ANOIiCHWlE
On nomme anorcJtulie l'absence des deux glandes spermatiques ou seulement de l'une, ou même d'une portion quelconque de l'appareil séminal : testicule, testicule et épididyme, épididyme, canal déférent, vésicule correspondante.
Mais une confusion peut se produire. D'abord il est des cas où la glande existe, si petite, pourtant, qu'elle paraît absente : ce n'est pas une anorchidie, c'est une atrophie simple. Parfois encore, elle reste cachée dans le ventre, et ici l'embarras devient gi^and, car aucun signe ne permet d'affirmer ou l'anorchidie ou la cryplorchidie simple. L'autopsie seule lèverait les doutes. Godard pensait que l'anorchide se révèle par les attributs du féminisme, l'infécondité et l'impuissance, tandis que le cryptorchide reste puissant; il peut avoir des rapports sexuels et même éjaculer une semence privée de spermatozoïdes. ^Mais cette assertion est inexacte; fùt-elle certaine, elle ne s'appliquerait qu'aux anorchidies ou aux cryptorchidies bilatérales, la plus rare de ces variétés.
Variétés. — On sait cpie les diverses parties dont l'ensemble constitue l'appareil séminal, testicule, épididyme, canal déférent et vésicules, naissent isolément. Les malformations peuvent frapper l'un ou l'autre de ces segments et l'on prévoit quelles anomalies sont possibles : «, absence de l'appareil sécréteur: h, absence de l'appareil excréteur; c, absence simultanée des organes sécréteurs et des organes excréteurs. A ces trois variétés il faut en ajouter une quatrième, l'anorchidie bilatérale; au lieu de ne frapper qu'un côté, une quelconque des anomalies précédentes atteint les deux moitiés de l'appareil.
çi. U absence du testicule seul est rare : Monod et Terrillon n'en signalent que 4 observations certaines dues à Legendre, Gosselin, Follin et Godard; une cinquième, celle de Deville, prête à confusion et le texte, obscur, ne permet pas d'affirmer que seul le testicule fait défaut; peut-être l'épididyme manque-t-il
(') Blûmener, Rust'.'< Mof/azin filr die (jcmmmte Ileilkunde. Berlin, iS'ii. {-) Creswell IIewett, Bvitisli med. Journal, 0 mai I87t).
[P. BECLVSrj
aussi. Plusieurs caractères communs se retrouvent dans les 4 observations précitées. Remplis d'un liquide muqueux sans spermatozoïdes, la vésicule séminale et le canal déférent normal abordent l'épididyme, tantôt semblable à celui du côté opposé comme dans les cas de Godard, tantcM atrophié comme dans celui de Lcgendre, ou sous forme d'un pistil amas globuleux comme dans ceux de Gosselin et de Follin. Pas de testi<'ule; pourtant, dans l'observalion de Follin, on constatait, appendu à l'épididyme, un j)eloton cellulo-adi])eu\; que l'examen microscopi([ue montrait dénué de tubes séminifères.
h. Uabsoico de Vappareil excréteur coïncidant avec l'existence des testicules est moins rare; mais elle est incomplète, et, dans toutes les observations, on constate, à côté de l'appareil sécréteur, une portion de l'épididyme, un tronçon du canal déférent, la vésicule séminale. Avissi les variétés sont-elles nombreuses : il est exceptionnel de voir l'épididyme seul faire défaut; Godard ne signale que le cas trop écourté de Jean Rhodius, et Curling parle d'une pièce conservée à riiôpital Saint Rartlîélemy: presque toujours il en demeure une partie attenant à un segment du canal déférent. Monod a colligé 6 faits de ce genre : ceux de Rrugnone, de Hunter, de Godard, de Mûnchmeyer, de J. Reverdin et de Mayer. Dans une troisième variété, l'épididyme est entier et le canal déférent manque partiellement ou com})lètement; le sort de la vésicule séminale paraît lié à l'existence de ce canal, et, d'après Godard, « la vésicule séminale fait défaut toutes les fois que manque la portion terminale du canal déférent »; si cette portion terminale se développe, la vésicule se développerait aussi, et la vésicule était à sa place normale dans une observation de Gosselin où les portions funiculaires et inguinales existaient. Parise, Rosscha, Cusco, Godard ont publié des exemples de cette troisième forme. Mais nombre d'auteurs hésitent à en accepter une quatrième que caractériserait l'absence de la seule vésicule, et Godard, Monod et Teri'illon contestent la valeur des cas de Martin JMagron et de Dufour; on aurait pris pour une absence un simple arrêt de développement et une atrophie de la vésicule. Néanmoins un fait de Rérard et un autre de Cornelli demeurent : les canaux déférents anastomosés entre eux s'abouchaient dans lurèthre par un orifice unique.
e. \J absence simultanée des organes sécréteurs et excréteurs est la variété la plus fréquente; elle peut être complète ou incomplète, et souvent on retrouve une portion du canal déférent et la vésicule séminale correspondante; dans un cas de Cruvcilhier, dans un autre de Denonvilliers, cette dernière était atrophiée et le segment attenant du canal très court était transformé en un cordon plein. Mais il est parfois plus long, il croise l'uretère comme dans le cas de Pallington, atteint la fossette inguinale externe comme dans celui de Gruber, l'anneau inguinal externe, ainsi que l'ont vu Rastien et Legendre, Paget et Cruvcilhier, ou même, le plus souvent, s'épanouit dans le scrotum comme le rapporte Ripault; on ne retrouve de l'appareil sécréteur et excréteur qu'une portion plus ou moins étendue du canal déférent, généralement la portion terminale encore perméable et la vésicule. Il n'y a guère qu'une observation de Godard où elle manquait ainsi que les testicules et l'épididyme; tout se bornait à la portion scrotale et inguinale du canal.
