‹ Traité de chirurgie (volume 3)Chapitre 103 sur 218 · ULCÈRE DE L'ESTOMAC · texte numérisé non relu

ULCÈRE DE L'ESTOMAC

Nous ne décrirons pas les symptômes classiques de l'ulcère de l'estomac, cette description se trouvant dans tous les traités de médecine. L'ulcère de l'estomac intéresse surtout le chirurgien par ses complications (hématémèses, perforations, adhérences) ou par les conséquences, dans certains cas, de sa guérison spontanée (sténoses cicatricielles du pylore).

Toutefois, môme en l'absence de toufc complication, l'ulcère de l'estomac en

('} Pour l'exposé des |)rocédés opératoires nous renvoyons au Traité que nous puljlions en ce moment avec le professeur Terrier (Tkrhier et Hartmann, Chirurgie de restomac. Paris, Steinheil, 1898).

(-) Nous ne parlerons pas ici des plaies, des contusions, des corps étrangers qui ont été étudiés par M. Jalaguier dans une autre partie de ce traité.

[H. HARTMANN

voie d'évolution peut réclamer pour sa cure Faide du chirurgien. On doit appeler celui-ci après échec constaté du traitement médical. C'est là ce qui ressort des divers travaux récemment publiés, en particulier de l'importante discussion cjui eut lieu l'an dernier au Congrès des chirurgiens allemands, discussion à laquelle prirent part de nombreux orateurs, parmi lesquels nous citerons un médecin Leube et un chirurgien ?ilikulicz (').

1" Ulcère en voie d'évolution. — Les premières opérations, faites pour ulcère en voie d'évolution et en l'absence de complication, ont été pratiquées en France par Doyen (^). Elles ont consisté en des gastro-entéroslomies ou en des pyloroplasties. L'amélioration fut immédiate. Depuis lors de nombreuses observations de Mikulicz, de Cahn, de Kiïster, en Allemagne, de Carie en Italie, de Lambotte en Belgique, de Terrier, de Tuffier et d'Hartmann en France ont montré tout le parti qu'on pouvait tirer de cette opération dans la cure de l'ulcère stomacal en voie d'évolution.

On a explicjué ces résultats en disant que chez ces malades hyperchlorhydriques il y avait un spasme concomitant du pylore, spasme primitif pour les uns (Doyen, Talma), spasme secondaire pour les autres. Quoi qu'il en soit de ces explications un fait est certain, c'est que la gastro-entérostomie améliore, peut-être même guérit ces malades en assurant une évacuation plus régulière de l'estomac.

L'intervention opératoire est donc indic|uée, toutes les fois qu'il y a des symptômes mettant la vie en danger (petites hémorragies répétées, amaigrissement progressif) ou même simplement quand un traitement interne bien dirigé et régulièrement suivi n'a donné aucun résultat durable et cjue le malade est sans cesse tourmenté par des troubles graves, tels que des douleurs, des vomissements, une dyspepsie accentuée (').

La difficulté est souvent, comme le note Mikulicz, de savoir si l'on se trouve bien en face d'un ulcère de l'estomac ou si l'on n'est pas en présence d'une gastralgie simple. Dans cette dernière, en effet, il peut y avoir de la dyspepsie, des vomissements, de la douleur à la pression, un amaigrissement considérable. Le diagnostic est d'autant plus difficile que la constatation de phénomènes nerveux n'est pas suffisante pour dire gastralgie, tout malade, qui souffre depuis longtemps de l'estomac devenant progressivement neurasthénique. D'une manière générale, la douleur des dyspeptiques nerveux n'est pas identique à celle de l'ulcère, elle est quelquefois déterminée par une pression superficielle, s'irradie en diverses directions au lieu d'affecter les caractères en broche de la douleur de l'ulcère; elle s'accompagne d'une sensation de défaillance comparable à celle qui suit la pression de l'ovaire chez les hystériques et de battements épigastricjues. L'analyse chimique du suc gastrique, en montrant la permanence d'une hyperchlorhydrie bien marquée, fera en cas de doute pencher le diagnostic vers l'ulcère et l'on sera en droit de pratiquer une laparotomie exploratrice qui conduira à une intervention plus complète dans le cas d'ulcère, qui suffira quelquefois pour faire disparaître des troubles nerveux dans le cas de gastralgie

(•) Verhandhmgen der Deutarhen GcseUschaft fur Chirurgie. XXVI Kongress, 1897.

(-) Doyen, Traitement chirurgical des affections de Vestomac et du duodénum. Paris, 1895.

(3) EiSELSBERG, Arch. f. klin. Chir., t. LIV, p. 508. — Dans deux cas de malades présentant une tumeur pylorique et des douleurs vives, Eiselsberg a combiné à la gastro-entérostomie l'exclusion du pylore. Les deux opérés ont guéri et la tumeur, qu'il avait prise pour un cancer, a diminué.

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