‹ Traité de chirurgie publié sous la direction de Simon Duplay [et] Paul Reclus (volume 5)Chapitre 177 sur 250 · TUMEURS SOLIDES · texte numérisé non relu

TUMEURS SOLIDES

B. Fibromes. — Los fibromes profonds du cou, peu fréquents, naissent des organes fibreux de la région. Guyon assigne comme origine à bon nombre d'entre eux les lames aponévroliques de la nuque (') ; d'autres prennent leur insertion sur le périoste des vertèbres, de romoplate, de la première côte, de la clavicule, ou encore de l'occipital ou de l'apophyse mastoïde {-). Il en est enfin qui semblent se développer dans la gaine des vaisseaux : on leur a parfois attribué une origine embryonnaire ('').

Ces tumeurs peuvent acrpiérir un volnnic considérable (cas de Patridge, de Maisonneuve, de Richard). Elles foi ment des masses allongées ou arrondies, régulières ou lobulées, de consistance ferme, élastique, présentant en un mot tous les caractères cliniques du fibrome dur. Des troubles fonctionnels, parfois très accusés, résultant de la compression produite par ces grosses tumeurs sur les nerfs ou les vaisseaux, quelquefois même sur l'appareil laryngo-tracbéal (Maisonneuve).

Le diagnostic doit déterminer non seulement la nature de la tumeur, mais aussi et surtout ses connexions et ses attaches pi'ofdndes.

Lextirpalion, en elfel, qui csl le seul traite- ' ' '"^„ ,|',;,'; .'..Vl'uV "'"'"''' ment, est plus ou moins difficile, suivant la

nature et l'étendue de ces insertions sur les os et suivant l'exlension de la liimeur aux régions voisines (*).

G. Enchondromes. — Les observations de chondromes indépendants de la parotide ou de la glande sous-maxillaire sont très rares.

Nous ne parlerons pas ici de petites productions cartilagineuses pédiculées qu'on rencontre à la partie supérieure du cou et dans la région pré-auriculaire. Elles ont été décrites avec les tumeurs congénitales provenant des arcs branchiaux. Il en est de même des aiguilles cartilagineuses qui s'étendent le long du sterno-mastoïdien jusqu'à l'articulation sterno-claviculaire et qui accompagnent parfois des fistules congénitales.

L'éliologie des volumineux chondromes du cou est très obscure. Dans un cas de Trélat ("), la tumeur était implantée sur les parties latérales de la colonne

creux sus-claviculaire. Province mcd., 21 juillet 1888. — Arnoz.\n el Régis, Crétinisme spora dique et pseudo-lipome symclrùjue sus-claviculaire. Journal de méd. de Bordeaux, 10 août 1888 — Boucher, Note sur un cas de pseudo-lipome. France médicale, 8 juin 1889.

(') Guyon, Étude sur les lipomes aponcvrotiques pariétaux et en particulier ceux de la région cervico-dorsale. Bull, de l'Acad. de méd., 1877, t. VI, n° 21.

(-) Des exemples de ces fibromes implantés sur les os par un plus ou moins large pédicule parfois ossifié ont été rapportés par Patridge {Med. Times, 1867, t. II, p. 518), Huguier (Soc. de chir., 5 nov. 1852), Maisonneuve (Acad. de méd., 8 août 1854), Lebert {Physiologie pathologique, t. II, p. 170), Richard, Soc. de chir., 5 nov. 1862). Cités par Gillette (loco cilato, p. r.ii).

(") Henry Freemann, Sur les fibromes récurrents du cou et leurs relations avec les arcs branchiaux. Britisli med. Journal, juin 1844, p. 1085.

(*j Butcher, Fibrome très volumineux développé depuis près de vingt ans sur le côté gauche du ci)u et de la face. Extirpation de la tumeur et guérison presque sans difformité. Dublin Joti' nal of med. sciences, mai 1877, p. 417.

(*) Trélat, Gazette des h'ipilaux, 1868, p. 26i.

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cervicale. Dans irautrcs i'ails, l'absence d'adhérences aux os a fait penser (]n"il s'ag-issail du développement de débris cartilagineux des arcs branchiaux.

Quoi qu'il en soit, ces tumeurs, qui ne tardent pas à produire des accidents de compression, adhèrent souvent si intimement à la gaine des vaisseaux (Bœckel) ('), au cul-de-sac de la plèvre (Trélat), ([ue l'extirpation peu! oll'rir des dangers.

