sous la forme scléreuse et sous la forme gommeuse.

Le traiteitient de ces adénopathies ne présente rien de spécial; elles sont justiciables du traitement spécifique. Comme indications locales, nous dirons cependant qu'elles doivent, ainsi que toutes les autres tumeurs ganglionnaires du reste, être protégées contre les irritations extérieures, les frottements des vêtements, l'action du froid, etc.

C. Adénopathies néoplnsiques. — 1" L'adénopathie sarcomateuse est tout à fait exceptionnelle, car le sarcome se généralise surtout par voie veineuse; cependant, on aurait rencontré quelques sarcomes secondaires du cou compliquant des néoplasmes analogues de la glande parotide et du corps thyroïde.

2" L'adénopathie cliondromaleitse a été signalée par Virchow, dans un enchondrome de l'omoplate.

ô" L'adénopathie épithrliale, à peu près la seule observée, survient au cours des épithéliomcs de la face, des lèvres, de la langue, du pharynx, de l'œsophage, de l'amygdale, du larynx, de la plèvre, du poumon, etc. On a vu des adénopathies sus-claviculaircs dans le cours du carcinome mammaire, qui n'est, on le sait, qu'un épithélioma atypique ditïus. Elles peuvent apparaître également comme manifestations éloignées des cancers viscéraux (estomac, utérus)(*). L'aspect de ces néoplasies secondaires ne présente rien de spécial à la région.

(') TniLAT, Bull, de la Soc Je chir., t. V, p. 177.

(') Chauvei., Ablation des ganglions slrumeux du cou. Bull, de la Soc. de chir.. 188i, t. X, p. IGO el 187. (Rapport sur Poulet.)

(') Trél.\t, Diagnostic et Irailement des adénites tuberculeuses. Clinique cliir. Paris. 1801, t. I, p. 408.

(*) Troisier, Adénopatilie sus-ctaviculaire gauche dans le cancer abdominal. Bull, de la Soc. méd. des hop., 1886, p. 594. — Petit, Ganglions sus-claviculaires gauches cancéreux, dans un cas de cancer de l'utérus. Ibid., 1888, p. 26, discuss., p. 501.

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t,m MALADIES DES MUSCLES.

Mais il faiil savoir ([u'ollcs acquièrent parfois un volume considérable, s'accompag'ncul tic troubles fonctionnels tels qu'elles détournent à leur profit l'attention du malade et du chirurgien. On peut poser en règle générale que toute adénite cervicale, portant sur un ou deux ganglions, remarquable par son indolence et sa dureté, apparaissant vers l'Age de cinquante ans, tloit faire songer à un épitliélioma. Ces néoplasmes n'étant à peu près jamais primitifs, la lésion initiale doit être recherchée avec un soin méticuleux; l'examen des parties latérales du pharynx, de la loge amygdalienne, des fosses nasales mérite surtout une attention particulière (Verneuil, Duplay). Il n'est pas indifl'érent de diagnostiquer la nature de l'adénopalhie; car l'incision d'un ganglion cancéreux ramolli donne lieu à une hémorragie, souvent difficile à maîlriser, et h l'envahissement néoplasique de la plaie. Ces adénopathies épithéliales font naître parfois des indications thérapeutiques particulières, par suite des accidents de compression qu'elles peuvent produire sur l'œsophage, le pharynx et le conduit laryngo-trachéal.

ADÉNOPATHIES CERVICALES PRIMITIVES

A. On a décrit au cou des exemples de chondromes, de sarcomes, de carcinomes primitifs des ganglions. Mais la plupart de ces faits sont sujets à caution. Les carcinomes épithéliaux du cou sont surtout d'origine branchiogène ou dermoiïle, ou bien siègent dans des glandes thyroïdiennes aberrantes. (Tillmanns.) Néanmoins, il existe des observations indiscutables de néoplasmes primitifs et isolés des ganglions. Ce ne sont pas toujours des carcinomes ; on a observé des épithéliomes pavimenleux. Peut-être ces tumeurs n'ont-elles pas leur siège initial dans les ganglions, mais dans la gaine des vaisseaux carotidicns et sous-claviers (Volkmann).

B. La seule tumeur ganglionnaire incontestaljlement primitive, ([u'on ait observée dans cette région, est la tumeur lymphadénicjue. La plupart des cas de lymphadénome et de lymphosarcome se rapportent aux glandes lymphatiques cervicales. Ce serait faire double emploi que de revenir sur cette affection, dont l'histoire a été complètement tracée dans le premier volume de cet ouvrage.

