ET DU SINUS CAVERNEUX
Dans deux thèses inspirées par Nélaton, Henry ('), et Delcns (^) ont étudié ces anévrysmes.
Étiologie. — La solution de continuité est due le plus souvent, sinon toujours, à un traumatisme : c'est tantôt une fracture du crâne avec esquille qui perfore l'artère à son passage dans le sinus caverneux; le plus souvent, il s'agit d'un mécanisme direct, d'une déchirure produite par un corps vulnérant, venu du dehors et pénétrant dans l'orbite, et de là dans le crâne (coup de parapluie, grains de plomb).
Delens admet aussi un anévrysme spontané, dû à la rupture d'un sac anévrysmal préexistant, ou d'une paroi athéromateuse. Mais le fait n'a pas encore été prouvé anatomiquement, malgré l'observation de Gendrin ; aussi Terrier ('') rejette-t-il cette étiologie.
Anatomie pathologique. — La lésion principale est constituée par une perforation simple de l'artère, ou par une division complète, ou à peu près complète, avec écartement des deux bouts. Elle a pour résultat immédiat le mélange du sang artériel au sang veineux du sinus (Delens).
La dure-mère, qui constitue la paroi externe du sinus caverneux, est distendue et soutenue.
Il existe le plus souvent une ectasie de la veine ophthalmique (fig. 21o), qui décrit des flexuosités nombreuses, et dont les parois s'hypertrophient. Les nerfs moteurs oculaires sont comprimés, leur névrilème peut être infiltré de sérosité (Henry). Le nerf optique est généralement intact.
Symptômes. — Le début est variable avec la cause : brusque dans les cas de traumatisme, mais souvent masqué par les lésions encéphaliques contemporaines (commotion, contusion cérébrale). Il est plus facilement appréciable dans les anévrysmes spontanés. Une sensation subite de craquement
(') Henry, Considérations sur rancvnjsinc artcrio-veineux. Thôse de Paris, ISâG.
(*) Delens, De la communication de la carotide interne et du sinus caverneux (ancvrysme artcrio-veineux). Thèse de Paris, 1870. — Ce travail remarquable contient une bibliographie complète.
(') Terrier, Des tumeurs pulsatiles ou ancvrysmoïdes de l'orbite. ArcJiives Qcnér. de méd., t. Il, p. 174. — Traité de j)aiholofjie externe, p. ii'ii, t. II.
dans la lète, un bruit analogue à la détonation d'une arme à feu, suivis aussitôt du bruit de rouet entendu par le malade, marquent le moment de la
rupture et l'établissement de la communication anévrysmale (Delens, loc. cit.,p.'30).
A la période d'étal on constate des dilatations veineuses; ces symptômes se développent du côté de l'orbite, où ils produisent de rexophthalmie,des pulsations isochrones aux Ijattcments artériels, un bruit de souf- 11e continu {piaulement), avec redoublement, et plus tard une tumeur puisât ile à la partie supérieure et interne de l'orbite. Cette tumeur est formée par la dilatation de la vei)ie ophthahnique , qui est le phénomène caractéristique de l'alïcction (Delens).
Les douleurs sont parfois assez vives ; on a signalé un engourdissement au niveau de l'orbite, de l'anesthésie des téguments de l'aile du nez et du front (Hirschfeld).
Les malades se plaignent d'entendre du côté de la lésion un Ijruit de rouet, un bourdonnement, quelquefois assez fort, pour troubler le sommeil (Delens).
Les complications les plus ordinaires, consistent en lésions des nerfs moteurs des muscles de I'omI (i)aralysie de la r»" et de la (>'' jiaire). La vision est généralement respectée.
Le déveloi>i)ement des symptômes est graduel : la tumeur veineuse pulsatile n'apparaît (piau bout d'un certain temps, mais la durée et la terminaison nalurrjlcs (h^ rall'cctiou nr nous sont pas connues (Didcns).
Fio. 22.". — Ancvrysmc do la carotide interne cl du sinus caverneux (llièse de Delens.) a. Veine ophlalmiiiue dil.ih'c el flcxueusc. — h. Feule spiieiioïdale. — c. A|)oi)liyse clinoïdc imslrrieurc tjauelie. — rf, Orilice du sinus cornnaire. — e, Perfuralion de la rarolide interne. (La ))ai'()i supérieure de l'artère a été incisée pour montrer l'orifice de coniniunicalion.) — /", Esquille pointue du sommet du rocher ganclie, ayant déterminé la perforation de l'artère. — (j. sinus i)élreux supérieur gauche. — /i, Ksquillc du sommet du rocher droit. — i, Fracture transversale du sj>hénoïde immédialemeni au-devant de l'apophyse hasilaire. — /r, Carotide interne du côté droit. — l, Nerf optique gauche pcnclranldans l'urhile avec Tarière ()phlalmi(pie.
Diagnostic. - Lorscpte les symptômes (pie nous viMions d (^xposer suc-
ANÉVRYSME DE LA CAROTIDE LNTERXE ET DU SINUS CAVERNEUX. 621 cèdent à un traumatisme, ils sont caractéristiques de lanévrysme artérioveineux.
Dans les cas où la lésion est spontanée, et lorsque le symptôme morbide principal, se traduit par une tumeur pulsatile du côté de l'orbite, le diagnostic devient incertain. Faut-il rapporter cette tumeur anévrysmoïde de lorbite à un anévrysme intra-orbitaire, à un anévrysme cirsoïde de lophlhalmique, soit à une communication artério-veineusc du sinus, soit enfin à une simple dilatation de la veine ophthalmique? (Terrier, Pathologie externe, p. 230). Le diagnostic différentiel sera mieux placé à l'histoire des tumeurs pidsatiles de l'orbite.
Le pronostic est grave, mais Delens pense que la guérison peut être et a été obtenue, dans un certain nombre de cas.
Traitement. — « 11 est médical ou chirurgical. Le traitement médical n"a jamais été employé que pour des tumeurs pulsatiles de lorbite, c'est-à-dire que nous le croyons insuffisant dans les cas d'anévrysme artério-veineux, cependant on peut essayer la méthode de Valsalva (Langenbeck), le traitement débilitant (Collard), l'ergot de seigle (Holmes). »
« Le traitement chirurgical, utilisé dans les anévrysmes traumatiques, a été la ligature de la carotide primitive (Nélaton) ; on a même conseillé de lier en même temps la carotide externe, pour éviter le rétablissement trop rapide de la circulation artérielle (Legouest). Toutefois, avant d'arriver à pratiquer cette grave opération, on pourrait conseiller la compression digitale intermillente (Nélaton). »
ni. ANÉVRYSMES DE l'aRTÎ^RE MENINGEE MOYENNE DANS SA PORTION