‹ Traité de chirurgie publié sous la direction de Simon Duplay [et] Paul Reclus (volume 5)Chapitre 56 sur 250 · ULCÉRATIONS — SYPHILIS — TUBERCULOSE · texte numérisé non relu

ULCÉRATIONS — SYPHILIS — TUBERCULOSE

De longues descriptions seraient ici superflues, car les lésions énumérées dans cet article sont pour la plupart identiques à ce qu'elles sont aux lèvres ou à la langue.

Ainsi les ulcérations non spcci/ïqnes, d'origine dentaire, dues soit à un chicot ('), soit à une déviation de la dent de sagesse (-).

La syphilis, à ses trois périodes, se localise quelquefois à la face interne des joues. Mais le chancre et les plaques muqueuses n'ont pas de caractères spéciaux. Une menlion est suffisante pour un fait rare où G. Fischer (') a vu la syphilis tertiaire se limiter d'une façon presque exclusive à celte région.

La tuberculose n'est en général qu'un épiphénomène de la tuberculose labiale, dont elle présente du reste tous les caractères.

Kystes glandulaires. — Parmi les tumeurs, on observe à la muqueuse génienne des tumeurs glandulaires, sous forme d'adénomes kystiques, identiques aux tumeurs labiales que nous avons décrites. L'extirpation, facile d'ailleurs, peut seule les guérir.

Polypes. — Sabrazès a décrit des polypes de la face interne des joues ('•). Ces tumeurs, dont Monnier a relaté ensuite une observation, appartiennent au type fibreux, muqueux ou fdjrolipomileux. Elles se traduisent, à la période d'état de leur évolution, par des symptômes très caractéristiques : sensation de corps étranger s'interposant entre les dents, gênant la mastication, troublant l'articulation des mots et surtout l'émission des sifflantes, provoquant une salivation incessante ; hémorragies résultant de fréquentes morsures qui entament la tumeur ; fétidité de l'haleine due à la présence de points sphacélés à la surface du polype.

Implantés sur la muqueuse génienne, en son milieu, ces polypes s'accroissent très lentement, sont bénins, ne rétrocèdent pas, mais ne récidivent pas après ablation. Au début de leur évolution, quand ils forment une petite saillie hémisphérique, en bouton, étranglée à la base, leurs manifestations symptomatiques sont réduites au minimum. Dès qu'ils ont acquis le volume d'une noisette et qu'ils se pédiculisent, ils déterminent une sensation de gêne occasionnée par l'effort

(<) Voy. t. IV, p. 145.

(«) Voy. t. IV, p. 817.1

(') G. Fischer, Deutsche Zeitschrift fur Chir., Leipzig, 1883-1884, t. XIX, p. 127. (*) Sabrazès, Gaz. hehd. des se. méd. de Bordeaux, 24 mai 1896; Médecine moderne, 25 septembre 1896. — L. MoN.MER, Bult. de la Soc. Anat., 1896, p. 476.

l';PITIIÉLIOME DE LA .lOUE.

que l'ail incessamment la langue pour Iiriiler la tumeur et l'empêcher d'clre mordue. Plus tard, quand ils ont l'aspect d'une pendeloque piriformc, moljile dans la cavité buccale, apparaissent les divers symptômes caractéristiques.

A la longue, le polype peut se transformer en un volumineux appendice charnu, exposé aux morsures, aux hémorragies, aux sphacèles, gênant l'arliculation des mots et la mastication.

Sarcomes. — Il existe des sarcomes sous-muqueux de la joue ('), constituanl une tumeur dure, cjui gène la parole et la mastication en s'interposanl entre les dents, d'où des morsures fréquentes. La tumeur, recouverte d'épithéliura épaissi, est lente à s'ulcérer. Celte lenteur et l'absence d'engorgement ganglionnaire sont des signes diagnostiques importants avec l'épithéliome.

De Saint-Germain a enlevé chez une fdle un lipome myxomateux (-).

Épithéliome. — L'épithéliome de la face interne des joues n'est pas très rare, en général sous la forme infiltrante et végétante. Souvent c'est un épithéliome de la commissure, gagnant vers la joue. Mais souvent aussi il naît en pleine joue, et alors il commence volontiers sur la ligne inlerdentaire, ce qui conduit à admettre le rôle étiologique de lésions mécaniques faites par les dents; 0. ^^'eber admet même que l'irritation par éruption vicieuse de la dent de sagesse est la cause de certains épithéliomes de la partie postérieure du vestibule buccal. Enfin, comme à la langue, l'épithéliome grelTé sur leucoplasic existe à la joue.

Ces épithéliomes, dont l'aspect objectif n'a rien de bien particulier, semblent doués d'une grande malignité : Thiersch, 0. Weber, Verneuil s'accordent à le proclamer. Le rebord alvéolaire est vite envahi, puis le pilier antérieur, l'amygdale, et une fois là, le néoplasme se trouve dans des tissus lâches où sa marche est rapide.

Après ablation, même précoce, la récidive est à peu près constante. Toutefois, un opéré de Peyrot en a été indemne pendant trois ans, au bout desquels, la cicatrice restant saine, les ganglions se sont mis à dégénérer.

Le traitement consiste dans l'extirpation aussi rapide que possible. Lisfranc a enseigné qu'on pouvait en général conserver beaucoup de peau et, après ablation du néoplasme, réunir directement par la suture les lèvres de la plaie. Mais ces opérations parcimonieuses doivent être rejetées et presque toujours, pour que l'intervention soit suffisante, on sera conduit à enlever toute la joue. C'est dire que, pour éviter soit la perforation permanente, soit la constriction cicatricielle, une reconstitution autoplastique sera indispensable. Comme à la lèvre,' le lambeau n'e sera bon, c'est-à-dire non rétractile, que s'il est épidermisé sur ses deux surfaces. Pour les petites pertes de substance, on sera en droit de s'en

(') Heurtaux, Journaî de mcd. de l'Ouest, Nanles, ISNÔ, |. WII, p. 311. (*) DuFOUiî.MER, Bull, de la Soc. anal., Paris, 181)0, p. 500.

FiG. 30. — Génopla

(Roser.)

Iciiirà un lamljcaii doiil la face crucnlée, lournéc en dehors, sera Iraitée, à la période de granulation, par les greftes de Thiersch ou de Rev( rdin.

Mais lorsque Finlervention a été étendue, ce moyen devient insuriisanl et il faut s'adresser à la génoplastie, en une seule ou en deux séances, avec des lamlieaux adossés par leur face cruentée. Gersuny a indiqué un procédé pour faire pivoter un lambeau pris au cou. Israël, Hahn, ont taillé de longs lambeaux rectangulaires allant jusqu'à la base du thorax et relevés, face épidermique vers la bouche, de façon que leur extrémité libre soit assez longue pour se rabattre sur la face cruentée de la partie qui obture la plaie génienne. On peut encore opérer en deux séances, en applicpiant sur la face cruentée, restée libre et devenue granuleuse, un lambeau pris au bras par la méthode italienne modifiée (').

Ici encore, Vorneuil a plaidé sans succès pour la restauration en deux temps (^).

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