‹ Traité de chirurgie publié sous la direction de Simon Duplay [et] Paul ReclusChapitre 19 sur 260 · TUMEURS BÉNIGNES · texte numérisé non relu

TUMEURS BÉNIGNES

Lipome. — Le lipome du tissu cellulaire sous-conjonctival est une tumeur rare, ordinairement congénitale et coïncidant parfois avec d'autres anomalies.

Il est formé par du tissu graisseux qui semble n'être qu'une émanation du lissu graisseux de l'orbite. Le siège le plus fréquent de la tumeur est, d'après de Graefe. sous la conjonctive bulbaire entre le droit supérieur et le droit externe.

Le lipome se présente sous la forme d'une masse jaune, lobulée; la conjonctive est saine ou à peine un peu injectée à son niveau. Les seuls troubles fonctionnels résultant de la présence du lipome sont un peu de gène des mouvements et une sensation de sécheresse. S'il est volumineux, il peut entraver, en raison de son siège habituel, l'écoulement des larmes (Saemisch).

Le lipome ne doit pas être confondu avec la pinguécula.

Si son volume devient gênant, on l'enlèvera par dissection et l'on réunira par la suture les lèvres de l'incision conjonctivale. Sil a des connexions avec le tissu cellulaire rétro-oculaire, on ne poussera pas trop loin la dissection.

Angiomes. — On observe parfois une ectasie avec état variqueux des vaisseaux de la conjonctive bulbaire, surtout vers la région externe. L'excision, dans ces cas, ne donne pas toujours un résultat satisfaisant (de Wecker).

L'angiome proprement dit de la conjonctive -est congénital et n'est le plus souvent que l'extension d'une tumeur semblable des paupières. Il siège surtout au v^oisinagede la caroncule. Dans le cas où il prend un développement considérable, il arrive quelquefois à masquer en partie la cornée.

La cautérisation avec le galvano-cautère, ou mieux l'électrolyse est le traitement à employer contre l'angiome de la conjonctive. La ligature pourrait aussi être essayée. Dans les cas où l'angiome reste stationnaire, le mieux est de s'abstenir.

Polypes. — Les plaies accidentelles de la conjonctive et celles qui succèdent à la ténotomie donnent parfois naissance à un bourgeonnement mamelonné, •susceptible de revêtir l'apparence polypeuse.

Les polypes proprement dits se développent sans cause connue sur la conjonctive, le plus souvent au niveau des culs-de-sac dans la région du repli semilunaire et au voisinage des points lacrymaux. Ils forment de petites tumeurs

TLMEURS DE LA CONJONCTIVE. lir.

pédiculéos. ditpparonro mnniol(iniu''('. d'un rouge pAlc. de consistance friable el ressemblant à un amas de \ ('i^iMalinns. Leur forme donne Tidée d'une hypertrophie papillaire.

Leur structure est. en ellel. an.ilduue à celle des papilles, llislologiquement ce sont des granulomes ou des j^iiiilliiues. Une couche de cellules épilhéliales polygonales les rev(M. Le immIIcuIc si- continue avec le tissu cellulaire sous-conjonctival.

Les polypes «létormincnt une i^ènc nn-i-a nique en rapport avec leur volume et donnent lieu à un jicii (rii-i'ilatimi conjuiictivale. rarement à de petites hémorragies.

L"ablation en est l'afile. Il suffit de les exciser un peu au delà de leur point d'implantation après les avoir saisis avec une pince à min's fins. Le g'alvanocautère permet d'arriver au même résultat.

Kystes. — h On oJiserve dans le tissu cellulaire sous-conjonctival <le petits kystes à parois minces, transparentes, à contenu limpide, dont roriaine est inconnue.

On a cru qu'ils résultaient d'un traumatisme, mais peut-être les a-t-on. dans ce cas, confondus avec les épanchements séreux sous-conjonciivaux qui résultent quelquefois d'une petite fistule du limite scléro-cornéen ou d'une cicatrice cvsto'ide de cette région.

Les kystes proprement dits sont mobiles avec la conjonctive qui les recouvre; ils ont depuis le volume d'un grain de Idé jusqu'à celui d'une fève. Ils siègent en général sous la conjonrtiA e Jjulbaire et vers la partie externe. Sichelfils pense qu'ils occupent plutôt le cul-de-sac inférieur de la conjonctive. Wharton Jones. Sichel père et fils ont examiné histologiquement la structure de ces kvstes sans rien découvrir de caractéristique dans leur paroi ou leur contenu.

Ils ne déterminent que des troubles fonctionnels insignifiants.

2° On signale aussi l'existence de kystes presque toujours congénitaux siégeant près du bord cornéen. Ces kystes, à parois plus épaisses que les précédents, ont un aspect laiteux et renferment un liquide également transparent. Mais ils ne sont pas mobiles et adhèrent plus ou moins au limbe scléro-cornéen. Ils ont probablement la même origine que les dermoïdes.

