‹ Traité de chirurgie (volume 4)Chapitre 149 sur 162 · SYMPTOMES GENERAUX DES TUMEURS DU RACHIS · texte numérisé non relu

SYMPTOMES GENERAUX DES TUMEURS DU RACHIS

malignes très étendues du rachis qui, en comprimant la plupart des nerfs rachidiens, ont pu donner naissance à une atrophie musculaire c^énéralisée. D'après l'auteur, cette atro})hie musculaire est primitive, elle i)récède la paralysie; elle est remarquable par la rapidité extrême de son développement.

Les symptômes précédents tiennent uniquement à la compression ou à l'irritation des nerfs. Quant aux symptômes propres à la compression de la moelle, ils surviennent quelques semaines ou ([uelques mois plus tard. Toutefois, ils peuvent survenir d'emblée, surtout dans les cas où il s'agit de tumeur intraspinale. Les troubles moteurs consistent d'abord en une simple [)arésie qui devient bientôt une paralysie complète, sans contracture; c'est la liériode de paralysie tlasque.

Au bout d'un temps qui varie de six semaines à deux mois, quelquefois plus tard, apj)araissent des secousses, des crampes dans les muscles paralysés, (jui font l)ientôt place à une contracture permanente. Tandis que la paralysie tlasque est attribuée à la simple interruption mécanique des cordons antérolatéraux, la contracture est due à la dégénérescence secondaire, sous forme de sclérose, de ces mômes cordons. Cette contracture tend à placer les membres dans une flexion permanente, qui se prononce sans cesse davantage. Le pouvoir excito-moteur du bout inférieur de la moelle est augmenté; aussi, les actions réflexes s'exagèrent-elles, et les membres paralysés entrent en convulsion sous l'influence du moindre attouchement (épilepsie spinale).

Au bout d'un temps plus ou moins long, on voit survenir des troubles de la miction et de la défécation, rétention ou incontinence. Si la compression siège au niveau de la région dorsale ou au-dessus, c'est la rétention qui domine; si la compression se produit très bas, c'est l'incontinence. En effet, si la lésion siège au-dessus du point où le cerveau exerce son action modératrice sur la substance grise de la moelle, les sphincters placés sans interruption sous l'influence médullaire restent contractures; il y[a rétention. Si, au contraire, la moelle est lésée au-dessous du point de départ des excitations qui déterminent la contraction habituelle des sphincters, ceux-ci se relâchent; il y a incontinence.

Il y a aussi des troubles de la sensibilité, retard et perversion des sensations, ou bien encore des sensations associées, qui consistent en ce que le malade perçoit sur un point correspondant du membre opposé, une sensation analogue à celle qu'on détermine sur l'un des deux membres supérieurs ou inférieurs. Enfin, surviennent à la longue, les troubles de la nutrition, atrophie rapide des muscles, eschares au sacrum, arthropathies, cystite purulente.

Les symptômes que nous venons d'énumérer appartiennent à la compression totale de la moelle; mais il peut se faire que la compression porte seulement sur une des moitiés de l'organe. Suivant les données de la physiologie, on observe alors une paralysie motrice des parties situées au-dessous et du côté de la lésion, avec anesthésie du côté opposé.

Dans les cas où la compression siège à la région cervicale, on peut avoir une paralysie limitée aux membres supérieurs. En cas de lésion unilatérale, si la compresion porte sur la région cervicale, on observe l'hémiplégie s])inale avec anesthésie croisée; la lésion siège-t-elle à la région dorsale, on a Ihémiparaplégie avec anesthésie croisée.

2" Aux symptômes précédents, d(>pendant des lésions de la moelle et des

nerfs, se joint parfois, en cas de tumeur du rachis, une déformation de la colonne vertébrale sous forme d'une gibbosité à grande courbure, présentant sur son trajet des inégalités et des bosselures. Généralement, il existe une douleur marquée à la pression, au niveau de cette gibbosité. Enfin, dans certains cas où la tumeur était très volumineuse, on a pu la constater par le palper abdominal pratiqué profondément, ou par l'examen des gouttières vertébrales.

Marche. — Durée. — Terminaisons. — La durée de la maladie dépend évidemment de la nature de la tumeur. Dans le cancer, la marche est en général rapide, et ne dépasse guère un an à dix-huit mois. Dans certains cas, la marche est cxlrômement rapide; ainsi Colin a rapporté Ihistoire d'un jeune soldat chez lequel le début fut marqué en septembre par de violentes douleurs lombaires; le 14 janvier, la paraplégie devenait complète, cl le malade succombait le (î mars, avec des eschares, six mois, par conséquent, après le début de la maladie ('). Bien que la marche soit continue et progressive, on observe parfois une diminution passagère des symptômes dus à la compression nerveuse.

A part les cas dexostoses syphilitiques, la mort est la terminaison fatale, et elle survient, soit comme conséquence delà paraplégie, par le fait des eschares ou de la cystite ulcéreuse, soit par épuisement et par cachexie cancéreuse.

Diagnostic. — Le diagnostic des tumeurs du rachis et de la moelle peut présenter des difficultés considérables, et quelquefois même tout à fait insurmontables. En l'absence de toute tumeur apparente, de toute déformation vertébrale appréciable, on n'a pour se guider que les phénomènes médullaires. Encore ceux-ci peuvent-ils faire complètement défaut, et la tumeur n'être reconnue qu'à l'autopsie. C'est ce qui arriva dans un cas de cancer du rachis consécutif à un cancer œsophagien publié par Laborie (-) et dont nous avons déjà parlé. Le malade succomba brusquement, pendant la nuit, à une hématémèse formidable, et l'on trouva à l'autopsie, une tumeur cancéreuse au niveau de la 5^ vertèbre dorsale, ayant détruit l'œsophage sur une étendue de 5 centimètres.

Lorsque les phénomènes nerveux et la ditTormité vertébrale ont fait porter le diagnostic de tumeur du rachis, on doit encore se demander quelle est la nature de la tumeur à laquelle on a affaire. L'intensité des douleurs caractérisant la paraplégie douloureuse des cancéreux conduit à l'idée de tumeur maligne. L'examen minutieux de tous les organes qui ont pu être le siège d'un cancer primitif, sein, testicule, estomac, la constatation d'une cicatrice résultant de l'extirpation d'une tumeur, montrent qu'il s'agit dun cancer secondaire.

Dans le cas de cancer primitif, la difficulté est beaucoup plus grande. On ne saurait se baser sur l'âge des malades; car, si le carcinome se voit surtout chez les personnes Agées, l'ostéosarcome peut se rencontrer chez de jeunes sujets. .\ [tart les doulcui-s violentes, on a i)Our se guider l'œdème, l'apiiarition des ganglions engorgés, de thromboses veineuses, enfin l'état cachectique des malades.

(') L. Colin, Tumeur sai^romaleuse de la colonne vertcbrnlccubi; ilélus aigu, suite de cotnpression brusque de la moelle. IluU. de la Soc. anat.,b* série, t. VIII, 1873. p. 50/i. (*) Bull, de la Soc. de chir., l. X, p. 34, 1859.

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