(/. Uanorchidie bilatérale peut reproduire chacune des variétés précédentes et frapper l'appareil sécréteur et l'appareil excréteur; mais les lésions, au lieu de n'apparaître que d'un côté, se révèlent à droite et à gauche; Fischer, Legendre et Rastien ont constaté l'absence des testicules et des épididymes avec persistance
AXORCIIIDIE.
lo'.i:
des canaux déléreuls et des vésicules séminales; Godard a vu exister la partie intra-abdominale du canal et la vésicule correspondante, pendant que faisaient défaut son segment extra-abdominal, Fépididyme et les testicules; Kretschmar et Friese n'ont trouvé vestige d'aucune des parties de l'appareil séminal. Par contre, Tenon, Mayeret Parisot ont noté l'absence des seules vésicules et des portions abdominales du conduit déférent, tandis que se montraient le testicule, réi)ididyme et le segment inguinoscrotal du canal déférent. En somme, la seule anomalie, ({ui semble ne jamais être bilatérale, est celle où man{pie le testicule seul.
Toutes ces anomalies sont rares : Gruber a voulu colliger les faits publiés depuis le xvi*' siècle; il ne trouve, vérifiés par l'autopsie, que 125 cas d'anorchidie unilatérale et 7 d'anorchidie bilatérale. Il faudrait en ajouter 15 où l'arrêt de développement ne frappait que le canal déférent. Ces malformations atteignent plus souvent le coté gauche que le droit et s'accompagnent parfois d'autres difformités, de celles, en particulier, de l'appareil urinaire; Mayer, J. Reverdin, Mïmchmeyer, Parise, Godard, Cusco ont constaté l'absence du rein et de l'uretère : Thurnam signale une atrophie du rein droit et un vice de conformation des deux uretères coïncidant avec une absence du testicule gauche; dans un cas (le Godard, le rein faisait défaut du côté où existait Fanomalie testiculaire. Dans
tous ces exemples, l'anorchidie était unilatérale; elle était bilatérale dans les observations de Friese où manquaient les parties génitales externes et la prostate, où le membre supérieur droit était malformé; dans celle de Kretschmar où le rectum s'ouvrait dans l'urèthre; dans celle de Tenon où la vessie était exstrophiée; dans celle de Parisot où l'on ne trouvait pas l'anus, dans celle de Mayer où il n'y avait ni anus, ni parties génitales externes, ni vésicule l)iliaire, ni reins, ni uretères, ni vessie.
L'anorchidie, lorsqu'elle est unilatérale, n'exerce qu'une médiocre influence sur le reste de l'organisme et n'enlève ni la puissance ni la fécondité; une seule moitié de l'appareil séminal suffit. Mais si la lésion frappe les deux côtés, les malheureux semblent perdre leur sexe : leur figure est glabre, leur voix aiguë, leurs mamelles sont saillantes, leurs hanches développées; ils n'ont ni érection, ni pollution; ils ne peuvent pas copuler et encore moins engendrer. Mais il ne faut pas croire, avec Godard, (jue les caractères groupés sous le nom de féminisme n'appartiennent qu'aux anorchides bilatéraux; cet aspect particulier a été noté dans certains cas de double cryptorchidie, d'ectopie intra-abdominale.
Fiu. ^ijl. — Absence du tesliciilc et de léiiididyme; le canal défèrent est appliqué sur la poche vngino-péritonéale insufflée.
[P RECLUSri
Aucun signe no permet de dislinguer les anorchides des crvplorchides, cl l'autopsie seule montre si l'appareil séminal est absent, ou si la glande se dissimule au regard et à la palpation derrière la paroi de l'abdomen.
ô" SYNORCHIDIE
La syaorchùlie est la coalescenee des deux testicules, iusionnés sur la ligne médiane du corps. — On en décrivait deux yariétés : la synorchidie extra-abdominale ou scrotale et la synorchidie intra-abdominale. Mais la première, qui ne repose sur aucune observation authentique, heurte toutes les données de l'embryologie et l'on ne saurait comprendre comment les glandes, descendues dans leur sac scrotal, pourraient se réunir secondairement; il faudrait admettre une adhésion tardive après destruction de la cloison dartoïque. Seule la deuxième variétéexiste, la synorchidie inlra-abdominale: encore n'enpossède-t-on qu'un exemple rapporté par Isidore GeofïVoy-Saint Hilaire : « Un enfant naquit à Vizille en 184!2; il fut inscrit comme fdle sur les registres de l'état civil et mourut à dix-huit mois. A l'autopsie, les docteurs Breton et Chauvel reconnurent un hypospadias. Le scrotum bifide était vide; les deux reins, les deux capsules surrénales et les deux testicules étaient réunis sur la ligne médiane. Les veines et les artères spermatiques, les vésicules séminales et les canaux déférents étaient doubles; chaque moitié du double testicule recevait ses vaisseaux particuliers. »