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LUXATIONS DU RADIUS EX AVAXT

les faits semblables se sont multipliés, et pour employer la phrase consacrée, les observations similaires ne pourraient plus aujourd'hui ôtre comptées.

Causes et mécanisme. — La luxation du radius en avant se rencontre souvent chez les enfants. Malgaigne en a observé une dans le cours de la deuxième année, Danyau une dans la troisième, enfin, Kracowitzer et Leisi-inck(') ont signalé cet accident à la suite des manœuvres de l'accouchement. Mais ce n'est pas ordinairement dans le premier âge (jue cette luxation a lieu, et son maximum de fréquence paraît être dans l'adolescence. Elle se produit rarement chez l'adulte, et serait exceptionnelle chez le vieillard (Jousset).

Elle succède ordinairement à une chute sur la paume de la main, suivie de rhyperextension de lavant-bras sur le bras. Les ligaments internes épitrochléocoronoïdiens résistent et le maximum de l'effort se faisant sentir sur la partie externe de l'articulation, la partie antéro-externe de la capsule articulaire et le ligament annulaire sont déchirés; la tète du radius se déplace et se porte au-dessus et un peu en dedans du condyle. Dans ce cas, la déchirure ligamenteuse n'intéresse (jue le ligament annulaire et la partie antérieure de la capsule, le ligament latéral externe est sauf.

Ailleurs, Denucé admet que le ligament latéral externe et la capsule seuls sont rompus, l'annulaire demeurant intact. En etïet, la rupture du ligament latéral externe permet à l'annulaire de descendre sur le col du radius, et cet os peut s'écarter de 7 millimètres du cubitus, écartement qui est suffisant pour permettre sa luxation en avant. Bien que Pingaud se refuse absolument à admettre qu'il puisse y avoir un déplacement complet de la tête du radius dans ces conditions et sans déchirure du ligament annulaire, Denucé ne signale pas moins de sept pièces sur lesquelles il a pu remarquer l'intégrité de ce ligament, et le fait paraît absolument incontestable.

La luxation peut encore se produire, mais très rarement, dans d'autres conditions. A la suite d'une chute sur le coude par exemple, le radius reçoit un choc et est projeté directement en avant. Enlin, la luxation en avant aurait été observée à la suite de simples tractions, et les cas suivants sont classiques.

Ph. Boyer rapporte qu'un jeune laquais, ayant saisi la capote d'un cabriolet pour monter derrière, glissa et resta suspendu par la main; une luxation du radius en avant s'ensuivit. Une autre fois le déplacement eut lieu pendant l'effort que faisait un jeune homme pour soulever un pesant fardeau.

Il n'y a pas eu d'autopsies de luxations récentes. Dans les dissections de luxalions anciennes, on a trouvé la tète radiale au-devant du condyle légèrement portée en dedans. Le ligament annulaire était généralement intact, et l'extrémité osseuse déplacée était plus ou moins déformée, entourée d'une gangue fibreuse.

Symptômes. — L'exploration du coude fait aisément reconnaître une (') Leisrink, Deutsche Zeitsclirift f. Chirurgie, 1875, cl Pollet cl Bousquet, t. III, p. 7W.

FiG. ()i. — Luxation romplclc (lu railius on avant.

n. ligament annulaire inlael.

série de symptômes caractéristiques. En arriére et en dehors, le doigt sent audessous du condyle une dépression notable. Dans le pli du coude, en avant et en dedans de l'épicondylc, est une saillie; c'est la tôle du radius. Le côté externe de l'avant-bras incliné en dehors est raccourci, l'avant-bras à demi fléchi est entre la supination et la pronation.

La flexion est limitée et ne peut être portée au delà de langle droit sans que la tête radiale venant buter contre la face antérieure de l'humérus, n'arrête le mouvement. Cette rencontre des deux os se fait quelquefois avec bruit, et A. Cooper insistait sur ce symptôme caractéristique en quelque sorte.

Traitement. — Simple dans la plupart des luxations récentes, la réduction na pu cependant être obtenue dans un bon nombre de cas. Le procédé le plus g-énéralemenl employé a été la traction, exercée sur l'avant-bras dans l'extension et la supination, associée à la pression directe sur la tête radiale déplacée.

Ce procédé peut être modifié de différentes laçons, mais ces modifications ne me paraissent pas avoir grande portée, car la cause de l'échec ou de la reproduction du déplacement après réduction est l'interposition entre les surfaces articulaires d'un lambeau capsulaire flottant.

li. — LIXATIONS PAR EN P.AS OC PAR KLONGATION

Depuis bien longtemps on discute sur la nature de cette luxation par élongation. Denys Fournier (') le premier, en 1671, parla de « l'eslongation » du radius par relâchement des ligaments. Puis Duverncy (-) déclara plus clairement qu'il n'y avait pas seulement élongation par relâchement des ligaments, mais bien « subluxation du radius qui se dégage en son anneau fibreux ». Après bien des vicissitudes, cette théorie a prévalu et est généralement adoptée aujourd'hui.

