B. — TRAITEMENT DES HERNIES IRRÉDUCTIBLES PAR LEUR VOLUME
Les hernies qui ont perdu droit de domicile ne peuvent être améliorées que par l'opération, mais celle-ci est laborieuse, souvent dangereuse, et presque toujours inefficace, car l'afTaiblissement de la paroi abdominale au niveau du trajet herniaire se prête mal à la constitution d'une cicatrice capable de résister à l'effort de la pression abdominale. La capacité du ventre étant devenue trop faible pour le volume de son contenu, celui-ci ne tarde pas à forcer la ligne de réunion qu'on lui oppose. Même au cours de l'opération, la réduction de l'intestin dans la cavité abdominale, trop étroite pour le contenir, peut devenir la cause de dangers en déterminant des vomissements qui, dans un cas de Kiister, déterminèrent la mort en s'introduisant dans la trachée.
On est donc réduit le plus souvent à recourir à des bandages difficilemeni supportés et insuffisants, ou même, renonçant à contenir la hernie, à la supporter simplement par un des appareils que nous avons décrits, suspensoir, sac lacé fixé à la ceinture et soutenu par des bretelles.
Toute hernie étranglée doit être aussitôt réduite, soit par des manipulations, auxquelles on donne le nom de taxis, soit par l'opération de la kélolornie, lorsque le taxis échoue ou lorsqu'on ne doit pas y avoir recours.
C'est dans la Cyrurgia de Guillaume de Salicet qu'on trouve pour la première fois réglées et décrites les manœuvres du taxis : les anciens n'osaient rien tenter contre les hernies compliquées d'accidents; quant à l'opération de la kélotomie avec débridement, elle ne fut proposée que par Franco, dont la description fut reprise et complétée par Ambroise Paré; mais elle inspirait jusque dans ces derniers temps un tel effroi qu'Arnaud lui-même la considérait « comme le dernier moyen qu'on emploie lorsque les autres n'ont pas réussi », et qu'en 1850 Flaubert écrivait encore « qu'il y a souvent moins de danger à retarder l'opération de la hernie étranglée qu'à se hâter de la faire. »
Sous l'influence de cette terreur, les médecins anciens perdaient un temps précieux à essayer des agents médicamenteux et des topiques tels que cette pommade dans la composition de laquelle entraient l'once d'or de ducats d'Afrique dissoute dans l'eau régale, l'esprit-de-vin bien rectifié, les perles orientales porphyrisées, le vinaigre blanc, l'huile de pistaches, les feuilles de bardane et de morelle, etc., pommade qu'Arnaud recommandait encore de prendre chez la demoiselle Guiton, chirurgienne herniaire. Plus tard les moyens mis en œuvre, pour être moins extraordinaires, ne furent pas moins nuisibles, par les retards qu'entraînait leur emploi ; c'étaient les bains, les lavements de tabac, les purgatifs. Enfin il est encore des gens qui ne craignent pas de pré-
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coniser les injections de morphine, les afîusions d'élher, la faradisation, les ponctions aspiratrices.
La peur de l'opération cependant avait engagé les chirurgiens trop avant dans la voie des tentatives manuelles; sous le nom de taxis forcé, celles-ci furent poussées à Textrême par les élèves et les imitateurs d'Amussat et de Lisfranc. Aussi le taxis eut-il bientôt ses désastres qui, par une réaction excessive, entraînèrent Malgaigne dans une abstension systématique non moins funeste.
Il faut arriver à la période actuelle pour trouver, dans les travaux de Gosselin le précepte fondamental qui règle encore l'emploi du taxis et l'opportunité de l'opération. « La réduction doit être aussitôt essayée par le taxis pratiqué dans l'anesthésie chloroformique, quand on a la certitude que l'intestin n'a pas encore subi d'altération grave; dans le cas contraire et lorsque le taxis échoue, il faut sans aucun délai recourir à l'opération. » Dans sa pratique, Gosselin donne encore une part trop large aux manœuvres de réduction manuelle ; quoique Manec eût appelé l'attention sur les résultats favorables donnés par l'opération, lorsqu'elle était pratiquée de bonne heure, celle-ci, dans les temps qui ont précédé l'introduction de la méthode antiseptique, était entourée de trop de dangers pour ne pas justifier quelques réserves. Il n'en est plus de même aujourd'hui: nous savons que la gravité de l'opération dépend uniquement des lésions de l'intestin et de l'atteinte qu'a subie l'état général par le fait de l'étranglement, et en présence des incertitudes et des inconvénients du taxis on est porté à faire à la première une part de plus en plus large. C'est à l'étude de ces deux moyens d'action, à la discussion de leurs indications, que se trouve aujourd'hui réduite la question du traitement de l'étranglement herniaire. Nous ne mentionnerons les autres traitements, proposés encore récemment par quelques auteurs, que pour indiquer les sources où l'on pourra trouver les renseignements qui les concernent.
Injections sousculanées de morphine : Edward Domax, The Lancet, 185L — I^hilippe, Gaz. des hop., 1877. — Bocssenot, Thèse de Paris, 1881. — Fleury, Gaz. des hop., 20 avril 1885. — Dupont, Ibid., 10 mai 1883. — Pujos, Ibid., 7 juin 1883.
Affasions déther : Finkelnstein, Berliner klin. Woch., 24 juillet 1882 et 22 septembre 1884. — Du MÊME, Ibid., 1891, p. 494. — Krasowski, Wratch, n° 29, 1883. — L. Ettinger, Correspondenzblatt fiir schiv. Aerzte, 1891, n° 14. — Du même, Ibid., 1892, p. 441. — C. M. Fenx, Journal of the Amer. med. Assoc., 1892, t. XVIII, p. 480. — G. Gussenbauer, Prager med. Woch., 1893. t. XVIII, p. 427. — L. WiLK, Kronika lekarska, 1893, et Centralbtatt fiir Chir., 1894, p. 92. — KoziNTZOFF, Mcdicina, octobre 1890.
Faradisation : Koltschewski, Wratch, n" 24, 1883. — Woloschkewitsch, Ihid., n" 24. — Lew, Ibid., n° 29. — J. L. Marcley, Neiv York med. Record, 1893, t. XLIII, p. 202.
Ponction aspiratrice : Lecerf, Thèse de Paris, 1872. — Madelung, Bayer, Deutsche Zcit. /'. Chir., t. VI, p. 530 et 538. — John IIern, British med. Journal, 7 février 1891, t. I, p. 280.
Lavage de V estomac : Lund, Lancet, 4 février 1893. — H. F. Eischacker, New York med. Record, 1893, t. XLIII, p. 204.
Quant aux écrits qui ont eu pour objet le traitement des hernies étranglées par le taxis ou par l'opération, tel est leur nombre que nous ne saurions les énumérer sans nous exposer à de nombreuses omissions et à des redites; car il nous faudrait citer tous les auteurs qui se sont occupés de l'étranglement. C'est donc au cours des développements qui vont suivre, que nous indiquerons les principales sources où nous avons puisé et où l'on pourra compléter notre description.
[P BERGER