C. — AXÉrRYSMES AHTËRIELf
Les anévrysmes arlériels de la langue sont exceptionnels et leur intérêt est très médiocre. On signale partout une observation recueillie par Collomb sur un jeune séminariste auquel un anévrysme saillant à la face dorsale de la langue causait une gène considérable de la parole : la double ligature donna à Collomb un succès. Un fait plus récent est dû à Gay : la poche rompue fut la source d'hémorragies; Gay la traita par l'extirpation, ce qui semble être la méthode de choix (').
D. — lA'MPHANGIOME ET LYMPIIANGIECTASIE. — MACBOGLOSSIE
Définition. — On a désigné sous le nom de macroglossie une série d'aiïections probablement dissemblables, n'ayant comme analogie qu'une augmentation de volume telle que la langue sort de la bouche et pend plus ou moins en avant des lèvres. Aujourd'hui, il semble qu'il faille individualiser analomiquement les tumeurs d'origine lymphatique.
Historique. — La macroglossie, avec son aspect extérieur si caractéristique, a depuis bien des années frappé les observateurs et l'on peut, dans son histoire, renvoyer à des relations très anciennes. Ces relations, il faut d'ailleurs les chercher sous des dénominations diverses, et comme .synonymie je signalerai les appellations suivantes : prolapsus de la langue, prolongement morbifique, hypertrophie congénitale, lingua vituli, etc.
Peut-être trouve-t-on une mention de cette lésion jusque dans les œuvres de Galien. En tout cas, au xvi'^ et au xvn'= siècle, des faits remarquables et bien étudiés ont été publiés par Gaspard Peucer, Scaliger, M. Donatus, Zachias; au xvni'^ siècle, outre une bonne description donnée en 1758 par Spœring (d'Upsala), je signalerai l'observation d'une femme qui mourut à Leyde à quatre-vingts ans, après avoir été observée successivement par Reverhorst, Triœn, van Swieten, Gaubius, Sandifort et van Dœveren(-). Puis, pendant la première moitié du XIX" siècle, Leuw, Maisonneuve, Gayraud (la thèse de ce dernier est de t86i), se sont attachés à donner une description clinique, que l'on trouve depuis cette époque dans tous les traités classiques français et étrangers.
Mais dans cette description on réunit tous les prolapsus de la langue. Certes, l'état ultime est analogue et toutes les langues pendantes se ressemblent. Ce n'est pas un motif suffisant pour ne pas établir nettement des variétés étiologiques et anatomiques. Au point de vue anatomique surtout, je mentionnerai les recherches de Virchow, Billroth, Volkmann, Gies, Winiwarter, Wegner, Middledorpf. Grâce à ces travaux, le rôle de l'élément lymphatique dans la
{') Collomb, Œuvres méd.-chir., p. «il, Lyon et Paris, an VI (170S). — G\y, Laurel, 1874, t. II, p. 260.
(») Van DoEVEiiEX, Tlitsc. IS'ii (Ludg. Balav.).
ETIOLOGIE DE LA l\IACROGLOSSIE. 107
niacroglossie congénitale — celle qui va èlre à peu près seule visée dans cet article — a été bien mis en évidence.
Bresciiet et Finot, ai-t. Glossocèle du Din. en Ol) vol., t. XVIII, p. 498, Paris, 1817. — Percy cl Laurent, art. L.^ngue du Dkt. en 60 uo/., t. XXVII, p. '24i, Paris, 1818. — Maisonneuve, Des tumeurs de la langue. Thèse de concours, 1848 (bibliog.). — Virchow, Ueber Makroglossia. Ardi. furpath. Anal. u. Phys., Berlin, 1854, t. VII, p. 126 (voy. aussi O.Weder, lOid., p. 115). — Gavr.vud, Étude sur le proljipsus hyperlrophifiue de la langue. Thèse de doct. de Montpellier, 1865, n° 68 (bibl.). — Gii>. Ilcili.ii^c /m- M.'ikroglossie. Arch. /'. klin. Chir.. Berlin, 187.", t. XV, p. 640. — Wegner, ICIut I,mii|.1i,uii:i..ii]. Ihid., 1877, t. XX, p. 041. — Gauquelin, Étude sur la mégaloglossic. Tlu'-sr de doii. dr l'.iiis, 1882, n° 09. — De L.vrabrie, Contribution à l'étude de l'hyperlrophie congénitale de la langue. Thèse de doct. de Paris, 1882, n° 520 (bibl.). — Middledorpf, Ueber Lyniphangioma cavernosum. Arck. fiir klin. Chir.. Berlin, 1885, t. XX.Xl, p. 500. — Lannelongue et Ménard, Airections congénitales, Paris, 1X01, p. (in. — Daul, É.xamen microsc. d'un cas de macroglossie. Nord. med. Ark., 1893, n» 2. — Udenius, Étude analomo-path. de la macroglossie lymphatique. Ibid., 1896, n° 14.
Étiologie. — On a divisé les macroglossies en congénitales et acquises.
Mais les macroglossies acquises ne sont, pour la plupart, que des glossites chroniques devenues hypcrtrophiques. Butlin leur reconnaît des causes locales — abcès, grenouillettes, stomatite mercurielle, blessures légères ou graves, — et des causes générales — petite vérole, scarlatine, coqueluche, accès épilepliformes — : dans les deux cas, c'est une glossite aiguë qui esta l'origine du mal. Ces glossites chroniques hypcrtrophiques peuvent, sans doute, être rapprochées de la macroglossie congénitale au point de vue thérapeutique : mais elles sont de nature bien différente. D'autre part, il est certaines macroglossies non congénitales, survenues sans cause connue, qui paraissent être semblables à la macroglossie congénitale : c'est, ou bien que tous les lymphangiomes ne sont pas congénitaux, ou bien que depuis sa naissance le sujet portait une lésion méconnue qui s'est mise à croître sans qu'on sache pourquoi.