Voici les din'érentes phases de cette question : Bollentuil (''), Pinel('*), Martin (de Lyon) (^), supposèrent que la théorie de Duverney ne suffisait point à expli- (juer les symptômes. Ils pensèrent qu'il y avait un déplacement complet de la tête du radius après déchirure de la capsule. Dans un mouvement de pronation forcée, les os de l'avant-bras s'entre-croiseraient vers leur partie moyenne (Boltentuit) ou au niveau de la tubérosilé bicipitale (Pinel), et le radius, prenant point d'appui sur le cubitus, exécuterait un mouvement de bascule, en vertu duciuel sa tête déchirerait partiellement la capsule en avant ou en arrière (Martin) et se luxerait.

A partir de ce moment, les observations et les théories se multiplièrent; nous pouvons aujourd'hui les résumer en les rangeant sous (|uatre chefs :

1" l'ne opinion formulée par Gardner, en LSâT, consiste à considérer la lésion ([ui nous occupe comme un accrochement de la tubérosilé bicipitale du radius, sous le l^ord externe du cubitus. Un mouvement de pi'onalion forcée^ amènerait la tubérosilé bicipitale sous le cubitus, contre iecpud elle resterait fixée. (Gardner C'j, Rendu (^), Hourguel (d'Aix) ("j.

(')i (*)» ('Oi (*)' ('") Annlysés par Pin(;aui), Dirlinnn. Orrhanilivr. I. XXI, \k ,")7(>.

(«) (Iardnkh, G'tz. uuUi.dr l'aris, 1X7.7, p. OGi ol ISiS, p. (ii(>.

(') Ri:.M)C, (l(tz. méd., 1«41, p. ."01.

C*) liouHGUKT d'Aix, Rev. inédicu-chirur-ijiralc, ISôi ol IS.").").

LUXATION PAR ELOXGATIOX.

2° Goyrand ('), puis, avec quelques variantes, Denucé et Porrin (-) supposaient qu'un diastasis léger se produisait dans l'articulation radio-cuhitale supérieure, permettant une subluxation du radius en avant.

Pour Goyrand, la tête du radius se déplaçait un peu <^n avant de la petite cavité sig-moïde. De même, pour Denucé, un mouvement forcé de pronation portait la tête radiale assez loin en avant pour que le ligament carré fût allongé ou déchiré. Puis l'effort cessait et la contraction musculaire appliquait vigoureusement contre le condyle la tête radiale « maintenue probablement par la saillie du bord postérieur de sa cupule au-devant du bord interne de la petite cavité sigmoïde abandonnée ».

Streubel admet aussi cette subluxation, mais ce qui pour lui maintient le déplacement, c'est l'interposition de la partie postérieure de la capsule articulaire entre la tête radiale et la petite cavité sigmoïde cubitale.

Perrin admet qu'à la suite dune traction directe exercée sur l'avant-bras, le radius glissant sur le cubitus peut abandonner la petite cavité sigmoïde du cubitus, venir se placer au-dessous d'elle, « où elle est probablement et faiblement retenue par la saillie disposée en crochet qu'offre l'extrémité inférieure de celte même cavité. »

o" Plus tard, Goyrand (d'Aix) (^) abandonnant l'opinion que nous venons d'exposer, soutint que le poignet était le siège de la lésion et que les accidents étaient dus au passage de la tête du cubitus en arrière du fibro-cartilage triangulaire radio-carpien.

4" La quatrième théorie se rapproche beaucoup de la conception de Duverney. Elle a été proposée et soutenue par Pingaud ; absolument rationnelle, elle repose sur l'expérimentation cadavérique. Pour Pingaud, la tête radiale est violemment attirée en bas et la collerette formée par le ligament annulaire autour de son col remonte sur la tête et reste accrochée sur le bord de la cupule (fig. 65).

« Nulle part on ne constate de déchirure musculaire ou ligamenteuse au niveau de larticulation huméro-radiale. mais on aperçoit un petit segment de la cupule radiale, que le ligament annulaire, remonté en avant seulement, laisse complètement à découvert. Il demeure évident que l'étroit anneau fibreux qui, à l'état physiologique, termine le ligament annulaire par en bas, et étrangle le col du radius, sest, grâce à son élasticité dans le jeune âge, laissé progressivement distendre par le fait de l'abaissement de la tête de l'os, et qu'il a finalement glissé au-dessus d'elle. »

Cette luxation est relativement fréquente. Goyrand déclarait en avoir vu

(•) Goyrand, Gaz. mcd., 1842.

O Perrin, Rev. médico-chirurgicale, t. V, p. 145.

(^) Goyrand, Bull, de la Soc. de chir., 18C1, p. ôOO.

Fig. 65.

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