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POLYPES ET TUMEURS BÉNIGNES DE L'URÈTHRE

I' Polypes de l'urèthre. — Après avoir, sous la forme de « carnosités », de a caroncules », dominé et égaré jusqu'au dernier siècle l'histoire des obstructions uréthrales, les polypes — grandeur et décadence des doctrines — ont été à peu près rayés de ce chapitre. Ils méritent cependant mieux que la brève mention que leur accordent à peine la plupart des classiques. Deux ordres de recherches sont venus tout récemment, qui leur ont apporté un regain d'actualité : d'une part, les examens anatomo-pathologiques qui nous montrent, en amont et au niveau du rétrécissement, les végétations papillaires du chorion de la muqueuse pouvant aboutir à la formation de saillies polypeuses; d'autre part, l'endoscopie uréthrale, qui nous a révélé l'existence, plus fréquente qu'on ne pensait, dans les urèlhres blennorragiques de vieille date, de petites tumeurs granulant, friables, d'un rouge vif, richement vascularisées, se présentant parfois, nous dit Léopold Dittel ('), sous la forme de menues papilles juxtaposées, parfois sous l'aspect de végétations dendritiques, nées d'un tronc plus épais, terminées en massue et rappelant le cancer villeux à touffes de la vessie.

Le terme de polype convient-il exactement à ces productions? Voillemier(-) le

(') Leopold Dittel, Die Stricluren der Harnrohre. Deutsche Chirurgie de Billrolli et Lûclic. Lief. 49. — Carunkeln. Pupillome und Polypen der Harnrohre, 1880, p. 198. (-) N'oiLLEMiEn, Traité des maladies des voies urinaires, t. I. et Maladies de l'urèthre, p. 537.

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conteste; il est vrai qu'il prétend n'avoir rencontré dans l'urèthre que des « granulations blanchâtres, dures, irrégulières, restes de brides fibreuses déchirées ou rétractées, ou de petites tumeurs très justement comparées aux bourgeons charnus des plaies ». C'est d'autres espèces cliniques, moins exceptionnelles, qu'il s'agit; elles consistent, suivant la description de Dittel, « en un stroma conjonctif, issu du tissu sous-muqueux, qui se porte vers la lumière du canal; il est riche en vaisseaux sanguins et recouvert d'un épithélium analogue à celui de la muqueuse uréthrale ». Les observations de Linhart(^) confirment en tous points ces données anatomo-pathologiques.

Chez l'homme, ces végétations intra-uréthrales sont assurément rares. Une observation de Thompson est reproduite à peu près partout; Voillemier et Cirt"ienield(-) la citent. 11 existe dans le musée de Ginfs Hospital, sous le n^^ili, une pièce présentant, à l'union des régions prostatique et membraneuse, « une tumeur pédiculée ayant 9 lignes de long sur A de large ». Thompson la considère comme un des plus nets exemples de polypes, ^'oillemier reste sceptique à cet égard, devant une description contradictoire de Pro, qui parle d'une languette large à base adhérente. Pour voir jusqu'à quel point on peut se faire illusion, continue Voillemier, il est bon de lire l'ouvrage publié sur ce sujet par Nicod. « Cet ancien chirurgien de l'hôpital Beaujon croyait trouver des polypes dans presque tous les cas de rétrécissements; il les attaquait par le nitrate d'argent et, quand des lambeaux de tissus sphacélés, résultant de ses cautérisations fréquentes et profondes, s'échappaient de l'urèthre, il affirmait, sans autre preuve, qu'ils étaient des débris de polypes. » Sur 56 observations, il n'avait pu montrer le 5 novembre 1854, à la Commission du prix Monthyon, qu'un cas de polype diagnostiqué pendant la vie. Mais cet exemple unique est lui-même contesté; Linhart n'y voit qu' « une valvule prostatique hypérémiée par les cautérisations » ; et Voillemier croit aussi qu'il s'agissait là d'une tumeur de la prostate.

Le polype urélhral n'est pas. néanmoins, une création d'anatomie fantaisiste, comme l'estimait Leydel; Griienfeld en rappelle quelques faits avérés. A l'autopsie d'un homme mort d'ischurie, Roger trouva, dans l'urèthre dilaté, depuis le méat externe jusqu'au bulbe, une muqueuse présentant des « houppes » de la grosseur d'une tète d'épingle à un petit pois. Gallez a extrait une masse grisâtre, globuleuse, de la consistance d'un polype nasal, qui s'était engagée dans l'œil du cathéter. Beyram et Genaudet ont observé des cas analogues. L'observation autopsique de Linhart est intéressante : Sur la paroi droite du canal se trouvaient deux petites tumeurs oblongues, plates, d'un rouge sombre, semblables à des granuialions, mais que l'examen histologique montra formées d'un stroma conjonctif vêtu d'épithélium; un peu plus loin, aux environs du bulbe, deux masses menues, aplaties, grosses comme des lentilles, très vasculaires, s'appendaient par un pied grêle à la paroi supérieure. Gruenfeld prétend qu'il en existe des exemples au musée Dupuytren, et qu'on peut en voir quatre préparations dans le Muséum anatomo-pathologique de Vienne.

On s'explique, d'ailleurs, que la difficulté du diagnostic sur le vivant ait. jusqu'à présent, contribué à faire aux polypes uréthraux cette réputation de lésions exceptionnelles. Passe encore pour les papillomes de la fosse naviculaire qui peuvent apparaître à travers les lèvres écartées du méat : une semblable

(*) Linhart, Cliinii-(/ische Beobarhtungen. Warz-bnrgcr med. Zeitsclirifl, 186". (-) Grienfeld. Die Endoscopie dcr Hnrnrohre und Dlafie. Dculsrhe Chirurgie de Bil'rolh et Liickc, Lief. LI, Polypen dcr Hanirolirc, p. 179.

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