‹ Traité de chirurgie (volume 3)Chapitre 181 sur 218 · TUMEURS DE LA RATE · texte numérisé non relu

TUMEURS DE LA RATE

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La rate est susceptible de s'hyperirophier dans une série de maladies infectieuses; cette hypertrophie n'est que temporaire dans certaines, dans d'autres elle persiste et devient chronique. L'hypertrophie persistante s'observe encore dans la plupart des affeclions cardiaques, dans la cirrhose du foie, spécialement enfin dans Timpaludisme. L'hypertrophie paludéenne se rencontre surtout dans les cas d'intoxication chronique, chez des malades qui ont déjà présenté toute une suite d'accès de fièvre ou bien encore chez des gens qui n'ont pas eu d'accès, mais qui ont habité des pays à fièvres ('). La rate peut ainsi acquérir d'énormes dimensions, et son diamètre longitudinal passer de 12 centimètres à 20, 25 et 30 centimètres. Mais, dans tous ces cas que je viens d'énumérer, il ne s'agit que d'augmentations de volume de la rate et non de néoplasmes; le nom de splénites aiguës ou chroniques leur conviendrait encore mieux que celui d'hypertrophie. Je ne dois m'occuper ici que des tumeurs proprement dites; or celles-ci comprennent : le lymphadénome de la rate, le fibrome embryonnaire ou adulte et l'épithéliome.

Lymphadénome. — Le lymphadénome de la rate n'est qu'une localisation de la lymphadémie (-) ; il s'accompagne le plus souvent de lésions similaires dans es ganglions lymphatiques, dans le foie, la moelle des os, etc. Le poids de l'organe atteint des chilTres énormes, tels que o, 0 et jusqu'à 7 kilogrammes ('').

L'altération des éléments figurés du sang est fréquente ; elle consiste tantôt en une déformation et en une diminution du nombre des globules rouges, tantôt dans ces mêmes altérations des hématites, mais avec exagération colossale du nombre des globules blancs, avec leucocytémie : de là les deux formes décrites par Lancereaux sous les dénominations de hjmphomes anémiques et de lyn/pliomes leucémiques. Qu'il s'agisse de Tune ou de l'autre, l'affection est progressive et fatalement mortelle.

Fibrome. — Le fibrome splénique comprend, parmi les fibromes embryonnaires, le sarcome et le myxome ; et, parmi les fibromes adultes, le fibrome proprement dit et le lipome. Toutes ces tumeurs sont extrêmement rares.

Lancereaux signale quelques exemples de sarcomes; Besnier rappelle un fait de myxome présenté à la Société des sciences médicales de Lyon en 1870 ; on cite de même quelques rares cas de lipomes et de fibromes calcifiés (*).

(') Lancereaux, Anatomie pathologique.

(*) Voy. t. L chap. Tumeurs, art. Lymphadénome.

(5) Berl. klin. Woch., 1804.

(*) Gerhard et Prior ont rapporté à cas de tumeurs pulsatiles de la rate. Drasche [Mien, med. Bl., 1888) ajoute un sixième cas; toujours il y avait coïncidence avec une insuffisanee aorlique; il n'est pas démontré qu'il s'agisse là de véritables tumeurs.

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ÉpitJtéliomcs. — Les tumeurs épithéliales partagent la rareté des tumeurs conjonctives. Sur les 19 cas rassemblés par Besnier, 1 i sont relatifs à des carcinomes d'autres organes propagés secondairement à la rate, et E. Gaucher met en doute la nature épithéliale des 5 autres. Cependant Tépithéliome primitif de la rate existe, et Gaucher (') nous en a tracé l'histoire d'après une fort belle, mais unique observation. Alors le tissu normal de la rate disparaît et fait place à des cellules nettement épithéliales disposées par groupes dans des loges ou alvéoles. Le volume de l'organe dépassait 4,5 kilogrammes.

Au point de vue clinique. Gaucher donne comme symptômes la douleur dans l'hypocondre gauche, V augmentation de volume de la rate. Puis surviennent peu à peu, d'une part, des accidents dus à la compression, tels que la gêne des fonctions digestives, la dyspnée, l'œdème des membres inférieurs, etc.; d'autre part, des phénomènes propres aux affections spléniques, des hémorragies nasales ou cutanées, l'ictère, l'hypertrophie du foie, et enfin la cachexie.

Les globules rouges du sang peuvent être en moins grand nombre, mais il n'y a pas de leucémie, pas de fièvre intermittente, et l'hypertrophie ganglionnaire est absente.

Un même traitement, la splénectomie, a été institué contre toutes ces tumeurs (^); il est nécessaire cependant de classer les observations et de noter parallèlement les résultats thérapeutiques.

Parmi les splénectomies pratiquées pour tumeurs (?), les unes ont trait à l'hypertrophie simple ou à l'hypertrophie malarienne ; elles ne sauraient nous arrêter ici; les autres ont trait à de véritables néoplasmes; elles comprennent, dans la statistique d'Adelmann, 19 cas de splénectomies pour lymphadénomes et 'i cas pour tumeurs sarcomateuses.

Les 19 cas ont donné 17 morts et 2 guérisons opératoires ; mais, de ces 12 malades guéris, l'un a succombé à la récidive cinq mois après.

Les 2 cas pour sarcomes ont donné une mort et une guérison.

Je puis ajouter aux observations colligées par Adelmann celles de Blum (^) et de Le Bec (^) rentrant dans le premier groupe, et toutes deux terminées par la mort.

Ces chiffres sont fort peu encourageants; la plupart des malades sont morts d'hémorragie ou de shock. Les hémorragies ne résultent pas seulement des difficultés opératoires, elles sont aussi secondaires et tiennent à laltération du liquide nourricier, à une véritable tendance hémorragique. En somme, les statistiques, celles entre autres d'Adelmann et de Paspischil (^), nous autorisent à montrer peu d'enthousiasme pour la splénectomie comme traitement des tumeurs de la rate. La ligature de l'artère splénique n'a pas, bien entendu, donné de meilleurs résultats ('"').

Il est bien entendu que je ne parle ici que des tumeurs vraies, les terminaisons sont moins néfastes dès qu'on passe aux kystes ou aux rates dites hypertrophiées ('). J'en parlerai dans l'article qui va suivre et qui a rapport à la splénectomie en général.

(') Thèse, 1882, loco citato.

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