CANCER DE L ŒIL
Bien qu'à propos des affections de la conjonctive, de la choroïde et de la rétine, les tumeurs malignes naissant de ces membranes aient été déjà décrites, nous pensons devoir présenter quekiues considérations sur ce qu'on désignait autrefois sous le nom de cancer de l'œil sans attacher à cette expression l'idée d'une localisation anatomique spéciale.
Les tumeurs malignes doivent être distinguées suivant qu'elles naissent du segment antérieur de l'œil ou du segment postérieur. Les premières sont d"emblée appréciables à certains signes extérieurs ; les secondes ne se révèlent que tardivement.
a. Tumeurs de l'hémisphère antérieur. — Nous avons vu que le cancer primitif de la cornée était extrêmement rare. On en cite un fait douteux de Stelhvag von Carion, et Galezowski en a publié un avec examen de Cornil et Ranvier. Lagrange {Arch. d'ophtalm., juillet 1884) et Panas admettent que le développement du cancer dans cette région a toujours lieu aux dépens de la conjonctive, sous forme d'éjoithélioma et de mélano-sarcome. Le mélanosarcome de la conjonctive naît habituellement au voisinage du limbe sclérocornéen, quelquefois au niveau des culs-de-sac; il offre cette particularité de présenter souvent un pédicule. La tumeur s'étale quelquefois au-devant de la cornée, et il faut la déplacer avec un stylet pour constater qu'elle n'est pas
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implantée sur celle membrane. Ces tumeurs cnvaliissent la sclérotique et, si elles ne sont pas enlevées à temps ou si elles récidivent, elles arrivent à perforer l'œil et à envahir les parties voisines de l'orbite.
L'iris, comme la cornée, n'est le siège primitif de tumeurs malignes que dans des cas tout à fait exceptionnels.
/;. Tumeurs de l'hémispuère postérieur. — Elles se développent aux dépens de la choroïde, de la rétine ou du nerf optique. Les tumeurs de la choroïde précédemment étudiées sont presque toujours des sarcomes, en particulier des mélano-sarcomes; elles se voient surtout chez l'adulte. Les tumeurs de la rétine sont presque toujours des gliomes, et on ne les observe guère que chez les enfants.
Ces tumeurs, au début, ne sont pas appréciables extérieurement. Au point de vue de la marche, on peut y distinguer trois périodes : dans la première, la tumeur prend naissance au fond de l'œil et ne se manifeste que par des troubles fonctionnels de la vision; dans la seconde, elle donne lieu à des signes d'irritation glaucomateuse et déforme déjà le segment antérieur de l'œil; dans la troisième, elle apparaît au dehors par rupture des enveloppes.
A ces trois périodes on en ajoute quelquefois une quatrième : c'est celle de la généralisation de la tumeur et de l'apparition de néoplasmes secondaires.
L'évolution de ces tumeurs est généralement assez rapide. Brière, analysant 50 cas de tumeurs sarcomateuses, a trouvé comme durée une moyenne de deux à trois ans. La marche du gliome de la rétine, propre aux enfants, est plus rapide.
Pour le diagnostic, nous renvoyons à ce que nous avons dit à propos des tumeurs de la choroïde et de la rétine.
Nous indiquerons seulement ici les caractères les plus importants qui permettent de reconnaître l'existence d'une tumeur maligne d'origine intra-oculaire. A la première jjériode on constate des troubles fonctionnels, consistant surtout dans des lacunes plus ou moins étendues du champ visuel. Béer a indiqué aussi l'apparence particulière que présente la pupille. Elle a un reflet bleuâtre ou verdâtre qu'il désignait sous le nom d'œil de chat amaurotique. Cette apparence dépend en général d'une projection de la rétine soulevée par la tumeur. On observe souvent aussi, dès cette période, quelques varicosités des veines sous-conjonctivales , dénotant un embarras de la circulation des membranes profondes. L'ophtalmoscope permet de reconnaître l'existence d'une saillie plus ou moins volumineuse généralement jaunâtre. La présence d'une vascularisation propre de cette saillie, sur laquelle ont insisté Becker, Sichel, Brière, permet de distinguer la tumeur du simple décollement rétinien.
La seconde période est caractérisée par l'augmentation de la tension intraoculaire avec les phénomènes glaucomateux qu'elle entraîne, les douleurs ciliaires, l'injection périkératique, la diminution considérable de l'acuité visuelle. L'iris est propulsé en avant, la pupille dilatée ; la cornée insensible a perdu en partie sa transparence; le cristallin est opacifié et présente une teinte grisverdâtre particulière. Bientôt la cécité est complète. En même temps se manifestent de véritables accès douloureux de glaucome aigu, qui ne cessent que lorsque la tumeur a perforé la coque oculaire.
Avant la troisième période ou période d'apparition de la tumeur à l'extérieur, une certaine déformation du segment antérieur de l'œil permettait le plus