‹ Traité de chirurgie publié sous la direction de Simon Duplay [et] Paul ReclusChapitre 62 sur 260 · CHAPITRE XII AMAUROSES ET AMBLYOPIES · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII AMAUROSES ET AMBLYOPIES

R. LiEBREiCH, art. Amaurose et Amblyopie du Dict. de méd. et de rhir. prat., t. I, p. 785 et 791. FoLLix, Dict. encyrl. des se. méd., l'" série, t. III, p. 517 et 548. — Traités généraux de Abadie, Galezowski, Ed. Meyer, D.- Wëcker et Landolt, Fucus, Pa\.^.s, Nimier et Despa- GNET, Truc et V.alude.

Les anciens ophtalmologistes désignaient par le mot cV amaurose la cécité ou l'affaiblissement considérable de la vision que n'explique aucun obstacle à l'accès des rayons lumineux sur la rétine. Toutes les lésions de la rétine, de la choroïde et du nerf optique, qui se traduisent par des troubles fonctionnels très accusés, rentraient pour eux dans la catégorie des amauroses.

Bien que l'ophtalmoscope, en nous éclairant sur l'existence et la nature de ces lésions, ait beaucoup réduit la classe des amauroses, le mot cependant doit être conservé et s'applique encore aux cas dans lesquels la vision est profondément troublée sans que nous puissions rattacher ce trouble à une lésion déterminée.

L'amaurose est complète, absolue, si le malade ne distingue pas la lumière des ténèbres et a perdu toute sensation lumineuse. L'amaurose est incomplète s'il y a perception quantitative de la lumière. Le sujet, dans une chambre éclairée, reconnaît encore la situation de la fenêtre; il indique le moment oii la main du chirurgien, passant devant son œil, intercepte les rayons lumineux; mais il ne distingue aucune forme' et est hors d'état de se conduire.

Vamblyopie est cet état moins grave, dans lequel la vision est seulement

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très diminuée. La forme des objets volumineux e.sl encore perçue: le patient

pont ?c ronduiro Ini-nif^mo. mni-ilc>t inrapnlilc de so livror à un travail quelque peu niipliqiKUit .

Dans lamblyopie. comnic dan- 1 amaurose. les lésions ophtalmoscopiques font défaut. A mesure cependaul que les moyens dinAestigation se perfectionnent on arrive à reconnaître certaines altérations de la papille qui précèdent le plus souvent une atropiiie du uovï optique

Dans ce chapitre, nous i\''uni>>ons un cerlaiu nuiubii' d'all'eclions assez dissemblables, se traduisant par un alTaildissement de la vision et rentrant plus ou moins dans la (dasso des amblyopies. De ces atïections les unes sont caractérisées par la perle de la vision, dans une partie seulement du champ visuel {hémiopie). les autres par une diminution du sens lumineux (héméralopie. itifctalopie). d'autres enfin parTaltération du sens des couleurs {dyschromatopsié). A côté de ces formes bien tranchées viennent se ranger toute une série d"amblyopies dans lesquelles le sens lumineux et le sens chromatique sont plus ou moins atteints simultanément (ainblyopie< proprement dites).

Nous donnerons une description succincte de ces dilTérentes affections el nous terminerons en indii[Hant h'- mcivens propres à faire reconnaître la simu- Jtiiion de l'a ni au rose.

HÉMIOPIE

h'hémiopie ou liémionopsie se traduit par la suppression de la vision pour une moitié du champ visuel binoculaire. Elle se produit quelquefois dans un seul œil et résulte alors de causes variables telles qu'un décollement rétinien. Xous ne parlerons ici que de Thémiopie portant sur les deux yeux et se rattachant à une lésion de rappareil nerveux.

L'hémiopie est dite latérale ou homonyme, lorsqu'elle affecte la moitié droite ou la moitié gauche du champ visuel binoculaire. Dans ce cas. elle résulte de l'anesthésie des deux moitiés opposées de chaque rétine.