La macroglossie congénitale est peut-être moins rare en Angleterre, en Amérique, en Allemagne, qu'en France : la démonstration n'est pas absolue. Leuw, Gayraud, Clarke admettent la prédisposition du sexe féminin : Butlin paraît avoir raison quand il soutient l'indiiïérence du sexe.
On a noté que l'hypertrophie de la langue s'associait parfois à des défectuosités cérébrales : chez les crétins, disent Burgraîvc, Bouchut; chez les idiots, d'après des faits de Parrot, de Chalk; Bouisson prétend enfin que les anencéphales naissent souvent la langue pendante. Je dois dire que j'ai examiné un assez grand nombre de fœtus anencéphales, frais ou conservés dans l'alcool, et que jamais je n'ai constaté de prolapsus lingual. J. WoUÏ et Bruck, Baginsky, ont publié quelques observations où la macroglossie était combinée à des troubles mentaux, à une soudure prématurée des os du crâne, à une hypertrophie musculaire généralisée.
Les causes de la lésion restent inconnues. L'influence héréditaire semble nulle. C'est à titre de curiosité que l'on relate encore les idées anciennes sur le rôle de l'imagination maternelle : Maurant nous raconte qu'une femme eut un enfant à langue pendante parce qu'au cours de sa grossesse elle avait eu envie d'une langue dont son mari se régalait sans elle; et l'on trouve dans Lassus l'histoire d'une mère qui, ayant vu avec répulsion la langue pendante d'un veau récemment égorgé, mit au monde un enfant conformé de la même façon.
Le prolapsus est-il cause ou clTet de la macroglossie? Lassus, Boyer, Blandin, Gayraud, ont soutenu que le prolapsus était le fait initial, et pour l'expliquer ils
I is MALADIES DE LA LANGUE.
onl invoqué lanlùl un vice de conformation de la bouche, lanlùt une lialnludc vicieuse de l'enfant, tantôt la propulsion fréquente par des quintes de loux; on a dit aussi que tout provenait des muscles, par convulsion ou contracture des propulseurs ou par paralysie des rétracteurs de la langue. On pourrait mulliplier (Micore, en citant leurs auteurs, ces théories aujourd'hui reconnues erronées. Il est démontré que la vraie opinion est celle de Mussey, de Hodgson : il y a primitivement une tumeur et c'est pour cela que la langue, trop volumineuse, sort de la bouche. Mais une fois la langue prolabée, le contact de l'air, la constriclion par les arcades dentaires, causent des lésions inflammatoires surajoutées et la tuméfaction augmente. Il n'est pas rare, par exemple, que l'éruption des dents aggrave l'hypertrophie linguale.
Anatomie pathologique. — A l'épocjne où l'on ne faisait guère que des examens à l'œil nu, on a rangé la macroglossie dans les glossites chroniques, et nous avons vu que c'est exact pour la plupart des macroglossies acquises. En I8ôi, Rey a affirmé que l'hypertrophie portait sur tous les tissus; en 1855, Sédillot a incriminé surtout l'augmentation de volume des muscles, et cette manière de voir a été confirmée par Paget, par Parrot. De même, O. Weber a constaté l'hyperplasie des fibres musculaires, mais avec un développement vasculaire considérable. En 1860, Lambl a publié un cas analogue. Gayraud a noté une hypertrophie portant à la fois sur les muscles et sur la muqueuse.
Il semble donc que l'hypertrophie musculaire existe réellement, dans certains cas tout au moins ('). Mais est-elle la lésion obligée? Oui, affirme Bouisson, qui traite d'exceptions les observations de Virchow. Virchow, en effet, avait bien vu que l'élément musculaire était anormalement développé, mais entre ces fibres hyperplasiées, il avait noté une augmentation du tissu conjonctif avec un aspect caverneux bien visible à la loupe. Dans ces espaces, il y avait des cellules lymphatiques, et au total Virchow concluait qu'il y avait une grande analogie avec l'éléphantiasis congénital. Cette opinion a été confirmée peu à peu, et c'est elle qui maintenant est classique, à la suite des travaux, allemands pour la plupart, que j'ai déjà mentionnés. En outre, on a démontré par l'imprégnation argentique que côs lacunes onl un revêtement endothélial.
Lorsque l'on examine au microscope une langue atteinte de macroglossie congénitale, on voit d'abord que la muqueuse est altérée. L'épithélium y est épaissi, les parties exposées à l'air en sont kératinisées. Les papilles, volumineuses, sont pour la plupart creusées de vacuoles contenant des cellules lymphatiques, dont quelques-unes s'agglomèrent en petits amas; par places, Variol et de Larabrie ont trouvé des globules rouges mêlés à ces cellules. Certaines papilles sont réduites à une mince coque conjonctive doublant l'épithélium autour des lacunes. Dans la couche sous-muqueuse existent également des travées de tissu conjonctif lacunaire, et au milieu de ces lacunes irrégulières apparaissent sur les coupes des espaces circulaires, véritables troncs lymphatiques. Ce môme tissu conjonctif lacunaire dissocie, dans le corps charnu de la langue, les fibres musculaires, et, contrairement à l'état normal, elles deviennent moins abondantes que le tissu interstitiel.
Ces lésions sont celles qui, d'après Wegner, caractérisent le lymphangiome simple. C'est à elles que se rattache presque toujours la macroglossie. A un
(') Voy. sur ce point : Helbing, Jalirb. f. Kinderlieilk., 1890, t. XLI, p. 442. — Eickendusch, Dcilr. zur kliii. Chir.. Tubingue, 1894, l. XI, p. '273.