‹ Traité de chirurgie (volume 2)Chapitre 108 sur 166 · TUMEURS DE L'URÉTHRE ET DU MÉAT CHEZ LA FEMME · texte numérisé non relu

TUMEURS DE L'URÉTHRE ET DU MÉAT CHEZ LA FEMME

A l'intérieur de l'urèthre de la femme, ou au dehors de son méat, on peut voir des tumeurs qui sont de trois ordres. Tantôt il s'agit de vraies tumeurs nées dans le canal ou venues des parties juxta-cervicales de la vessie. Tantôt on a affaire à un prolapsus de la muqueuse uréthrale, par l'orifice du méat. Très rarement il s'agit d'une hernie de la vessie, soit sous la forme exceptionnelle d'une inversion de l'organe portant sur ses trois tuniques, soit sous le type, incontestable maintenant, d'une simple hernie de sa muqueuse.

i' Néoplasmes uréthraux. — Aux dépens du tissu conjonctif peuvent se former des tumeurs solides, notées comme des fibromes par Neudôrfer, Mettenheimer et Hennig. Beigel a décrit un beau cas de sarcome de l'urèthre; le même auteur a signalé, sous le nom de myxo-adénome, un néoplasme formé de tissu myxomateux entourant des glandes dégénérées. Le carcinome de l'urèthre est le plus souvent secondaire : on a noté quelques cas de cancer péri-uréthral ; Winckel a décrit deux cas très rares de cancer primitif du canal.

Richet, dans ses cliniques, a attiré l'attention sur les végétations hémorrhoïdales de l'urèthre de la femme, « affection peu connue, déclare-t-il, et ordinairement confondue avec les polypes du canal ». Ce seraient de vraies « hémorrhoïdes uréthrales » dont le développement se rattacherait à la gêne de la circulation veineuse : rétention habituelle, antéflexion utérine, grossesse. Arrivées à un certain degré, elles s'ulcèrent : alors apparaissent des douleurs vives, exaspérées par le contact de l'urine, entraînant une contraction spasmodique du sphincter; des hémorragies spontanées peuvent apparaître ; l'introduction de la sonde fait souvent saigner le canal. A l'orifice du méat, on peut apercevoir des végétations en légère saillie ou une partie de la masse procidente; le doigt porté sur la paroi supérieure du vagin et promené d'avant en arrière trouve un cylindre tuméfié qui répond au canal. Le traitement par la dilatation forcée, avec les mandrins d'Hégar ou avec le dilatateur préputial de Thibault, est le meilleur moyen d'apaiser les douleurs, en forçant le sphincter contracture, comme on l'observe pour les hémorrhoïdes anales ulcérées; on y doit joindre l'excision partielle des replis muqucux vasculaires, sous la forme de deux ou trois bandes muqueuses enlevées parallèlement à l'axe uréthral. Ces végétations hémorrhoïdales nous paraissent exister réellement, et nous venons d'en observer un cas conforme à la description de Richet : elles se combinent au prolapsus de la muqueuse, dont elles ne sont qu'une forme compliquée. La richesse des plexus veineux de la région explique bien ces formations qui vont parfois jusqu'à la production de véritables angiomes veineux, ainsi qu'il ressort des faits de Clarke, Aschburner, Rigby, Laugier.

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86i TUMEURS DE L'URÈTIIRE.

Les tumeurs les i)Ius IVéquenles sont des végétations papillaires dont le type anatomique est variable. « La tumeur a-t-elle une surface lisse et une base large, nous dit von Antal, elle répond à ce que Hunter avait dénommé carunciila; offre-t-elle un pédicule, c'est un polype ; se recouvre-t-elle de villosités, elle prend l'aspect et le nom de papillome ; les vaisseaux sanguins présentent-ils un grand développement, cela peut s'appeler un angiome. » Or, ce dernier caractère est très fréquemment observé : Winckel décrit ces tumeurs comme des angiomes polypeux papillaires. Simon avait insisté sur l'abondance des vaisseaux; Wedl les a comparés aux vasa vorticosa de la choroïde; Virchow a noté ces télangiectasies. La surface de ces tumeurs est recouverte d'un épithélium plat; mais Verneuil a signalé, dans un cas, un revêtement d'épithélium cylindrique.

Le nombre de ces végétations est variable. On peut en rencontrer plusieurs dans le canal; parfois elles l'occupent dans toute sa longueur; mais souvent, comme l'indique Voillemier, il n'y en a qu'une, implantée plus ou moins près du col et presque toujours sur la paroi inférieure. Huguier attribuait ce siège de prédilection à l'hyperlropliie fréquente de la petite crête raphéale dont Jarjavay a signalé la grande vascularité. Tant que la masse végète dans le canal, sa croissance est lente; mais, avant d'apparaître au dehors, elle peut remplir l'urèthre d'une tumeur volumineuse, formant parfois « cordon mollasse, gros comme une sonde ». Velpeau fut appelé chez une dame qui souffrait de l'urèthre depuis longtemps, éprouvait des pesanteurs au bas-fond de la vessie, au rectum, à la matrice; la malade avait dans le canal une tumeur du volume d'un œuf, consistante, d'un rouge livide, ayant énormément dilaté l'urèthre. Forget cite un cas où la tumeur était du volume d'une noix, rouge violacé, douloureuse, assise par une large base dans l'épaisseur de la muqueuse. Quand elle est sortie de l'urèthre, la masse, décomprimée, s'épanouit à la manière ordinaire des végétations; elle s'accroît par pullulation papillaire de voisinage et élargissement progressif de sa base; elle peut rapidement border et masquer le méat d'un champignon exubérant, à la surface inégale multilobée et granuleuse, bientôt suintant et exulcéré.

La symptomatologie peut rester obscure au début : la femme « pisse fourchu », comme disait Paré, a un jet dévié, éprouve quelques cuissons à la miction; elle attribue ces accidents à un « échauffement dans les parties » et s'en inquiète peu. Mais, à la longue, les mictions fréquentes et douloureuses, le ténesme et le suintement sanguin qui accompagnent les dernières gouttes sollicitent plus vivement son attention. C'est à ce moment que le chirurgien sera généralement consulté; la banalité des symptômes qui simulent une sténose, une cystite ou un corps étranger, l'engagent à faire le cathélérisme : la sonde ne passe pas ou ne s'introduit que douloureusement. Si, dans les environs, il observe le développement de végétations, c'est déjà pour lui un avertissement; parfois, le méat est entre-bâillé par la tumeur, et il est possible de l'apercevoir sous la forme d'une saillie rougeâtre, à surface lisse. Si la masse est encore intra-uréthrale, palpez l'urèthre par sa paroi inférieure, pour en apprécier le volume, la souplesse et la sensibilité. Si vous avez trouvé sur son trajet un point particulièrement dur ou douloureux, recourez à la manœuvre recommandée par Voillemier ; pressez doucement et sur les côtés avec les doigts, en arrière de la partie renflée, pour faire saillir la végétation entre les lèvres du méat. Quand cet expédient ne réussit point, explorez le canal en le dilatant

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