L'hémiopie peut aussi être externe ou temporale, et interne ou nasale. Toutefois cette dernière est extrêmement rare.

Les cas dans lesquels l'hémiopie porte sur la moitié supérieure ou inférieure du champ visuel sont tout à fait exceptionnels. Nous nous contenterons de les mentionner.

Pour comprendre le mécanisme de lliémiopie. il faut se rappeler la manière dont se produit la décussation des nerfs optiques, en se raportant à la figure que nous reproduisons (fig. 155).

On voit que la bandelette droite s'épanouit dans la moitié externe de l'œil droit et dans la moitié interne de l'œil gauche. La bandelette gauche a une dis- Iribution inverse. Toute lésion portant sur la bandelette en arrière du chiasma pourra donc produire une anesthésie homonyme. Une lésion portant sur la partie moyenne du chiasma déterminera une anesthésie de la moitié interne des deux rétines (Jiémiojjie temporale). Pour qu'une hémiopie interne ou nasale se produise, il faut que le chiasma ou les bandelettes optiques soient atteints

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symétriquomont par une double lésion siégeant sur leur partie exierne, condition qui se réalise rarement.

Mandelslamm, il est vrai {Ueber Sehnervenkreuzung laid Ilemiopie. Ai-cJt. f. Opht., 1875, Bd. XIX, Abt. 2, p. 59-58), a combattu la doctrine de la semidécussation complète. Mais son opinion n'a pas prévalu généralement et le professeur Charcot a montré {Leço)is sur les localisatioits dans les maladies du cerveau. Paris, 1876) que Thypothèse de la semi-décussation permettait d'expliquer tous les faits d'hémiopie. Pour lui, Fhémiopie résulterait de lésions

portant sur le chiasma ou les bandelettes optiques. Il n'admet pas que les lésions centrales en foyer produisent autre chose qu'une arnblyopie croisée, se manifestant sur un seul œil, du côté opposé à la lésion. De Graefe, au contraire, a soutenu que lorsqu'il existe une lésion centrale, telle qu'une hémorragie cérébrale ou un foyer de ramollissement, il n'y a jamais de cécité d'un des yeux sans participation de l'œil du côté opposé.

FiG. 155. — Décussation des bandelettes t^ t,i • • i 7-71

optiques. Dans 1 hémiopie homonyme ou latérale, la

ligne de démarcation entre la partie atteinte

et la partie conservée du champ visuel est verticale et passe en dehors de la

macula; il en résulte que l'acuité visuelle n'est pas atteinte ou n'est que peu

affaiblie. Elle ne descend pas au-dessous de 1/5 ou 1/2. Mais toute une moitié

du champ visuel est supprimée pour le patient. Il ne voit plus les objets situés

à sa gauche ou à sa droite. Lorsque la suppression de la vision porte sur la

moitié droite, l'orientation est plus gênée; la lecture devient plus difficile.

Le sens chromatique reste intact dans la partie conservée du champ visuel.

Dans quelques cas, l'hémiopie ne présente pas une limite verticale nette ; le champ visuel n'est aboli que suivant un secteur plus ou moins étendu.

L'hémiopie externe ou temporale est produite par l'anesthésie de la moitié interne de chacune des deux rétines. Le champ visuel est supprimé à gauche et à droite pour le patient, mais il est conservé dans la partie médiane.

Dans l'hémiopie interne ou nasale, tout à fait exceptionnelle et dont lexistence même a été contestée, la lacune occupe la partie médiane du champ visuel, par suite de l'anesthésie de la moitié externe des deux rétines. Les parties latérales droite et gauche du champ visuel sont respectées.

Généralement, le début de l'hémiopie est brusque. Dans l'hémiopie homonyme ou latérale, la lacune du champ visuel reste habituellement stationnaire, et l'acuité visuelle est encore bonne.

