‹ Traité de chirurgie publié sous la direction de Simon Duplay [et] Paul Reclus (volume 5)Chapitre 57 sur 250 · CHAPITRE TV MALADIES DES GENCIVES · texte numérisé non relu

CHAPITRE TV MALADIES DES GENCIVES

La plupart des maladies des gencives, comme celles des dents, n'intéressent guère que le dentiste et non le chirurgien. Aussi seront-elles passées sous silence, et parmi celles que je mentionnerai, je me bornerai pour presque toutes à une ébauche rapide, ne donnant une description proprement dite que pour les épulis.

M.\GiTOT, oi't. Gencives du Dict. cnrijrl. des se. mcd., Paris, 1881, ¥ série, t. VU, p. 248. — S.\LTF.R, .-1 System of sitrgery by Holmes. London, 188.3, o' éd., t. II, p. 4Ji. — IIeatii (Ciir.), Encyct. inlerii. deehir., éd. franc., Paris, 1S80, t. V, p. 5'28.

LÉSIONS TRAUMATIQUES

Les blessures cldriirgicales des gencives sont fréquemment observées par les dentistes. Une lésion de la gencive est inévitable quand on arrache une dent, mais presque jamais il n'en résulte d'inconvénient, à moins qu'avec le davier, la langue-de-carpe ou la clef, on n'ait trop endommagé le rebord alvéolaire sous-jacent.

Les contusions provoquées par les chutes ou les coups violents appliqués sur le menton ou sur la face sont sans importance et se traduisent par une simple ecchymose. Encore sont-elles relativement rares, caries lèvres et les joues abritent la gencive du contact des corps extérieurs.

(') KuSTER, Deulsehe tned. Worh., Leipzig, 1885, n° ÔO. — Piécii.\ud, BuU. et mém. de la Soc. de chir., Paris, 1886, nouv. s., l. XII, p. S41. — Isr.\ël, Seizième Congrès des cliirurgiens allemands. Comjytes remlus, l. II, p. 89. — Gersuny (R.), Centralblatt fiir C/iir., Leipzig, 1887, p. 706.

{-) VissAGUET, Thèse de doct. de Paris, 1877, n° 167.

GINGIVITES. 11'.»

Les plaies proprement dites sont d'abord des piqûres, fréquentes lorsqu'une arête de poisson, par exemple, s'engage entre deux dents. Mais c'est là un accident négligeable. De même les diverses plaies qu'on peut se faire en mangeant. Les seules solutions de continuité dont le chirurgien doive tenir compte sont celles qui accompagnent à peu près toutes les fractures du maxillaire el font, comme il a été dit précédemment ('), que ces fractures sont presque toujours compliquées.

Les gingivites peuvent n'être qu'un élément des stomatites que j'ai étudiées dans le chapitre précédent. Telles sont les lésions gingivales des stomatites mercurielle, ulcéro-membraneuse.

D'autres ne sont qu'un épiphénomène de certaines affections de l'os sousjacent, et je n'ai pas à revenir sur l'état de la gencive dans la nécrose phosphorée, sur les abcès gingivaux des péri-odontites. Rien à ajouter non plus sur l'inflammation et l'ulcération qu'amène si souvent aux gencives l'éruption des dents et surtout de la dent de sagesse.

D'autres encore ont un intérêt purement médical, et j'énumércrai simplement les gingivites saturnine, argyrique, cuprique, arsenicale, etc. Le chirurgien doit cependant connaître leur existence, car elles pourront attirer son attention sur certaines intoxications parfois utiles à démasquer.

A. — am'GlVITE AIGUË

Dans les gingivites aiguës, la gencive est d'abord sèche, luisante, d'un rouge vif, légèrement épaissie. Bientôt elle se couvre d'une pellicule blanchâtre. Puis, au niveau du bord libre et des languettes interdentaires décollées, soulevées en de petites masses fongueuses, un liséré rouge vif apparaît en même temps que la sertissure des dents s'exulcère ; et, suivant les cas, les fongosités remontent plus ou moins haut sur les couronnes dentaires, ou au contraire les collets se déchaussent. Les phénomènes fonctionnels sont une légère cuisson, des picotements, de la douleur à la mastication; la bouche, sèche au début, est bientô inondée par l'hypersécrétion salivaire, et l'haleine devient fétide.

