‹ Traité de chirurgie (volume 2)Chapitre 157 sur 166 · KYSTES SPERM.\TI0UES · texte numérisé non relu

KYSTES SPERM.\TI0UES

On nomme kystes spermatiques des tumeurs des bourses renfermant un liquide opalin où nagent des spermatozoïdes.

Historique. — Brodie en fait mention, mais ses recherches restent sans écho. Velpeau, en 18 ii, prétend avoir constaté, dès 1840, la présence des spermatozoïdes dans une tumeur des bourses, comme en témoigne, dit-il, la thèse de Letellier. Si l'on se reporte à ce travail, on constate qu'il s'agissait d'une orchite traitée par des ponctions multiples; la pointe de la lancette ouvrit les voies spermatiques dont les animalcules furent retrouvés dans les gouttes de sang échappées des mouchetures. Il peut d'autant moins revendiquer une part dans la découverte de ces tumeurs que, un an après les recherches des Anglais, il se demande si les éléments en suspension, « ne sont pas des monades ou autres corpuscules des liquides animaux ».

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Liston, le 25 mai 1845, signale les kystes spermatiques dont il avait recueilli 2 observations. Vingt et un jours plus tard, le 15 juin, Lloyd en publie un fait. Le 25 juin 1844, James Paget disséqua une pièce où, parmi plusieurs kystes, on en trouve un dont le liquide blanchâtre est rempli de spermatozoïdes. En 1848, Gosselin décrit les grands et les petits kystes. Quekett et Curling proposenS une théorie pathogénique nouvelle. Sédillot, en 1859, adressa à l'Académie des sciences une note sur « l'hydrocèle spermatique ». On confond encore les kystes spermatiques avec les kydrocèles chyleuses, et la communication de Sédillot soulève une discussion où Vidal de Cassis et Grassi doivent se défendre d"avoir pris des spermatozoïdes pour des globules de graisse. La thèse de IMarcé, en. 1856, résume les travaux antérieurs. Verneuil, l'année suivante, publie une note où il développe une théorie ancienne, mais appuyée sur une constatation anatomique nouvelle. Broca, dans son Traité des tumeurs, apporte à l'hypothèse de Curling l'appui de son autorité. Depuis, nous n'avons guère à signaler que le travail de Kocher, une thèse récente de Bardot qui vulgarise les opinions de Vautrin de Nancy.

Liston, Med. cliir. Trans., mai 184."), L VIII, }>. 21G. — Lloyd, Med. chir. Traus., juin I84T, t. VIII, p. 5GH. — Gosselin, Arch. gén. de méd., 1848, t. XVI, p. 24. — Marge, Des kystes spermatiques ou hydrocèles enkystées spermatiques. Thèses de Paris, 18o6. — Curling,. Maladies des testicules, traduction et annotation de Gosselin, 1857. — Giraldès, Bull, de ta Soc. de chir., 1858. — Verneuil, Bull, de la Soc. de chir., 1857, t. IV. p. 58. — Dolbeau, Gaz. hebdom., 1862. — Steudener, Arch. fiir klin. Chir. Berlin, 1869, t. X, p. 562. — RosENBACiir Arch. f. klin. Chir. Berlin, 1871, t. XIII, p. 220. — Both, Virchovfs Arch. Berlin, 1870, t. XLVIII,. p. 101. — ViLLEGENTE, Thèsc de Paris, 1874. — Monod et Artaud, l'athogénie et structure des petits kystes de l'épididyme. Arch. de physiol., 17" année, n" 5, 1" avril 1885. — Hoche- N.EGG, Ueber Cysten am Hoden, etc. Wien med. Jahrb. Vienne, 1885, p. 149. — Paul Reclus^ art. Kyste de l'épididy'me du Dicl. encycl. des sciences méd., 1887, l'^ série, t. XXXV, p. 9K — Poirier, Pathogénie des kystes de Tépididynie. Revue de chir., nov. 1890. — Vautrin, Thèse de Barbot. Thèse de Nancy, 1887, et Revue méd. de VEst, \" février 1889. — Gross,, Kystes du cordon spermatique et leur traitement, Semaine méd., 9 déc. 1891.

