ACCIDENTS PROVOQUÉS PAR LA DEXT DE SAGESSE
Une carie, qui vient .s'ajouter aux oIj<tacles rencontrés par léruption. est de nature à agg:raver encore les accidents.
La théorie que je viens d'exposer est admise par la généralité des auteurs. Elle a été combattue récemment par Cornudet {De la dent de sagesse en général, et en particulier des accidents provoqués par son éruption. Thèse de Paris, 1886), dans un travail écrit sous l'inspiration de son maître Redier. Ces auteurs soutiennent que les accidents se déclarent quelquefois là où manifestement la place ne fait pas défaut; ils ajoutent qu'en général, lorsqu'un organe en voie d'évolution est soumis à une compression prolongée, il s'atrophie, et que les dents gênées dans leur éruption se dévient facilement sans provoquer d'accidents inflammatoires.
D'après Redier et Cornudet, les accidents sont dus, dans Vimmense majorité des cas, à une véritable infection putride locale. Ils font remarquer qu'à la mâchoire inférieure la fibro-muqueuse adhère faiblement à l'os: au moment où elle se laisse perforer par la dent de sagesse, cette muqueuse se décolle et forme un capuchon à la dent ; dès lors, les agents infectieux, qui abondent dans la bouche, trouvent sous ce capuchon des conditions favorables à leur développement. Or, Redier et Cornudet affirment que jamais ils n'ont vu les accidents éclater avant que la muqueuse eût été perforée en un point, quelque petit qu'il fût.
Cette infection locale, sur laquelle insistent Redier et Cornudet. joue effectivement un rôle dans les accidents qui accompagnent l'éruption de la dent de sagesse. Chassaignac avait insisté déjà sur ce genre d'infection, dont une conséquence possible était ce qu'il appelait la cachexie buccale. Mais pourquoi les accidents, si fréquents lors de l'éruption de la dent de sagesse, sont-ils si rares lors de l'éruption des autres dents? La cause de cette différence si tranchée réside, à mon avis, dans les conditions anatomiques. qui président à l'éruption de la dent de sagesse. Ces conditions, sur lesquelles j'ai longuement insisté, sont la cause première des accidents: c'est grâce à elles que l'infection trouve un terrain favorable à son développement.
Étiologie. — Les accidents provoqués par l'éruption d'une dent de sagesse sont d'une extrême fréquence, si Ton tient compte des manifestations même les plus légères. Mais les accidents plus sérieux ne sont pas très communs.
h'âge qui fournit le contingent le plus considérable est celui de vingt à vingtcinq ans. Les accidents deviennent ensuite de plus en plus rares jusqu'à trentesix ans. Au delà de cet âge. on n'observe plus que des cas isolés: un malade de Jourdain avait soixante ans. un malade de Richet avait soixante-six ans.
D'après mes relevés, le nomljre des hommes atteints est plus que le double de celui des femmes, et j'attribue cette particularité au prognathisme plus marqué de la femme.
De même, les races inférieures prognathes semblent être moins sujettes aux accidents d'éruption de la dent de sagesse que les races supérieures. L'espace réservé à la troisième molaire, dans les races prognathes, est considérable, et la dent elle-même est volumineuse. Les conditions opposées se rencontrent dans les races supérieures; ce qui a fait dire à Darwin que la dent de sagesse est, chez l'homme, un organe en décadence et qui tend à disparaître.
Les accidents sont au moins 10 fois plus fréquents à la mâchoire inférieure qu'à la mâchoire supérieure. Le côté gauche est plus souvent atteint que le
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côlé droit; ce que Reclus attribue à la longueur moindre du côté gauche du corps de la mâchoire inlerieure.
Nature des accidents. — Bien que les divers accidents, provoqués par réruption de la dent de sagesse, puissent se compliquer les uns les autres et se grouper de plusieurs façons, il importe, pour la clarté de la description, de faire des divisions.
Parmi ces accidents, il [en est qui sont franchement inflammatoires^ tandis que d'autres consistent dans des troubles du système nerveux. Les accidents inflammatoires, à leur tour, se divisent en accidents muqueux et accidents osseux^ suivant que la lésion initiale siège sur une muqueuse ou sur l'os.
Les accidents muqueux bénins sont d'une extrême fréquence. Le plus souvent, il ne s'agit que d'une légère irritation de la gencive., accompagnée d'une faible douleur et se calmant spontanément au bout de quelques jours ou de quelques semaines. D'autres fois, la gencive est rouge, enflammée; du pus se forme entre elle et la dent, et cet abcès s'ouvre dans la bouche. Des ulcérations se déclarent; on A'oit des lambeaux sphacélés et des bourgeons charnus baignant au milieu d'un liquide sanieux, qui s'accumule dans les anfractuosités. Parfois la muqueuse offre un repli, qui recouvre la partie postérieure de la dent : d'où la formation d'une sorte de cavité artificielle ouverte en avant et où s'accumulent des détritus de toute sorte; ces détritus sont, pour la couronne de la dent, une cause d'altération, expliquant la carie prématurée dont elle est si souvent atteinte.
Pour peu que ces phénomènes inflammatoires présentent quelque intensité, ils s'étendent aux parties voisines. C'est alors qu'on peut voir survenir, du côté malade, une amygdalite souvent très tenace. Ailleurs il s'agit d'une angine étendue aux piliers, au voile du palais, à la luette et même au pharynx, ou encore d'une stomatite; d'après Magitot et Gatelan, la. stomatite idcéro-membraneuse reconnaîtrait fréquemment une semblable origine. Une complication fréquente, et qui s'observe dans toutes les variétés d'accidents de la dent de sagesse, est une adénite., qui souvent passe à suppuration; elle occupe d'habitude les ganglions sous-maxillaires, parce cjue son point de départ ordinaire est la dent de sagesse inférieure. Enfin l'irritation partie de la gencive peut provoquer une fluxion., ou se propager au tissu osseux, ainsi qu'aux muscles élévateurs de la mâchoire; je me bornerai ici à mentionner ces dernières complications, sur lesquelles j'aurai à revenir.
Les accidents muqueux n'ont pas toujours leur point de départ à la gencive. Lorsqu'une dent de sagesse s'incline en dedans, on peut observer une ulcération de la langue, surtout si la couronne, par suite de carie, présente des aspérités. Quand la dent de sagesse se dévie en dehors, c'est une ulcération ou même une perforation de la joue qui est à craindre. Ces ulcérations ont une couleur gris sale, une forme irrégulière, des bords taillés à pic et un pourtour induré.
Les accidents osseux peuvent résulter de l'extension de l'inflammation des parties molles. Plus souvent ils éclatent d'emblée, par suite des obstacles que les parties dures opposent à la sortie de la dent de sagesse. On ne saurait dire si, comme on l'a prétendu, certains néoplasmes des maxillaires sont susceptibles de se développer sous l'influenrce de cette difficulté d'éruption. En tout cas, le doute n'est pas possible relativement aux accidents inflammatoires des mâchoires.
Dans une première forme, essentiellement chronique et limitée au voisinage