DES ACCIDENTS PROVOQUÉS PAR L'ÉRUPTION DE LA DENT DE SAGESSE
Bien que létude des maladies des dents ne rentre pas dans le plan de ce Traité, je ne puis passer sous silence les accidents provoqués par Véruption de la dent desaijess?. Leur fréquence, leur importance au point de vue chirure"ical obliçrent le chirurgien à les connaître.
Historique. — Ces accidents semblent avoir passé longtemps inaperçus. Les lésions des parties molles ont été mentionnées sommairement par Urbain Hémard en 1581 et par .John Hunter en 1771. Jourdain, en 1778. a entre^Ti les accidents osseux. Mais il faut arriver au mémoire de Toirac {Revue médicale. 18:28, t. I. p. 596) pour trouver des données précises sur la question.
A partir de cette époque, les observations se sont muItipKées, et, en 1878, j'ai pu, dans ma thèse d'agrégation (A. Hej-denreich, Des accidents provoqués par Véruption de la dent de sagesse. Thèse d'agrég., 1878), donner une description d'ensemble de ces accidents.
Pathogénie. — A l'époque de la vie où se fait l'éruption des dents de sagesse, les gencives ont acquis des qualités de solidité et de résistance, qui leur faisaient défaut pendant le jeune âge. Pour peu que cette résistance soit exagérée, il en résulte une difficulté dans l'éruption et des accidents avant pour point de départ l'irritation de la gencive. D'autres fois, la dent de saeesse est recouverte, en totalité ou dans sa partie postérieure seulement, par le repli muqueux qui réunit les deux maxillaires.
Ces obstacles, dus aux partie-:^ molles, limitent d'ordinaire à celles-ci leur action nuisible. Si les troubles, qui en résultent, peuvent se propager plus ou moins loin sur les muqueuses et avoir un retentissement ganglionnaire, il est rare qu'ils s'étendent aux os.
Mais les difficultés de l'éruption peuvent tenir également aux parties dures, c'est-à-dire à une disproportion entre le volume de la dent de sagesse et l'espace qu'elle est destinée à occuper. Cette disproportion reconnaît rarement pour cause un volume exagéré de la dent. Bien plus souvent, c'est- l'espace destiné à recevoir la dent qui est insuffisant.
Sur le maxillaire inférieur, cet espace est limité eu avant par la deuxième grosse molaire, en arrière par le bord antérieur de l'apophyse corono'ide. Or. au moment de l'éruption de la deuxième molaire, aucun intervalle n'existe entre cette dent et l'apophyse corono'ide; l'espace destiné à la troisième molaire ne
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lA. HEYDENREIGH.-\
se forme qu'ulléneurement, par un travail de résorption graduelle du Itord antérieur de l'apophyse coronoïde. Supposons que ce travail ne s'accomplisse pas d'une façon complète; la dent de sagesse, ne trouvant pas l'espace nécessaire pour accomplir son éruption, ne pourra pas gagner le bord alvéolaire. D'autres obstacles, dont l'importance est moindre, peuvent encore s'opposer à l'éruption de la dent de sagesse inférieure : je citerai le volume excessif de la deuxième molaire, la disposition de l'apophyse coronoïde à angle aigu par rapport au corps de la mâchoire, enfin le rapprochement des bords de l'alvéole de la dent de sagesse.
A la mâchoire supérieure, à part cette dernière disposition qui peut se rencontrer également, les conditions sont toutes différentes. Évidemment l'espace, situé entre la deuxième molaire et la partie la plus reculée du maxillaire supérieur, peut être insuffisant; mais il n'existe aucun obstacle analogue à l'apophyse coronoïde, et l'os oppose bien moins de résistance à la distension. On comprend donc que les accidents, dus à^l'éruption de la dent de sagesse, soient incomparablement plus fréquents à la mâchoire inférieure.
Ou 'arrive- t-il lorsqu'une dent de sagesse est arrêtée dans son éruption par le manque d'espace? Les racines continuant à croître, la pression s'exerce à la fois dans la direction du bord alvéolaire et du côté du corps de la mâchoire. Il en peut résulter des phénomènes inflammatoires des os, tantôt franchement aigus, tantôt à marche lente et sourde. Cependant il y a des sujets qui ne souffrent pas de ce travail, soit que l'os se laisse user peu à peu sans réaction violente, soit que l'accroissement de la dent se trouve arrêté, soit enfin que la couronne finisse par se faire jour dans une direction anormale.
Ainsi, à la mâchoire inférieure, on a vu la dent de sagesse se développer audessous du bord alvéolaire, ou s'élever en partie dans la branche montante du maxillaire, ou même occuper complètement la branche montante. Plus souvent la dent de sagesse prend une direction oblique et se dévie, principalement en avant, quelquefois en dehors, plus rarement en dedans ou en arrière. Dans les déviations en dehors ou en dedans, la dent de sagesse ne rencontre que des parties molles, d'un côté la joue, de l'autre la langue; les accidents qui peuvent survenir sont donc muqueux. Au contraire, dans les inclinaisons antéropostérieures, la dent est toujours plus ou moins entravée dans sa sortie, et l'on a à craindre des phénomènes inflammatoires dans le tissu osseux ambiant, à moins que les dents, situées en avant de la dent de sagesse déviée, ne se laissent repousser et ne chevauchent les unes sur les autres.
A la mâchoire supérieure, la troisième molaire peut également ne pas atteindre l'arcade alvéolaire, ou être repoussée dans la partie postérieure de la tubérosité sans perdre sa direction verticale. Quant aux déviations proprement dites de la dent de sagesse supérieure, la plus fréquente est l'inclinaison en dehors.
Il est à remarquer que les déviations de la dent de sagesse, à l'un et à l'autre des maxillaires, ne sont pas toujours explicables par l'insuffisance de l'espace réservé à la dent. On est obligé alors de faire intervenir une autre cause : le . développement primitif de la dent en un lieu anormal.
Une complication assez fréquente, qu'on ne saurait négliger, est la carie de la dent dont l'éruption rencontre des obstacles. Cette carie ne peut se produire qu'après que la dent a éraillé la membrane qui la coiffe; mais, à ce moment, elle est d'autant plus à craindre que les irrégularités de la gencive inégalement divisée forment une sorte de clapier, où s'accumulent des liquides putrides.