MALADIES DU CORPS VITRE
Outre ces complicalions qui dépendent de la diminution brustjue de la pression intra-oculaire, à la suite des iraumatismes accidentels, on doit craindre surtout la suppuration du corps vitré par pénétration de germes infectieux venus du dehors. Aussi devra-i-on laver soigneusement la plaie avec une solution hydrargyrique et faire, s'il est possible, la réunion des bords de la plaie scléroticale par la suture, pour éviter l'infection de l'œil.
Une compression sera exercée sur l'œil avec la ouate et une bande d'autant plus serrée que la perte du corps vitré aura été plus considérable.
Les corps étrangers qui pénètrent et séjournent dans le corps vitré sont habituellement des grains de plomb, des fragments métalliques, et des éclats de pierre ou de verre.
Gomme nous l'avons dit (voy. p. 67), Leber a établi que le verre et les métaux inoxydables ne déterminent pas de suppuration, s'ils n'étaient pas chargés de matières septiques au moment de leur pénétration. Ils subissent un enkystement dont Donders, dans ses expériences sur les lapins, a bien suivi les diverses phases. Il se forme, autour du corps étranger, des exsudais membraneux qui 1 ' cachent bientôt à l'observation directe. Entre le point où siège le corps étranger et les enveloppes de l'œil, se voient souvent des dépôts opaques qui forment à celui-ci comme des cordons d'attache et indiquent le trajet qu'il a parcouru primitivement.
La présence d'un corps étranger dans l'intérieur du corps vitré est toujours d'un pronostic grave. Outre les accidents immédiats, on voit parfois, à longue échéance, éclater des accidents inflammatoires qui entraînent la perte de l'œil atteint ou une ophtalmie sympathique de l'autre œil.
L'extraction doit donc être tentée, quand la situation du corps étranger est reconnue. Dans bien des cas, malheureusement, il est impossible de déterminer le point qu'il occupe. On arrivera quelquefois à soupçonner sa position en explorant avec un stylet boutonné la sensibilité de la sclérotique au voisinage de la plaie, à défaut d'une constatation directe de sa présence à travers la plaie elle-même.
S'il est visible dans les parties postérieures du corps vitré, à l'éclairage ophtalmoscopique, on fera une incision de la sclérotique, au-dessus et audessous du muscle droit externe et parallèlement à sa direction. Cette incision permettra d'aller à la recherche du corps étranger avec un crochet ou des pinces, en s'aidant autant que possible de l'examen avec l'ophtalmoscope. S'il s'agit d'une paillette de fer ou d'acier, le barreau aimanté, employé par Hirschberg et Galezowski, rendra des services.
Lorsqu'un corps étranger qui n'a pu être extrait, détermine des accidents inflammatoires, il ne faut pas hésiter à faire l'énucléation de l'œil.
INFLAMMATION — HYALITIS
Il n'est pas douteux que le corps vitré soit susceptible de s'enflammer. La seule question encore discutée est de savoir si les phénomènes inflammatoires
qui se passent dans son intérieur résultent des modifications des cellules propres qui le constituent, ou proviennent de la transformation des éléments immio-rés. Les travaux de Pagenstecher tendent à faire admettre que les leucocytes provenant par diapédèse des membranes vasculaires de l'œil, font seuls les frais du processus inflammatoire et que le corps vitré ne joue qu'un rôle passif.
L'inflammation du corps vitré a reçu le nom de hyalitis ou hi/a/ili'. Elle se traduit tantôt par la formation d'opacités plus ou moins étendues, et susceptibles darriver à une véritable organisation en tissu cellulaire {hyalite condcnmnte). tantôt par la formation rapide de pus {hijalite siippurotive). Il se peut qu'il existe une forme dhyalite purement séreuse, mais son existence n'est pas démontrée.
Les expériences de Donders. qui a introduit, sur des lapins, des frao-ments de caoutchouc dans Tintérieur du corps vitré, ont montré qu'il se développe très rapidement autour du corps étranger des opacités, sous formes de fdaments et de membranes. Ces dépôts membraneux l'enkysient complètement et arrivent à s'organiser. A la longue, ils se transforment en véritable tissu cellulaire, et s'ils occupent une grande étendue dans le corps vitré, la rétraction cicatricielle de la masse peut produire un décollement de la membrane hyaloïde ou de la rétine.
On a pu suivre chez Ihomme. à laide de lophtalmoscope, ce travail denkystement et d'organisation autour d'un corps étranger.
Plus fréquemment, l'introduction de germes septiques par la plaie, détermine la suppuration du corps vitré. Les signes de cette hyalite suppurative se confondent tout à fait avec ceux de l'irido-choro'idite suppurative. et nous renvovons au chapitre dans lequel nous traitons de cette dernière (voy. p. 250).