‹ Traité de chirurgie publié sous la direction de Simon Duplay [et] Paul ReclusChapitre 65 sur 260 · DE LA SIMULATION DE L'AMAUROSE · texte numérisé non relu

DE LA SIMULATION DE L'AMAUROSE

Il importe de savoir déjouer la simulation dont se rendent coupables certains individus, dans un but intéressé, le plus souvient pour tenter d'échapper au service militaire. Quelques femmes hystériques cherchent aussi à tromper le chirrurgien pour se rendre intéressantes.

La simulation de l'amaurose double est celle qu'il est le plus difficile de reconnaître. Cependant, en l'absence de toute lésion du fond de l'œil, si les pupilles réagissent normalement à l'action de la lumière quand on fait agir celle-ci simultanément ou isolément sur chacun des yeux, la simulation est probable. Mais le plus ordinairement elle ne pourra être rendue évidente que par une observation attentive du sujet, prolongée pendant un temps souvent fort long. On arrivera, à un moment donné, à le prendre en défaut, lorsqu'il ne se croira pas surveillé.

Il y a plusieurs moyens pour déjouer la simulation lorsque l'amaurose n'existe, au dire du sujet, que pour un seul œil.

Les principaux moyens consistent dans l'emploi des prismes et du stéréoscope ; que nous mentionnons seulement, et dans celui des tableaux de Stilling, dont nous dirons quelques mots.

Les tableaux de Stilling portent, comme les tableaux optométriques de Snellen, des lettres de grandeur décroissante, mais ces lettres sont vertes ou rouges sur un fond noir.

Le sujet à examiner déclarant ne pas voir de l'œil droit, par exemple, alors que la vision est conservée du côté gauche, est placé à quelques mètres du tableau dont les lettres sont en rouge. Sous prétexte de constater d'abord l'état de la vision du côté sain, c'est-à-dire de l'œil gauche, on place dans la monture d'essai un verre vert au-devant de l'œil gauche et un verre rouge au-devant de l'œil droit. Si le patient lit les lettres du tableau, la simulation est certaine, car le verre vert a supprimé totalement pour l'œil sain la vision des caractères rouges qui n'ont pu être reconnus que par l'œil droit prétendu amaurotique. Si les caractères les plus fins ont été lus sans hésiter à 5 mètres, on a en outre la preuve que l'acuité est normale pour l'œil droit.

Il faut avoir, au préalable, constaté par soi-même que, dans les conditions d'éclairage où l'on a placé le sujet, les verres colorés neutralisent complètement la couleur des caractères.

On peut varier lépreuve de plusieurs façons, comme l'a indiqué Bravais, en traçant par exemple des caractères rouges et noirs sur un fond blanc. Si, sur un carton blanc, on trace en rouge une ligne de caractères et en noir une ligne au-dessous de la première, l'œil sain, à travers un verre rouge, ne pourra lire

[£. DELENS.}

que la ligne de caraclères noirs; l'œil prélendu amauroliqiie, avec un verre vert, lira les deux lignes qui lui paraîtront toutes deux noires. Donc si le sujet, ayant un verre rouge au-devant de l'œil sain et un verre vert devant l'œil soidisant aveugle, lit les deux lignes, c'est qu'il simule l'amaurose.

Au lieu d'écrire deux lignes de couleurs ditïérentes, on peut tracer un mol dont les lettres sont alternativement rouges et noires. Certains mots sont composés de telle sorte, que les lettres rouges forment un sens et que les lettres noires en forment un autre. Tel est le mot ABLATION, qui donne ALTO ou BAIN, suivant que les lettres d'ordre pair ou impair sont seules perçues.

Pour l'étude complète des moyens de déjouer la simulation de l'amaurose, on consultera avec fruit le travail de S. Baudry [Siiniilation de l'amaurose et de l'amblyopie. Des principaux moyens de la dévoiler. Paris et Lille, 1889).

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