L'ophtalmoscope ne montre pas de lésions appréciables. De Graefe cependant dit avoir constaté l'hémiatrophie des papilles.

Dans l'hémiopie temporale, l'acuité visuelle est toujours assez profondément atteinte et la lacune du champ visuel tend à progresser. Cette forme d'hémiopie comporte un pronostic beaucoup plus grave que la précédente. Elle aboutit souvent à une cécité complète par atrophie des nerfs optiques.

D'autre part, si l'hémiopie latérale homonyme a un pronostic relativement favorable, en ce sens qu'elle reste le plus souvent stationnaire, il faut savoir qu'elle guérit rarement.

iii:Miopir:. sis

lIÉMlnl'Il-: Ti:Mr()PxAiniï. — scotome snxr/LLAXT

Colle l'orme (Ihémioitie dilIV-i-e de celles doiil nous venons de parler parce qu'elle n'est que temporaire, revenanl par accès, et qu'elle s'accompagne de sensations lumineuses dans la moilié correspondante du champ visuel.

L'hémiopie lemporaire, appelée aussi scotome sriiitilla)it, irisohjie a été bien décrite par Dianoux (Thèse de doctoral. Paris, 1875).

Le scotome scintillant résulte de troubles vaseulaircs portant sur les bandelettes optiques ou les hémisphères cérélu'aux. Dianoux admet qu'il se produit une anémie lemporaire par conslriclion des vaisseaux sous l'action des nerfs vaso-moteurs.

Le scotome scintillant airecte les deux yeux, sous forme d'une anesthésie rétinienne Jiomonynie. Il occupe par conséquent la moilié droite ou la moitié gauche du champ visuel binoculaire.

Le début est brusque. Un nuage se forme dans l'une des moitiés du champ visuel et s'étend du centre vers la périphérie. Dans cette dernière région, il se termine par un bord dentelé, en demi-cercle. C'est en ce point que se produisent les vibrations lumineuses, le scintillement caractéristique. Javal a présenté à la Société (T ophtalmologie de Paris de curieuses images, œuvre d'un peintre bien connu, reproduisant toutes les apparences que prennent les sensations lumineuses subjectives c{ui, chez cet artiste, accompagnent le scotome scintillant.

Les accès reviennent d'une façon très irrégulière, sans que rien permette d'en prévoir le retour. Souvent séparés par un intervalle de plusieurs mois, de plusieurs semaines, ils ne se reproduisent presque jamais plusieurs fois dans la même journée. Leur durée est assez courte, un quart d'heure environ.

Aucune modification ophtalmoscopique n'est appréciable au moment de l'accès. Le point de fixation est ordinairement en dehors du scotome et la vision se rétablit de la périphérie vers le centre.

Le scotome scintillant s'accompagne quelquefois de maux de tête, d'une aphasie momentanée et même de quelques vertiges ou de fourmillements dans les membres, mais la vision reste intacte en dehors des accès. Le pronostic n'est donc pas grave.

Dans quelques cas, tous les phénomènes que nous venons d'indiquer se produisent, mais les sensations lumineuses subjectives manquent. Ces cas doivent être rapprochés de la migraine ophtalmique décrite par Piorry et que Charcot et Féré ont de nouveau étudiée.

Les accès de migraine ophtalmicjue s'observent surtout chez les femmes nerveuses. Le début est brusque, sans périodicité: il y a hémiopie passagère, puis vomissements et douleurs dans toute une moitié du crâne. L'accès dure de douze à vingt-quatre heures.

Le traitement du scotome scintillant consiste dans l'emploi de l'hydrothérapie et l'administration des toniques et des ferrugineux. On prescrit aussi le bromure de potassium, l'antipyrine et le sulfate de quinine. Dans quelques cas, on a remarqué qu'une petite quantité de liquide alcoolique prise au début de l'accès le faisait avorter. L'impression de l'air froid, la position déclive de la tête ont quelquefois produit le même effet.

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