‹ Traité de chirurgie (volume 4)Chapitre 148 sur 162 · TUMEURS DE LA MOELLE ET DE SES ENVELOPPES · texte numérisé non relu

TUMEURS DE LA MOELLE ET DE SES ENVELOPPES

a. Tinneiirs inlra-spinales. — Ces tumeurs, développées primitivement dans le tissu de la moelle, sont assez rares.

Le gliome, qu'on observe assez souvent dans le cerveau, se rencontre beaucoup moins fréquemment dans la moelle. Dérivé du tissu conjonctif normal des centres nerveux, il présente une telle mollesse que ses vaisseaux se déchirent parfois, et donnent naissance à des hémorrhagies capables d'infiltrer les parties saines de la moelle.

D'après M. Bouchard ('), le sarcome et le carcinome, avec leurs diverses variétés, ne paraissent pas se développer primitivement dans la moelle. Leyden (^) reconnaît que la description des sarcomes, cancers, stéatomes, telle qu'on la trouve dans les observations anciennes, est le plus souvent insuffisante. Les gommes syphilitiques sont rares dans le tissu de la moelle; les tubercules solitaires, constituant de véritables tumeurs, sont au contraire très fréquemment observés; ils coïncident généralement avec la tuberculisation d'autres organes.

b. Tumeurs méningces. — Elles sont plus fréquentes. On rencontre dans les méninges, les diverses espèces de sarcome et le psammome, considéré par M. Robin comme une variété d'épithéliome, par MM. Cornil et Ranvier comme un sarcome angiolithique. Leur développement est très lent; aussi ces tumeurs ne donnent-elles guère lieu à des symptômes, quand elles se développent au crâne. Mais, dans le rachis,rétroitesse du canal vertébral fait qu'elles deviennent assez souvent une cause de paraplégie.

Sous le nom de tumeurs extra-méningées, M. Bouchard [Joco citato) étudie les tumeurs qui, se développant dans le tissu cellulo-adipeux de la cavité rachidienne, peuvent devenir des agents de compression. De ce nombre sont le sarcome, le carcinome, les kystes hydatiques dont nous avons déjà parlé. Des névromes développés au niveau des trous de conjugaison, peuvent aboutir au même résultat.

Symptômes généraux des tumeurs du rachis et de la moelle.

— -Les symptômes auxquels peuvent donner naissance les tumeurs du rachis sont de deux ordres : les uns se rapportent à la compression de la moelle et des nerfs rachidiens; les autres, aux déformations de la colonne vertébrale. Les symptômes de compression sont communs aux tumeurs du rachis et à celles de la moelle épinière elle-même. Ajoutons que, dans certains cas. les tumeurs du rachis peuvent former des masses volumineuses, appréciables en clinique, soit par la palpalion profonde de l'abdomen , soit par l'examen des gouttières vertébrales.

a. S!j)npto>nes de compression. — Comme le fait remarquer M. Bouchard, il faut bien distinguer la compression brusque de la moelle, telle que la produisent les déplacements osseux dans les fractures et dans les luxations, de la compression lente que déterminent, soit les tumeurs, soit les lésions du mal de Pott. Dans la compression brusque, en elTet, tout peut se borner à des phénomènes purement mécaniques; il n'y a point d'altérations du tissu de la

(•) BoucHAno, art. Moklle. Dict. e)icycl.. loc.o citato.

C) Leyde.v, Traitii rlinhiue des maladies delà moelle, p. 5iG.

moelle lui-même. La preuve en est, qu'une fois la luxation réduite, on voit reparaître l'intégrité des fonctions.

Il en va tout aui renient quand il s'agit de compression lente. Ici, il n'y a plus seulement imo compression mécanique, mais des altérations anatomiques du côté du tissu médullaire; on constate tout d'abord, au point comprimé, de l'anémie de la moelle, puis tous les caractères d'une myélite interstitielle, prolifération du tissu conjonclif, disparition de la myéline des tubes nerveux, formation de corps granuleux. Ce foyer de myélite devient le point de départ de dégénérations secondaires de la moelle, se localisant dans les cordons |)ostérieurs au-dessus de la lésion, et dans les cordons latéraux, pour la région de la moelle située au-dessous.

Généralement, ce sont les douleurs qui attirent tout d'abord l'attention; elles revotent le caractère de douleurs en ceinture, ou bien encore ce sont des douleurs irradiées le long des nerfs sciatique et crural, simulant de véritables névralgies, d'où l'expression de pseudo-névralgies employée pour les désigner. Klles sont sous la dépendance de la névrite des racines rachidiennes, et peuvent s'accompagner de paralysies, avec ou sans contractures, et de troubles trophiques. L'irritation des nerfs comprimés produit aussi l'hyperesthésie do téguments dans la partie où se distribue le nerf affecté. Suivant que la compression est unie ou bilatérale, la douleur alTecte la forme en ceinture, ou elle est limitée à un point plus ou moins étendu. Quand la com})ression siège au niveau de la région lombaire ou de la partie inférieure de la région dorsale, la douleur peut affecter les caractères de la névralgie sciatique ou ceux de la névralgie crurale; siège-t-elle, au contraire, au niveau du renflement cervical, elle reproduit les caractères de la névralgie bracbiale. Les douleurs sont surtout intenses dans les cas de cancer du rachis, lors(pie le tissu osseux se laisse atlaisser, et que les nerfs sont comprimés dans les ^ trous de conjugaison; c'est ce qui a fait dire à Hawkins, à Gull et à Leyden (|ue, dans le cancer vertébral, les douleurs sont presque caractéristiques.

Bien que la cause qui la produit soit pcrmanenle, la douleur offre ce caractère de présenter des exacerbations sous forme de crises souvent nocturnes. Les mouvements sj)ontanés ou communiqués aux membres suffisent parfois à déterminer ces crises, au moment desquelles les douleurs deviennent véritablement atroces. Il sembh^ aux malades que leurs os soient rongés ou broyés. Ces crises douloureuses, lorsqu'elles sont liées à la paraplégie, constituent un ensemble tout à fait caractéristique du cancer de la colonne vertébrale. C/est cet ensemble synij)tomati(pie (pie Cruveilliier désignait sous le nom de paraplégie douloui'cuse. jinnipli'i/h' (l()uloufeii!<e des nincéreux de CJiarcol.

Plus lard, les paili<'s (pii ;i\ai(Mil été j)i'imiliv(Mn<Mil 1(> siège (1(^ l'iiyperesthésie peuvent présenter de l'anesthésie, sans cpie, pour cela, les douleurs s|)ontanées cessent de se montrer; c'est <'e (pii constitue l'anestliésie douiourcMise. Ace moment encore peuvent apparaître les troubles tropliitpies, zona ou éruptions bulleuses sur le Irajel des nerfs irrités, quelquefois même des escbares. Il faut y joindre l'atropliif! musculaire, avec ou sans paralysie», ou même avec contracture. Dans une thèse lèccnlc, M. Séné (') étudie cerlaius cas de tumeurs

(') L. Sr.M-;, l'étude sur (ji(rl<jiics r(ts iritlrujihic )iiiisriilinrr j/c'/ir'/vi/i.sv'c, rn)i:iérulivr à des tumeurs vuUigiies de la entonne vertébrale. Tlièsc ilo docl. do l*;iris, 1884.

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