LÉSIONS TRAUMATIQUES — RUPTURES

Nous avons déjà décrit les plaies des muscles en étudiant les plaies'profondes du cou. Il ne nous reste donc à parler ici que des nipliu-es musculaires.

LESIONS TRAUMATIQUES. 567

Ces lésions doivent être séparément étudiées chez l'adalle et cliez l'enfant nouveau-né. Pendant les manœuvres plus ou moins violentes de l'accouchement se produisent, en effet, dans le muscle sterno-mastoïdien, ou dans sa gaine, des désordres qui se traduisent par une symptomatologie toute spéciale (hématome des nouveau-nés).

1° [h/ptures musculaires chez l'adulte. — Les ruptures du sterno-mastoïdien (') semblent être les plus fréquentes. Les symptômes observés dans la plupart des cas permettent de croire bien plutôt à des ruptures partielles, avec épanchement sanguin, qua des ruptures complètes (Jeannel).

On a signalé aussi des ruptures des muscles de la nuque chez les ouvriers chargcurs('). des arrachements des attaches vertébrales du rhomboïde et de l'angulaire chez les cultivateurs(').

2° Hématome du sterno-mastoïdieri chez le nouvcau-m> . — Giovanni Melchiori(*), en 1861, attira l'attention sur cette alTcction dont il avait recueilli 4 observations. L'année suivante, Dolbeau publiait un cas analogue. Les faits se multiplièrent bientôt et toujours la maladie était caractérisée par les mêmes caractères cliniques.

Une tumeur se développe quel((ues jours ou quelques semaines après la naissance, dans la région sterno-mastoïdienne, le plus souvent du côté droit, très rarement des deux côtés à la fois. Cette tumeur, de consistance ferme, élastique, de forme ovoïde, siège nettement dans la gaine du sterno-mastoïdien et parait faire corps avec le muscle lui-même, car on peut la déplacer transversalement avec le muscle.

Son volume est très variable; quelquefois grosse comme une amande, elle peut, dans certains cas, occuper presque toute la hauteur du muscle.

La douleur spontanée parait très légère ou nulle; la pression, les mouvements sont au contraire douloureux; la tête est inclinée en torticolis du côté malade.

Cette tumeur n'a aucune tendance à l'accroissement, ni à la suppuration ; il n'y a jamais de phénomènes inflammatoires et toujours la mobilité de la peau témoigne de l'intégrité du tissu cellulaire sous-cutané.

Peu à peu, le volume diminue et toute tuméfaction finit par disparaître en quelques semaines ou quelques mois. En même temps que la tumeur s'efface, le torticolis diminue ; mais, dans quelques cas, on a vu persister la déviation sous forme de torticolis permanent.

ISéliologie et la nature même de l'affection ont été l'objet de nombreuses discussions.

Il est cependant un point absolument hors de doute, c est l'influence du traumatisme obstétrical. D'autre part, l'absence de tout accident spécifique chez l'enfant, de tout antécédent chez les parents, et l'évolution même de la tumeur permettent d'éliminer nettement la syphilis autrefois invoquée comme cause par quelques auteurs.

Le sterno-mastoïdien peut être lésé de différentes façons pendant l'accouche-

(') Tn.\lSNEL, Conti'ihulion ù la pathologie rhinirgirale du sterno-mastoïdien . Thèse de doct. de Paris, 1876, n»'27i.

{') BouRGOUGNON, Rupiures et contractures musculaires des ouvriers chargeurs. Tlitse de doct. de Paris, 1875. n» '274.

(') RicocHON, De quelques ruptures musculaires professionnelles. Poitou méd., 1888, p. .37.

(*) Giov.\NNi Melchiori, Induration du muscle slerno-cléido-mastoïdien chez les noicveau-nés. Gazette méd. ital.; prov. Sarde, 1861, cité par Gillelle. Arl. Cou du Dict. Dechamhre, t. XXI, 1" partie, p. 558.

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mciil; on a incriminé la prcî^sion tics branches du l'orceps('), mais le forceps n'appuie g^uère sur le muscle. Les tiraillements exercés sur le muscle, pendant l'accouchement par le siège, semblent avoir une bien plus grande influence; Blachez et Planteau(*) ont bien mis celte cause en lumière : Rïige('*) sur (îi présentations du siège constata 18 fois des lésions du sterno-mastoïdien; 6 observations de Launois(') se rapportent encore à des enfants nés par le siège.

Cependant, dans certains cas, on a observé l'affection après un accouchement spontané, normal, par le sommet. Arnolt(^), Petersen('^) en ont notamment rapporté des exemples.