Pathogénie. — On peut réduire à six les théories invoquées pour expliquer le développement des kystes spermatiques. Encore n'en citerons-nous une que pour mémoire : Velpeau, Lloyd, Childes ont pensé qu'il s'agissait non d'un kyste, mais d'une hydrocèle : un heurt, une violence quelconque, un coup de trocart dans la collection rompt un cône qui s'ouvre dans la séreuse et y verse les animalcules. Et, de fait. Curling et Reverdin ont publié des observations dont la lecture ne laisse aucun doute; les cas de Luschka et de Krauss sont aussi indiscutables, mais, comme doctrine générale, l'opinion de Velpeau ne peut être soutenue, et les discussions de Paget, celles de Gosselin en ont depuislongtemps fait justice.

Une deuxième théorie, celle de James Paget, ne supporte pas l'examen : le voisinage des tubes séminifères communique aux kystes de l'épididyme la propriété de sécréter des animalcules. Cette « hétérotopie » serait un phénomène trop insolite pour qu'on l'admît sans preuves évidentes. On connaît la troisième hypothèse proposée par Gosselin : un traumatisme provoque la déchirure d'uir tube droit ou d'un cône aflerent; cjuelques gouttes de sperme s'épanchent dans le tissu cellulaire et y déterminent une irritation dont la conséquence est la formation d'une néomembrane qui enveloppe la semence: cette paroi nouvelle sécrète de la sérosité où nagent les animalcules, et le kyste est constitué. Cette théorie a le mérite de tenir compte d'une notion retrouvée dansnombre d'observations : l'apparition du kyste précédée par une violence.

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Sédillot parle d'un indivi<lu qui, au moment « du paroxysme génital, lait un effort suprême pour empêcher l'acle de s'accomplir ». Il éprouve une sensation de déchirure, et peu après conslalc l'existence d'une tumeur des bourses. Gosselin, Marcé, Delattre, Duplay, Bricard citent chacun un ou plusieurs exemples où une origine analogue est invoquée; nous la relevons [dans un tiers des cas.

Mais les faits sont plus nombreux où la tumeur est apparue sans traumatisme. Et puis, ce qu'on ne voit guère dans les membranes de formation nouvelle, la cavité possède un revêtement épithélial : le kyste a donc pour genèse la dilatation d'une cavité et non l'enveloppement d'un liquide exlravasé. Comment expliquer d'ailleurs ces observations où une première ponction ne retire que de la sérosité, tandis qu'une seconde amène un liquide où fourmillent les spermatozoïdes? Une tumeur est ponctionnée par Curling pour un double kyste d'où sortent oO grammes de sérosité limpide; elle se reproduit et, un mois après, deuxième coup de trocart ; « pas plus que la première fois, on ne vit d'animalcules; quelques mois plus tard, récidive; Curling pratique l'acupuncture en trois points, et dans les liquides il trouve des spermatozoïdes ». Comment expliquer encore ces cas où des interventions répétées montrent, après chacune des évacuations, la même quantité de zoospermes? Une première ponction ne devaitelle pas les épuiser?

La quatrième théorie, proposée par Curling et défendue par Broca, a rallié un consentement presque unanime. Un kyste préexiste, sur l'origine duquel Broca, seul alors, donne des indications. Elle est due, d'après lui, à la dilatation d'un débris du corps de Wolff, — canalicule de Follin, vaisseau aberrant de Haller, hydatide sessile de Morgagni, corps de Giraldès. — La cavité peut rester indéfiniment petite, mais elle peut grandir aussi, et lorsqu'elle se trouve dans certaines conditions au niveau de la tète de l'épididyme dont les cônes se déroulentàsa surface ou s'encastrent dans ses parois, une tension exagérée, un etïort, un traumatisme, une ponction rompra du même coup le conduit et la poche, et le sperme se mêlera à la sérosité du kyste. Cette pathogénie explique le développement de la tumeur à la suite d'une violence, l'absence de zoospermes dans les petits kystes peu exposés aux contusions, et, dans les grands, leur apparition après une première ponction qui avait permis de constater l'absence d'animalcules. Enfin, Quekett, puis Steudener, Rosenbach et Kocher ont démontré l'existence d'un orifice par où la collection séreuse communique avec les voii s spermatiques. Le mercure, injecté par le canal déférent, file dans l'épididyme et arrive jusqu'au kyste dans lequel il pénètre. Si ce pertuis échappe souvent aux recherches, c'est, dit-on, qu'il s'oblitère sous la compression exercée dans le kyste distendu : le sperme reprend alors sa route ordinaire vers le canal déférent.

