VICES DE DÉVELOPPEMENT DE LA FACE ET DU COU
Par le D A. BROGA
Chirurgien des liôi)itaux. — Professeur agrégé ù la Faculté de Paris.
Il est d'usage, dans les descriptions didactiques des traités de pathologie externe, de mentionner pour chaque région, pour chaque organe, des vices de conformation qu'on divise, dans chacun de ces chapitres, en congénitaux et acquis. Au point de vue purement pratique, celte manière de procéder offre sans doute des avantages, car le traitement opératoire ne diffère souvent pas beaucoup, selon qu'un vice de conformation est congénital ou acquis : une lèvre fendue sera restaurée à peu près de la même façon. Mais, si l'on se place à un point de vue plus scientifique, il n'en va plus ainsi. Les vices de conformation acquis ne sont que le résultat de lésions diverses, et c'est à propos de chacune de ces lésions qu'il faut indiquer les quelques particularités importantes pour le chirurgien. Les vices de conformation congénitaux, au contraire, consliluenl un tout bien distinct, et c'est exclusivement d'eux que je vais m'occuper ici (').
Dans ce tout, cependant, quelques divisions s'imposent, dont il est utile d'indiquer les principales avant d'entrer dans l'étude des cas particuliers.
Lorsqu'un fœtus est malformé, les dilTormilés qu'il présente peuvent être de
(') Sur toutes les questions étudiées dans cet article, consultez Lannelongue et Ménard, A/fectiuiis congénitales, t. I (tête et cou), Paris, 1891.
TRAITÉ DE CHIRURGIE, 2"> édit. — V. 1
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doux (•;il(''^(iri('s liicn dillôrciilcs : les uiios sont <lc siège et de iinlurc lv|)i<|iies, elles soiil dues à un airiH de développeiiienl ; les autres, irrégulières d'apparcncc, cléroulent au premier altord la sagacité du théoricien qui elierclierait à y voir la persistance anormale d'un état transitoire normal du fœtus. Celles-là, en cHet, sont d'ordre purement patliologicpie. Certes, le dernier mol n'est pas dit sur cette question délicate, mais il est quelques points qui paraissent acquis. Prenons comme exemple les fissures faciales, puisque aussi Lien c'est la face dont nous devons décrire dans un instant les malformations. La forme la plus vulgaire, celle du bec-de-lièvre simple, est inconteslalilement typique : la constance de son siège fait que nous devons lui chercher une explicalion dans un
simple arrêt de développement.
Dans les cas chirurgicaux courants, cette fissure est la seule preuve du trouble subi par le fœtus dans son évolution. Mais parfois aussi on constate, au ni- \ eau de la région cervico-faciale, la trace d'une lésion qui a sans cloute agi mécaniquement pour s'opposer à la coalescence de parlies primitivement séparées, mais destinées à être jointes : ainsi, lorsqu'une adhérence amniotique s'insère manifestement sur la face ou le crâne d'un fœtus atteint de bec-de-lièvre.
Cette bride amniotique n'a-t-elle le droit de produire qu'un arrêt de développement? Lannelongue l'a presque affirmé à propos d'une pièce présentée par Guéniot à l'Académie de médecine. Cette pièce, cependant, venait à rencontre de sa thèse ; j'en puis parler, car c'est à moi que sa dissection a été confiée lorsque Chavane l'a montrée à la Société anatomique ('). Or sur cette face, une bride amniotique très développée prenait la bouche en travers et s'y enfonçait. D'un côté, elle avait à peu près suivi la fente intermandibulaire (quoique vers la tempe elle se fût trop rapprochée de l'orbite), mais à la voûte palatine elle avait marqué une trace transversale et de là elle avait creusé au côté opposé une encoche entre la canine et la première molaire (voy. fig. 1), pour remonter, à la face cutanée, jusqu'au bord inférieur de l'orbite, en un bec-de-lièvre incontestablement atypique.
Il y a d'autres pièces analogues (^), d'auti'os qui sont plus douteuses; mais les
FiG. I. — Arapulalion congénitale de la face. {Didt. de la Soc. anat., IS'JO, p. 157.)
(<) Guéniot, Bull, de l'Acud. de méd., 1890, 5° série, l. XXUl, p. 42à et «0. — Chavane, Dull. de la Soc. anat., 1890, p. 137.
(*) Parmi les cas publiés récemment, voyez celui de Herhold, Arch. fiir klin. Cliir., Eoi-lin, 1896, t. XLVIII, fasc. 4.