ClarkeC) a vu la tumeur se produire brusquement chez un enfant que sa nourrice avait laissé tomber la veille.

Le traumatisme agit, comme l'ont bien montré Blachez et Planteau, par contusion, froissement ou tiraillement du muscle. La lésion produite n'est pas simplement une myosite interstitielle comme l'ont pensé Blachez et Gillette. On ne saurait accepter non plus l'hypothèse d'une rupture musculaire complète, qui serait caractérisée par des signes cliniques absolument différents.

La notion très précise du traumatisme, l'évolution et les caractères de la tumeur, permettent de conclure à l'existence d'une rupture partielle ou d'une attrition du muscle avec production d'un hématome (Bohn)(') intra-musculaire {trachélhématome){^). Du reste, ces lésions ont été anatomiquement constatées ('"), et Volkmann et ses élèves ont montré que, dans quelques cas, on a pu suivre l'évolution de l'affection de l'hématome à la myosite scléreuse, au torticolis par rétraction.

Le pronostic est en général très bénin, la tumeur disparaît sans aucun traitement("); cependant, le développement possible d'une myosite fibreuse et, par conséquent, d'un torticolis chronique, doivent engager à surveiller la l'égression de l'hématome; on pourrait ainsi agir sur le muscle, dès qu'on aurait constaté la tendance à la rétraction.

Les lésions du sterno-mastoïdien ont été seules étudiées. Les myosites c/ironiques appartiennent à l'histoire du torticolis.

(') Stromeyer, Operative orlhop. chir., t. II, p. 425. — Pératé, Gai. hebd., 26 mai I87(>. — Labalbary, Gaz. des hôp., 1862 (cité par Gillette).

(*) Blachez et Planteau, Une variété de tumeur de ta région cervicale des nouveau-nés. Gaz, tiebd., 1876, p. 305.

(') Carl Rûge, Zeitsclxrift fiir Geburtsh. und Frauenkrankli., 1876, t. I, p. 68.

(*) Launois, Hématome du sterno-mastoïdien chez les nouveau-nés. Revue mens, des maladies de l'enfance, 1883, p. 140.

C") Arnott, Saint-Thomas' s hosp. Reports, 1874, p. 275.

(^) Petersen, Caput abstipum, etc. Arch. fiirklin. Chir., 1884, t. XXX, p. 781.

(') Clarke, cité par Gillette, p. 351.

(') BoHN, Das Hàmatom der Sterno-clin. bei Neugeborenen. Deutsche Klinik. Berlin, 1864, p. 267.

(') Tohdeus, Considérations sur le trachélhématome. Journal de méd. chir. et pharm. Bruxelles, 1882, p. 518.

('") Fasbender, Sur certains états rares du cou chez tes nouveau-nés. Berliner klin. Woch., 1873, n- 25, p. 298.

(") Le Breton, Étude sur une variété de tumeur du cou chez les nouveau-nés. Thèse de doct. de Paris, 1883.

Les myosites aiguës, les suppurations du muscle sterno-mastoïdien sont extrêmement rares. Velpeau a attiré l'attention sur les abcès siégeant dans la gaine du sterno-masioïdien ; le muscle lui-même peut être, dans ce cas, désorganisé par le pus. La myosite suppurée proprement dite ne s'observe que dans les infections générales.

Il peut être très difficile de différencier l'abcès du sterno-mastoïdien d'un abcès des ganglions qu'il recouvre. Le diagnostic n'a pas d'ailleurs grande importance pratique, car l'indication est toujours la même : inciser largement le foyer dès qu'on a constaté, ou seulement soupçonné, la présence du foyer purulent.

SYPHILIS

Les tumeurs sypliilili(|ues afl'ectent surtout le sterno-mastoïdien. Les autres muscles du cou ne sont guère atteints par la syphilis; Bouisson(') rapporte cependant un exemple de gomme du trapèze.

Lécuyer(*) a rassemblé 15 observations de lésions syphilitiques du sternomastoïdien. 15 cas ont été observés chez l'adulte, dont 9 chez des femmes. 2 observations de tumeurs de ce muscle chez l'enfant, attribuées à la xypiulis héréditaire, ne sont peut-être que des trachélhématomes (Peyrot). Le fait de Taylor(^) seul semble probant. La tumeur examinée au microscope était constituée par une « production fibreuse ayant pour point de départ le tissu conjonctif du muscle ». L'enfant avait présenté des éruptions spécifiques et les parents étaient manifestement syphilitiques.