5° De petits kystes formés de très petites vésicules disposées en chapelet et soulevant la conjonctive ont été considérés par de Wecker comme des dilatations h-mphatiques ou des angiomes lymphatiques. On les observerait quelquefois à la suite de conjonctivites chroniques.

Delecœuillerie a réuni, dans sa thèse (Paris. 1892). neuf observations inédites de ces kystes.

•4° Il existe enfin des kystes parasitaires qui sont étudiés plus loin (Voyez Entozoaires de la conjonctive).

Les kystes de la première variété sont facilement excisés d'un coup de ciseaux avec la conjonctive qui les recouvre et. à moins qu'ils soient volumineux, on peut s'abstenir de réunir les lèvres de la plaie par la suture.

Les kystes de la seconde variété ont besoin d'une dissection plus complète et ne peuvent pas toujours être enlevés en totalité.

Dermoïdes. — Ces petites tumeurs, signalées depuis longtemps, observées par Mackenzie. Wardrop. ne sont bien connues que depuis le mémoire de Ryba

{Vierteljohresschrift. t. III. 1855). Elles se développent au voisinage du bord de

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la cornée, dans la région inféro-exlernc surtoiil, el onl des connexions avec la sclérotique.

Elles sont d'origine congénitale et ordinairement uniques. Leur développement se rattache au développement de la paupière avec le coloboma de laquelle elles coexistent quelquefois. On a signalé aussi l'existence de kystes de la queue du sourcil et d'un bec-de-lièvre chez les sujets atteints de dermoïdes de la conjonctive.

Ryba a montré que la structure de ces tumeurs est identique à celle de la peau. Elles sont constituées par du tissu conjonctif stratifié comme dans le derme, et elles renferment des glandes sébacées. Heyfclder y a même trouvé des glandes sudoripares. L'existence de poils y est presque constante.

Le volume des dermoïdes varie de celui d'une lentille à celui d'une fève. Leur couleur est gris rosé ou jaunâtre, leur forme arrondie, leur surface lisse avec de petites sinuosités. Il y a souvent un poil unique émergeant de la tumeur. Wardrop en a compté une douzaine sur un malade observé par lui. Ces poils peuvent prendre un accroissement considérable. L'existence des poils suffît à caractériser le dermoïde de la conjonctive, mais cette particularité n'est pas constante.

Les dermoïdes constituent une difformité et entraînent quelques troubles fonctionnels, un peu de gêne dans les mouvements, de l'hypérémie des parties voisines de la conjonctive et quelquefois des ophtalmies.

L'ablation de ces tumeurs est souvent réclamée par les individus qui en sont porteurs. Elle nécessite une dissection complète, et il faut ménager à la fois la cornée et la sclérotique. Aussi ne peut-on pas toujours enlever les portions qui adhérent à la sclérotique sans risquer de perforer cette membrane. On combinera avec avantage la cautérisation galvanique ou l'ignipuncture à l'ablation.

Dermo-épithéliomes. — Sous ce nom, Parinaud a décrit, en 1884 {Archives iVophtahnologie, p. 349), des tumeurs qu'il considère comme congénitales et qui diffèrent des précédentes par leur structure.

Elles siègent près du bord externe de la cornée, sont mobiles sur la sclérotique, de coloration rouge jaunâtre, et tendent à se développer en nappe et à envahir la cornée. Vers l'époque de la puberté elles prennent souvent un accroissement notable.

Ce sont des tumeurs épithéliales ou des fîbro-épithéliomes développés aux dépens de la conjonctive. Parinaud les rapproche des dermoïdes.

Kalt [Archives cV ophtalmologie , 1889, p. 158), qui a étudié histologiquement une de ces tumeurs, n'a rien trouvé dans leur structure qui rappelle celle des dermoïdes et préfère le nom de tumeurs épithéliales bénignes de la conjonctive.

OsTÉOMEs sous-coAJONCTivAux. — Lcs tumcurs osseuses sous-conjonctivales sont extrêmement rares. De Graefe, Saemisch, de Wecker, Critchett, Vignes en ont rapporté chacun une observation. Presque tous ces cas ont été observés chez de jeunes sujets et siégeaient vers la commissure externe.

ENTOZOAmES DE LA CONJONCTIVE

Les entozoaires de la conjonctive sont extrêmement rares en France. On y a rencontré seulement le cysticerque. La filaire de Médine ne s'observe que dans les pays chauds.

TLMKURS DK LA CON.IONCTIVK 117

CYSTiccaorn. —D'après Sichol, qui en a doiiiK' i)iiisuHii's o])st'rvalions, le cysli('ori|iio se (lé\elo}>po surlovil chez les jeunes sujels el sur la conjonctive bulbaire, au ni\eau du diauièlre horizontal, de l'un ouraulrc côté de la cornée. Une seule l'ois il la vu siég^er sous la conjonctive palpébrale.