Celle gingivite — dont un degré léger est vulgaire à la suite des dépôts tartriques et lorsque la propreté buccale laisse à désirer, ou bien lorsque des chicots non soignés garnissent le rebord alvéolaire — n'intéresse guère le chirurgien que par une' Je ses complications : l'adénite cervicale aiguë, subaiguë ou chronique, avec ou sans adénophlegmon. Même lorsque l'adénite n'est pas suppurée et n'exige pas par elle-même un traitement opératoire, elle est une indication formelle de traiter la gingivite.

Le traitement de la gingivite comporte des applications topiques diverses.

(') Voy. l. IV, p. 771.

On emploie? avec succès la teinture d'iode, la teinture de cochléaria, le borax. I^'S gargarismcs et les collutoires au cliiorale de potasse sont fort bons, et en outre on prescrira le chlorate de potasse à l'intérieur, car il est éliminé par la salive et de la sorte exerce une action incessante. Enfin, lorsque les gencives sont l'ongucuses, il sera indiqué de cautériser les saillies intermédiaires, soit avec l'acide chromique, soit mieux avec le fer rouge, et dans ce dernier cas, tout praticien peut suppléer au galvanocaulère à l'aide d'une aiguille à tricoter rougie à la flamme d'une lampe à alcool. Si avec cela on veille à l'hygiène buccale, si on enlève les dépôts tartriques, si on extrait les chicots, la gencive guérit vite et souvent l'adénite se termine sans suppuration.

La gingivite phlegmoneuse, abstraction faite de celle qui complique les ostéites et nécroses du maxillaire, peut d'abord être circonscrite, et, par exemple, de ])etits abcès, insignifiants à vrai dire, peuvent se constituer autour de corps étrangers qui ont piqué la gencive. Dans la forme généralisée, qui parfois est la conséquence d'une gingivite simple non soignée, le derme est épaissi, gonflé, la surface est grenue, d'un rouge vif; la gencive molle, dépressible, saigne facilement et baigne dans un liquide séro-purulent ; les dents, atteintes de périodontite par propagation, sont allongées, ébi'anlées, douloureuses au moindre contact; les ganglions sous-maxillaires sont engorgés.

Si la gingivite est bien soignée, et c'est ici surtout que la cautérisation est efficace, elle guérit la plupart du temps en huit à quinze jours.

Mais, dans quelques circonstances, des plaques de sphacèle se constituent, et cela nous amène à signaler la gingivite gmigréneiise, résultat d'une thrombose, dit Lancereaux, d'une artérite d'après Hayem, LerebouUet.

Celte gingivite ne s'observe guère que chez les enfants de trois à six ans. Elle débute par une phlyclène, siégeant d'ordinaire dans le fond du vestibule buccal et envahissant rapidement le bord gingival. Au-dessus se forme une eschare, entourée d'une ulcération qui s'étend. A la chute de cette eschare, on trouve souvent le maxillaire à nu, nécrosé. Cette affection est moins grave que le noma, quoique, une observation de H. Barth (') en fait foi, elle puisse tuer par extension de l'eschare et pyohémie.

A tout prendre, l'analogie avec le noma est grande dans bon nombre de ces observations. Mais peut-être n'a-t-on pas loujours évité la confusion avec une ostéomyélite spontanée de la mâchoire provoquant une inflammation secondaire de la aencive.

B. — GINGIVITE ClimiXinUE

Les amas de tartre, les chicots dentaires, viennent d'être rangés parmi les causes des gingivites aiguës. Mais plus souvent ils provoquent et entretiennent des gingivites chroniques, les seules qui doivent nous occuper, car celles du scorbut ressortissent au médecin.

■ Les gingivites chroniques sont fongueuses ou hypertrophiques.

Dans la forme fongueuse, la muqueuse est épaissie: le bord libre, sui'toul au niveau des languettes interdentaires, fait un relief très accusé; la couleur générale est rouge sombre, et la surface granuleuse forme çà et là de petites végé-

('} H. Bartii, France inéd., Paris, 1878, p. 557.

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