D. Tumeurs osseuses. — Des tumeurs osseuses, occupant le creux sus-claviculaire, peuvent dépendre de la clavicule de la première côte ou de l'apophyse transverse de la septième vertèbre cervicale. Mesnard rapporte dans sa thèse (1885) 7 cas d'exostoses du creux sus-claviculaire, 5 de la première côte, 1 de la clavicule, \ de la septième vertèbre cervicale. Un certain nombre des faits enregistrés sous l'étiquette d'exostoses de la première côte doivent être rattachés, avec les exostoses dépendant de la septième vertèbre, fi l'existence anormale d'une côte cervicale (-). Cette anomalie n'a pas seulement un intérêt anatomique; elle détermine quelquefois des troubles fonctionnels qui ont rendu nécessaire une intervention sanglante. II est donc utile pour le chirurgien de connaître les différents types de l'anomalie et aussi les rapports qu'affecte l'exostose avec les organes importants du creux sus-claviculaire.

La côte cervicale est constituée par le développement exagéré et indépendant d'un point osseux supplémentaire, qui existe normalement à la base et à la face antérieure de l'apophyse transverse de la septième vorlèbie cervicale, véi-ilable point costal, qu'on ne retrouve pas aux autres vcilcljres ci'r\icales. sauf, dans quelques cas, à la sixième.

Ce qu'il est essentiel de savoir, c'est que : 1" la côte cervicale anormale peut être complètement développée, attachée, d'une part, à l'apophyse transverse, d'autre part au sternum ; 2" le cartilage de la côte cervicale peut être fusionné avec celui de la première côte thoracique; o" dans quelques cas, la partie moyenne de la côte anormale fait défaut; elle n'est plus représentée que par les deux extrémités réunies par un trousseau fibreux ; i" les deux extrémités peuvent être même complètement indépendantes par suite de l'absence de ce trousseau fdoreux ; 5" enfin, l'extrémité de la côte anormale peu développée se soude

(') lîOECKEL, Gaz. mcd. de Slrasbowg, 1862, p. 7'2,

(^) A. CoopER. Exostose de ta 7° vertèbre cervicale comprimant la sous-claviére. Surgical Essais, p. 173. . — Rognett.\, Jbid., compression du plexus brachial et œdème du bras. Gazelle méd., 1885, p. 708. — Boinet, Côtes cervicales. Bull, de la Soc. anal., 1856, p. 10. — CnASS.ii- GN.\c, Côtes cervicales. Bulletin de la Soc. anatom., 18Ô7, p. 290. — Pascal, Côte eei'vicale chez l'homme. Recueil de mémoires de méd. et de chir. miiit., 2" série, t. IV, p. 17."). — Verneuil, Exostose de la l" côte. Bull, de la Soc. anat., 1855, p. 80. — Halbebstma, Côte supplémentaire. Rapports avec les vaisseaux. Gaz. hebd., 1857, p. 651. — Holmes Coote, Exostose de l'ajiojihi/se transverse gauche de la 1" vertèbre cervicale. Rapports avec les vaisseaux et les nerfs. Opcrution. guérison. Med. Times and Gaz., 1861, t. II, p. 108. — W. GrCber, Sicr la côte cervicale de l'homme. Mém. de l'Acad. impér. des sciences de Saint-Pétersbourg, 1860, 7" série, t. XIII, n° 2.

— Paget, Idem. Journal of anat. and physiol., 1869, p. 130. — Poland, Idem. Med.-chir. Trans., l. LU, p. 278. — Struthehs, /dem. Journal of anat. and physiol., nov. 1874. — Fischer, Idem. Deutsche Chir., 1880, fasc. 54, p. 24. — Siiepherd, Trois exemples des côtes cervicales. Amer. Journal of med. .icienees, 1883, p. 112. — Aldrecht, Ibid. Liv. Jubil. de la Soc. de-Gand, 188i.

— Mesnard, Des exostoses du creux sns-claviculairc. Tliése de doct. de Paris, 1884, n° 350. — Leboucq, Idem. Ann. de la Soc. de méd. de Gand, 1885. — R. Blanchard, La 7= côte cervicale de l'Iiomme. Revue scientifique, 1885, t. I, p. 724. — Tho.mas Durght, Description de deux colonnes vertébrales aux côtes verticales. Journal of anat. and physiol., 1887, vol. XXI, p. 4. — Jeannel, Encycl. internat, de chir., t. V, p. 775. — Périer, Résection de l'apophyse transverse de la 7° vertèbre cervicale développée en côte supplémentaire et comprimant le plexus brachial. Bull, de l'Acad. de méd., 1890, t. XXIII, p. 236. — Planet, Tumeurs osseuses rf» cou. La 1° côte cervicale. Tlièse de doct. de Paris, 1890, n° 100.

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parfois à la première côle thoracique, qui semble ainsi bifurquée à son extrémité postérieure. Ces différentes dispositions correspondent à des types très nets dans la série animale; il est très vraisemblable que plusieurs des cas d'exostose de la première côte ne sont que des exemples de segmentation de la côle cervicale.

