FRACTURES ISOLÉES DES OS DU BASSIN I. FRACTURES DU SACRUM
Les fractures isolées du sacrum sont très rares (Malgaigne n'en a rencontré qu'une seule sur les 2558 blessés de la statistique de l'Hôtel-Dieu).
Elles succèdent presque toujours à une chute sur le siège ou à un coup porté directement sur le sacrum. Dans la chute, « tantôt l'os porte en plein contre le sol ou le corps résistant, tantôt il est atteint de côté seulement, et de là des difïérences assez notables dans les symptômes » (Malgaigne).
Le trait de fracture est transversal; il siège au-dessous de la symphyse sacroiliaque et passe à une hauteur variable, au niveau du second, du troisième, du quatrième trou sacré ou même tout près du coccyx; la hauteur de la fracture dépend de l'inclinaison du bassin au moment de la chute et du point sur lequel a porté le choc.
Gaudier ('), d'après des recherches expérimentales, distingue deux variétés de fractures transversales : les premières siégeant à la partie moyenne et dues à une cause directe ; les secondes siégeant à la partie inférieure de Fos et produites par cause indirecte.
Dans les fractures par choc latéral, dont Malgaigne rapporte deux exemples, le trait de fracture peut être oblique et se compliquer de deux fractures transversales incomplètes. Le fragment détaché par cette fracture oblique est alors déjeté de côté.
Le déplacement, constant mais plus ou moins accentué, consiste dans un mouvement de bascule du fragment inférieur dont le sommet, lextrémité coccygienne, est porté en avant, tandis que la base reste en contact avec le fragment supérieur; le déplacement peut être tel que, dans certains cas, les deux fragments soient coudés à angle droit (Sandifort).
Une contusion assez violente de la région sacrée, une douleur ordinairement intense, exaspérée par la pression, par les mouvements, par la station debout, les secousses de toux, les efforts de défécation, etc., tels sont les premiers, et quelquefois les seuls symptômes de la fracture. Lorsque le déplacement est peu accentué, en effet, il peut être difficile à apprécier par le toucher rectal qui ne révélerait alors qu'une vive douleur à la pression sur la ligne de fracture:
(') Gaudier, De la fracture isolée du sacrum. Étude clinique et expérimentale. Lille, 1895.
[CH. WALTHER'i
8 TRAUMATISMES DL' BASSIN.
dordinaire il est facile de conslaler le déplacement qui est appréciable à l'extérieur par langle saillant des deux fragments et surtout par le toucher rectal. Le doigt introduit dans le rectum peut facilement ramener le coccyx en arrière, réduire la fracture, avec une crépitation plus ou moins distincte; mais, le plus souvent, la réduction ne se maintient pas; le fragment inférieur bascule de nouveau en avant.
Le cocc}'x peut être déplacé au point d'oljslruer l'anus; dans un cas de Bermond, cité par Malgaigne, Tintroduclion du doigt ne fut possible qu'après avoir glissé dans le rectum une sonde de femme.
Le déplacement du fragment inférieur peut provoquer une compression ou même une dilacération des branches des nerfs sacrés, et Gaudier insiste sur la série des troubles qui résultent de ces lésions nerveuses ; troubles paralytiques variés, moteurs et sensitifs, qui vont de la simple parésie de la vessie et du rectum, jusqu'à la paralysie complète de ces organes et même jusqu'à la paralysie des membres inférieurs.
Sur 7 cas de fractures isolées du sacrum, Gaudier a relevé 5 fois des signes de compression des nerfs sacrés.
Le diagnostic est d'ordinaire facile; « mais la rareté excessive de celte fracture devient une cause active d'erreur, en détournant ailleurs l'attention du chirurgien » (.Malgaigne), d'où la nécessité de ne jamais négliger l'exploration rectale dans tous les cas de traumatisme ayant porté sur le bassin.
Le traitement consiste à réduire le fragment, ce qui est facile, et à le maintenir réduit, ce qui est souvent très difficile. Si le déplacement est peu accentué, on peul a])andonner le fragment à lui-même, la faible projection en avant du coccyx ne gênant pas la défécation. Si, au contraire, la saillie du coccyx est assez forte pour devenir gênante, on devra assurer la réduction par le tamponnement du rectum ou mieux par lintroduclion d'une canule garnie d'une chemise pour faire le tamponnement, comme l'a imaginé Bermond, qui a obtenu par ce procédé un excellent résultat. L'application de la canule permet l'émission des gaz qu'empêche le tamponnement simple ou l'introduction d'un cylindre non perforé. Enfin, lorsque le fragment ne peut être réduit, ou lorsqu'on ne peut arriver à le maintenir réduit, il peut être indiqué de pratiquer la suture osseuse comme l'a fait Gaudier avec un plein succès (').
Dans les fractures multiples du bassin résultant de violents traumatismes, le sacrum peut être divisé par plusieurs traits de fracture plus ou moins réguliers et n'offrant aucun intérêt clinique.
Dans les fractures verticales du bassin, il existe assez souvent soit une fracture verticale du sacrum, soit un écrasement de l'aile de cet os. Mais la description de ces lésions ne saurait être séparée de l'étude des fractures verticales du bassin.