‹ Traité de chirurgie (volume 4)Chapitre 120 sur 162 · OSTÉOMYÉLITE DES OS DU CRANE · texte numérisé non relu

OSTÉOMYÉLITE DES OS DU CRANE

L'histoire de l'ostéomyélite des os du crâne est encore imparfaitement connue, et elle est passée sous silence par beaucoup de pathologistes : faut-il s'en étonner, en réfléchissant à la rareté de cette affection, propre à l'enfance, à l'incertitude et aux difficultés de son diagnostic, et, enfin, à l'opinion erronée que l'on a professée longtemps au sujet de l'ostéomyélite, qui était considérée comme appartenant cxchmveuient aux os longs.

Le professeur Lannelongue a montré, en quelques lignes, dans son travail si important sur l'ostéomyélite, les particularités de l'ostéomj'élite des os du crâne, et sa gravité : c'est en nous basant sur ses travaux, sur la thèse qu'il a inspirée à Jaymes, et enfin sur une publication personnelle, que nous allons tracer cette histoire (').

Toutes les observations d'ostéomyélite qui ont été publiées, n'ont pas un caractère d'authenticité absolue, et, en commençant l'histoire de cette affection, il faut se mettre en garde contre les confusions regrettables qui ont été faites. Une otite chronique amène une carie du rocher, et un abcès péricrànien consécutif: à l'autopsie, on trouve une nécrose du temporal, une allération des méninges, de l'encéphale; ces faits nombreux rentrent dans l'histoire de la carie du rocher, et n'ont aucun rapport avec l'ostéomyélite : Votorrhée déjà a)icienne, la sio'dité concomitante, la longue évolutioii du mal, qui n'a d'aigu que les accidents ultimes, doivent permettre d'éviter la confusion.

A la suite d'un choc sur la tête (chez une femme de trente-deux ans), il se

(') CiiASSAiGNAC, Mém. de la Soc. de r/iir.. t. IV, p. 280. Soc. anat. — Lannelongue, De l'ostéomyélite aiguë. — Jaymes, De l'ostéomyélite des os du crâne. Thèse de docl., 1887. — Gérard-Marchant, Des résections dans l'ostéomyéhjte. Soc. anat., 1888.

forme une luméfaclion : an l)Out de plusieurs mois, celte tuméfaction s'abcède, et la trépanation permet de reconnaître une nécrose, avec abcès sus et sousfrontal. Nous admettrons volontiers qu'il y a eu une périostite, mais donner, avec M. Jaymes, celte observation comme une ostéomyélite des os du crâne, c'est forcer les analogies. Nous pourrions poursuivre ce travail de déblaiement, et montrer que des cas de tuberculose crânienne ont été confondus aussi avec losléomyélite.

Quelles sont donc les conditions de validité que nous exigeons d'une observation d'ostéomyélite des os du crâne?

1" Il s'agit de sujets jeunes, blessés, surmenés ou convalescents.

2° Le processus infectieux frappe brutalement le sujet, amenant rapidement des accidents généraux et locaux de la plus liante intensité : les poussées d'ostéomyélite peuvent ne pas être limitées au crâne.

5" L'évolution de la maladie est rapide, se terminant le plus souvent par la mort, à moins d'une intervention prompte et (efficace.

Le jour où les recherches bactéï'iologicjues seront plus répandues, il y aura un critérium de la maladie, plus certain encore que ces données cliniques : c'est la présence, dans h'>> produil'< >^epl.iques, du staphylococcus aureusi^).

Étiologie. — L'ostéomyélite des os du crâne survient chez de jeunes sujets : d'après le dépouillement des observations reconnues valables par nous, les enfants avaient de deux à quatorze ans.

La nature microbienne de l'ostéomyélite étant aujourd'hui parfaitement démontrée, on doit toujours chercher la porte d'entrée du staphylococcus aureiis. Quelques-uns de nos blessés avaient reçu un coup, ou avaient fait une chute sur la tête : une plaie insignifiante a été relevée chez un certain nombre : le plus souvent, c'est sans cause locale appréciable que l'ostéomyélite est apparue.

A côté de ces conditions locales, qui devront, à l'avenir, appeler l'examen attentif des observateurs, il faut rappeler l'inlhience du froid, du surmenage, qui interviennent ici au même titre que dans l'ostéomyélite des os longs.

Jaymes [Joe. cit., p. J'2) fait jouer un rôle à l'otoi-rhée, (j7ii, existant depuis plusieins années, a pu all'aiblir l'organisme et le metire dans l'inq^ossibilité de résister à l'ostéomyélite : nous nous sommes déjà expliqué â ce sujet, et croyons avoir démontré, que la carie du rocher a été consécutive à ces otites chroni<iues, et qud ne peut être question ici d'ostéomyélite.

On ne sauiail nier l'influence débilitante des fièvres graves et la prédisposition que crée celte convalescence, pour l'ostéomyélite. Cette proposition est aussi défendable pour l'ostéomyélite des os du crâne ({ue pour celle des os longs, mais nous demandons à faire remar(|uer, <ii(e celle prétendue fièvre typhoïde, dans la convalescence de laquelle s'est déclarée l'ostéomyélite, n'est autre que la physionomie lromi)euse de l'ostéomyélite elle-même (*).

(') Ces lignes élai(Mil érritos, lorsque M. le iirofossoiir E.'innolongue nous a nionlré dans son laljoraloiic wno cullurc de stapliilococciis, provenant du pus d'une ostéomyélite du temporal.

(-)Jc ne puis oublier le cas de cet enfant, qui est envoyé d'iui service de médecine, dans le service du professeur I.nnnelongue, (pie je suppléais à Trousseau : il s'agit, lue dit-on, d'un malade coiivalesceut d'une lièvre tyi)li(»ïde, el (pii a de l'otite, avec un abcès niastoï-

Page 1