Le kvsle reul'ernianf l'entozoaire se présente sous la forme d'une tumeur arrondie demi-transparente, rose pâle, vascularisée et plus foncée à sa circonférence. A son centre se voit un disque blanchâtre ou jaunâtre caractéristique. Le kyste est élastique, un peu mobile sous la conjonctive qui le recouvre, mais adhérent à la sclérotique par sa partie profonde.

Les phénomènes fonctionnels sont peu marqués. Il y a seulement de la gène dans les mouvements.

L'énucléation, ou tout au moins l'ouverture du kyste, doit être pratiquée dès ((ue la nature parasitaire en est reconnue. Dans un cas, Sichel a vu le kyste se rompre sponlanémenl et la guérison se faire sans intervention.

2' TCMEL'RS MALIGNES

On décrit comme tumeurs malignes de la conjonctive VépitJtélioma, le sarrome, le méhoio-sarcome et le cancer.

Le cancer proprement dit ne débute en quelque sorte jamais par la conjontive. Il envahit secondairement celte membrane et sa description se confond avec celle du cancer de l'œil.

Épithélioma. — De même que le cancer vrai, l'épithélioma se propage souvent des paupières à la conjonctive. On le voit cependant quelquefois apparaître primitivement sur la conjonctive bulbaire et presque toujours en un point rapproché du limbe cornéen.

Panas [Traité des mal. des yeux, II, p. 290) a donné la relation des faits de tumeurs malignes qu'il a pu étudier histologiquement et conclut à leur structure épithéliomateuse. Ce n'est qu'accessoirement qu'on rencontre des éléments sarcomateux dans ces tumeurs.

L'épithélioma se montre sous la forme d'une petite masse d'un jaune rougeâtre <[ui simule une pustule conjonctivale. La tumeur ne tarde pas à prendre un aspect bosselé et végétant, et détermine un peu d'hypérémie de la conjonctive: puis elle s'ulcère, sécrète une matière purulente et forme alors une ulcération à bords irréguliers, à fond grisâtre, qui envahit rapidement les parties voisines et spécialement la cornée qui arrive assez rapidement à se perforer.

L'épithélioma de la conjonctive a généralement une marche rapide, du moins chez les sujets encore jeunes. L'œil est de bonne heure compromis et l'ablation de l'organe ne met pas toujours à l'abri des récidives qui gagnent les parois osseuses de l'orbite et de la cavité crânienne.

Une ablation large et aussi précoce que possible peut seule empêcher la récidive. Il ne faut pas hésiter à sacrifier le globe de l'œil dès que la cornée est perforée.

Sarcome. - Méla>o-sarcome. — Comme l'épithélioma, le sarcome et le mélano-sarcome de la conjonctive sont souvent secondaires et succèdent à des tumeurs primitivement développées dans les paupières ou dans la choroïde.

Mais, à côté de ces faits qui ne méritent pas une description spéciale, viennent

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se ranger un certain nomljrrdobsenalions de mélano-sarcomes ayant pris naissance dans la conjonctive bulbaire. Ilorner [Klhmche Moiu(tsbl(itlci\ 1871, p. i) a décrit des sarcomes pédicules naissant de la conjonctive tarsienne. Bimsenstein (Du mélano-sarcome de la région anténeure et extérieure de Vœil. Thèse de Paris, 1879), Thon (Thèse de Paris, 1879) ont étudié ces tumeurs et Lag-range {Archives d'ophtalmologie, juillet et août 1884) leur a consacré un intéressant travail.

Nous avons observé un cas de sarcome mélanique de la conjonctive chez un

jeune garçon de dix-huit ans qui portait trois de ces tumeurs, dont deux implantées sur la conjonctive des culs-de-sac et la troisième sur la partie externe de la conjonctive bulbaire près du limbe de la cornée. Ce cas vient confirmer les conclusions du mémoire de Lagrange. Nous avons pu constater, comme Ta indiqué ce chirurgien, que la tumeur avait pris naissance sur la conjonctive, à l'union de la sclérotique et de la cornée, et, malgré l'apparente bénignité du cas, nous avons procédé à Fénucléation du globe de l'œil.

Les mélano-sarcomes conjonctivaux, attribués quelquefois à un traumatisme, semblent naître surtout au niveau des taches mélaniques congénitales qu'on observe chez certains sujets, taches distinctes des simples pigmentations de la sclérotique des individus très bruns.

De Wecker a vu ces tumeurs rester longtemps stationnaires, puis affecter brusquement une marche envahissante. Elles ont alors un pronostic très grave et récidivent après ablation.

Le pronostic des mélano-sarcomes pédicules analogues aux deux faits étudiés par Lagrange et à celui que nous avons observé, semble moins grave. Néanmoins il ne faut pas hésiter à sacrifier l'œil dès que le néoplasme a pris un certain développement.

FiG

Mélano-sarcome de la conjonctive.

(Warlomont.)

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