Lorsque la côte cervicale atteint une longueur de 5 à 6 centimètres ou davantage, l'artère sous-clavière passe au-dessus d'elle, dans une dépression bordée on avant par l'insertion du scalène. Au contraire l'artère sous-clavière garde sa disposition et ses rapports habituels, lorsque la côte cervicale a moins de 5 centimètres (Halberslma).

Le cul-de-sac pleural remonte parfois jusqu'à la côte cervicale et adhère intimement à sa face inférieure (cas de Périer).

Les accidents produits par ces tumeurs osseuses sont la compression et même l'oblilération de l'artère sous-clavière et la compression du plexus brachial. Il en résulte de l'engourdissement, des fourmillements dans les bras, des douleurs souvent atroces, une atrophie musculaire très accentuée.

Le seul traitement indiqué dans les cas où se produisent ces accidents est la résection de l'exostose. Holmes Coole en 1861, Périer en 1890 ont réséqué ainsi une côte insérée sur la septième vertèbre cervicale. Verneuil, en 188i, a enlevé une exostose ostéogénique de la première côte développée au niveau du tubercule du scalène postérieur. Ces opérations doivent être conduites avec la plus grande attention pour ménager l'artère sous-clavière et ses branches et les nerfs du |3lexus brachial. Dans le cas de Périer, la plèvre, adhérente à la face inférieure de la côte cervicale, fut ouverte sans qu'il en soit résulté, du reste, aucun accident; le malade était guéri au bout de huit jours.

Sarcomes. — Carcinomes. — Les sarcomes ne présentent au cou aucun caractère particulier. Ils peuvent se développer dans toutes les couches de la région, depuis les téguments jusqu'au squelette et particulièrement dans la gaine des vaisseaux ; ils se combinent assez souvent avec d'autres tumeurs, fibrome, myxome, etc.

Les carcinomes primitifs du cou (indépendants du larynx, du pharynx ou des glandes) sont très rares. Il en existe cependant un certain nombre d'ol^servations. Quelques-uns se développent probablement dans les lobes aberrants du corps thyroïde, car ils ont les caractères des carcinomes thyroïdiens (Kœnig). Berger (') a rapporté tout récemment une belle observation d'épithéliome aberrant de la thyroïde fusionnée avec la gaine du cou.

Volkmann (-) a montré que des carcinomes peuvent se développer aux dépens de débris épithéliaux profondément enclavés au moment de la réunion des arcs branchiaux (carcinomes branchiogènes). Cette opinion a été confirmée par les recherches ultérieures de Treuberg ('), de Bruns ('), de Reverdin et Mayor (''); Samter ("), dans un travail sur un cas de généralisation d'une tumeur épithé-

(') Bebger, ËpiLhéliomcs brnnrhiogènes du cou et épilhéliomes aberrants de la rhyroïdc. Onzième Congrès français de cliirurgie. Paris, 1897.

(-) Volkmann, Le carcinome profond brachiogène du cou. Centralblatt fiir Chirurgie, 188'2, n" 4, p. 49.

(5) Treuberg, Idem. Wratrli., 1883, n" 9.

(*) Bruns, Idem. Bruns Mittheilungen. 1884, p. 509.

(^) Reverdin et Mayor, Èpithclioma pavimenteux brnnchiogène. Extirpation, récidive, mort. Bévue méd. de la Suisse rom.. 1888, t. ^TII, p. Iti'i.

(") Samter, Contribution à l'étude des tumeurs des fentes branchiales. Archiv fiir path., Anat., 1888, vol. CXll, fasc. 1.

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(mO ITUMEUnS.

lialc ]»()!;) k\sli(|iic du cou, a chcrclu' à inoulrci' 1rs rclaliiins de divci'ses tumeurs d'oii^iuc liraucliialo, cyslouic prolilï-rauL cucliDudniuic, ('■|iillH''li(>nie, (•artiiionic.

Ces raicinonu's profonds, situés près des gros vaisseaux auxquels ils adhèrent souvent, sont très difficiles à enlever; l'extirpation ne peut être faite parfois (pi'au prix de la résection de la jugulaire cl de la carotide; Tiniportance et l'étentlue des délabrements nécessaires pour l'aMation large de la tumeur sont très souvent des contre-indications à toute intervention.

Névromes. — Outre le névrome cutané plexiforme qui siège souvent au coUj on peut observer, sur les nerfs si nombreux de la région, ou des névromes multiples, ou des névromes isolés. Ces derniers, qui seuls intéressent le chirurgien, peuvent se développer soit sur les branches du plexus cervical ou du plexus brachial, soit sur le grand sympathique. Ils offrent du reste leurs caractères cliniques habituels.

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