De cette théorie, Poirier accepte l'ouverture consécutive du canal épididymaire dans un kyste préexistant, mais il repousse 1 origine wolffienne p„ communication avec les' voies de ce kyste qui serait, pour lui, une de ces cavités spcnnaiiques. (Poirier.) séreuses dont nous avons parlé dans l'article précédent et qui résultent de la soudure et de l'enclavement au niveau de la tête et de la queue de l'épididyme, des deux l'euillots du cul-de-sac sous-épidi-

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dymaire. Cette poche entre en communication avec les voies spermatiques, surtout avec les cônes atïerents, qui prennent alors un accroissement rapide. L'auteur, ainsi qu'en témoigne le dessin que nous lui empruntons, les montre communiquant avec un ou plusieurs cônes. Mais comment se fait l'abouchement entre le kyste et les cônes? Y a-t-il rupture sous l'influence d'un traumatisme, distension exagérée, déchirure, usure du tube? Poirier ne s'explique pas sur ce point.

Cette hypothèse, qu'on prenne la « version » de Broca ou celle de Poirier, est séduisante. Elle explique les cas où deux ponctions pratiquées à un mois d'iniervalle donnent un liipiide sans spermatozoïdes, tandis qu'une troisième fournit de la sérosité peuplée d'animalcules : le trocart aura divisé l'un des cônes, déroulé à la surface du kyste. Mais elle soulève des objections : dans les deux tiers des faits, la tumeur s'est développée sans traumatisme et l'on explique alors la rupture par une tension exagérée du sperme dans le conduit. Des moines, autrefois, auraient été victimes de la trop grande réplétion des voies spermatiques : « A cette époque reculée, ajoute Kocher, on avait bonne opinion de la force que peut déployer un homme continent pour retenir sa semence. » Et puis, pourquoi ces tumeurs sont-elles si souvent l'apanage de la vieillesse? Sur 50 observations où l'âge est noté, nous trouvons l malade de 16 ans, un autre de 18, un autre de '20, 0 au-dessus de 40 et tous les autres au-dessus de 60. La théorie wolfienne n'explique pas ces cas ; la rupture des voies spermatiques devrait se produire surtout lors des prouesses erotiques, dans le plein de la vie génitale.

La cinquième théorie explique la formation de la cavité par la dilatation du conduit épididymaire. Elle compte Liston parmi ses défenseurs et s'est enrichie de variantes nombreuses. Pour Verneuil et son élève "Villegente, un segment des conduits épididymaires s'étrangle et se sépare du reste de l'appareil excréteur; son calibre se dilate, et les animalcules qu'il contient nagent dans la sérosité produite par les parois. Dans cette sorte de réservoir, « ils peuvent subir tout à leur aise le dernier degré de développement ». Cette hypothèse s'appuie sur l'existence de rentlements latéraux, sortes d'anévrismes sacciformes, cœcums, appendices en doigt de gant qui ont été injectés au niveau des cônes par Sappey et Dol])eau. et que nous avons retrouvés en 1875 au niveau de la queue de l'épididynie: des injections nous ont montré l'origine du canal déférent hérissé de diverticules du volume d'un grain de chènevis; leur paroi était tapissée d'épithélium ; le liquide était clair; chez un sujet de soixante-trois ans, il contenait des animalcules, et n'en contenait pas chez un jvieillard de cent trois ans.

C'est dans ces segments, dont Arthaud et Monod nous ont expliqué la pathogénie, que s'accumuleraient les spermatozoïdes et que se formeraient les tumeurs, kystes par rétention, dont l'origine se résumerait dans cette phase : altération sénile des conduits excréteurs, dilatation latérale ou fusiforme des lubes droits ou des cônes avec communication passagère ou permanente entre la cavité nouvelle et les voies spermatiques. Par exception, la sclérose apparaît avant l'âge mûr, et par exception aussi, les kystes se montrent chez les jeunes. Jalaguier en a ponctionné un chez un garçon de seize ans. Les diverticules peuvent se former ailleurs qu'au niveau de la tête de l'épididynie ; on en a signalé sur tous les points du conduit excréteur, même sur le canal déférent. Aussi les kystes spermatiques ont-ils été trouvés sur tout son trajet. Cela paraît

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