Chez l'adulte, les lésions se présentent tantôt sous forme de myosite sclihruse diffuse, occupant tout le muscle et le transformant en une corde rigide (Salomon)(*), ou bien localisée en un point, tantôt sous forme de gommes. Les gommes siègent souvent à l'insertion inférieure du muscle (Duplay, Traisnel)^^). Dans un cas de Bouisson, la tumeur occupant l'extrémité inférieure du muscle avait le volume d'une orange. Il n'est pas rare d'observer deux ou trois gommes sur le même muscle. Les deux sterno-mastoïdiens peuvent être simultanément atteints (Bouisson).

Ces tumeurs offrent ici leurs caractères cliniques habituels, se ramollissent et s'ulcèrent en laissant, après évacuation, une perte de substance profonde.

Le diagnostic ne présente, en général, pas de grandes difficultés; dans les cas incertains, un traitement d'épreuve lèvera les doutes. Chez les nouveau-nés, la tumeur syphilitique pourra être confondue avec l'hématome; ici, l'examen attentif des parents, l'étude des commémoratifs permettront le plus souvent de faire le diagnostic.

(') BoL'jssoN, Mémoire sur les tumeurs syphilitiques des muscles. Tribut à la chir., 1853, p. 517.

(*) LÉCUYER, Des gommes du sterno-mastoïdien . Thèse de doct. de Paris, 1881, n" 176.

(') Taylob, Chicago nied. Journal, novembre 1875, p. 820, et Med. Times and Gai., 28 nov. 1874, t. II, p. 618, cité par Gillette.

(') Salomon, Arch. gén. de méd., t. XI, 1846.

If) Traisnel, Coutribulion à la 'pathologie chirurgicale du sterno-mastoïdien. Thèse de doct. de Paris, 1876, n- 274.

[C WALTHER

Le IrailciniMit ne comporte aucune indicalion spéciale, c'est celui de la syphilis Icrliaire.

Le terme de torticolis {caput obxtipuni, distoHum) s'applique à toute position vicieuse de la tête, quelle que soit son origine. Mais ces déviations passagères ou permanentes reconnaissent des causes multiples, sont le résultat d'alTections essentiellement différentes et ne sauraient être rapprochées dans une description commune. Aussi l'usage a-l-il été depuis longtemps établi de classer ces différentes déviations suivant leurs causes et d'en renvoyer l'étude à l'histoire de chacune des affections correspondantes.

On a ainsi divisé le torticolis en torticolis cutané, torticolis osseux ou articulaire, torticolis musculaire.

La première variété, qu'on peut aussi appeler torticolis cicatriciel, est due à la rétraction des cicatrices du cou, cicatrices vicieuses provoquées par des pertes de substance étendues, surtout par des brûlures, ou bien encore par des abcès froids, des phlegmons, etc.

La seconde variété, torticolis osseux ou articulaire, est le résultat ordinaire d'ostéo-arthrites tuberculeuses de la colonne cervicale, du mal sous-occipital, plus rarement d'arthrites rhumatismales, enfin de Iraumatismes, luxations ou fractures.

Le torticolis musculaire seul doit nous occuper ici. Son nom indique suffisamment en quoi il consiste et il est facile de concevoir comment il peut se produire. La tète est maintenue en équilibre sur la colonne vertébrale par la tonicité des muscles cervicaux; abandonnée à elle-même et soustraite à toute action musculaire, elle tomberait en avant dans la position normale ou roulerait, pour ainsi dire, en tous sens sous l'influence des divers mouvements, comme on le voit, par exemple, chez les sujets chloroformisés. Tous les muscles groupés autour de la colonne cervicale se font équilibre par leurs actions opposées pour maintenir la tète droite, dans l'attitude normale. Ouc, pour une cause quelconque, cet équilibre musculaire soit rompu, la tête se dévie et le cou subit le plus souvent un mouvement complexe de flexion et de torsion, déviation variable suivant le muscle, ou le groupe musculaire atteint.

Le torticolis musculaire peut donc résulter soit de la paralysie, soit de la contracture ou de la rétraction, soit enfin de spasmes ou de convulsions d'un ou de plusieurs des muscles du cou. Ces variétés étiologiques correspondent à des types cliniques différents et qui doivent être étudiés séparément : 1° torticolis passager ou aigu (contracture) ; 2° torticolis permanent ou clironique (rétraction, paralysie) ; 3» torticolis intermittent (convulsions épileptiformes, tics convulsifs, spasmes musculaires). Ces différents types sont loin d'avoir la même importance ; le torticolis permanent par rétraction du sternomastoïdien constitue la forme habituelle de l'affection, à ce point que, dans le langage clinique, c'est lui qui est désigné par le seul mot de torticolis employé sans épithèle.

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