‹ Traité de chirurgie (volume 4)Chapitre 75 sur 162 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

II est toute une classe de lésions articulaires qui ont été observées au cours d'affections traumatiques ou spontanées des centres nerveux, elles méritent d'être rassemblées dans un même chapitre. Ces lésions ont été parfois décrites sous le nom à'artJiropatliiescr origine nerveuse {^); quelques-unes paraissent véritablement mériter ce titre, la relation de cause à effet est moins évidente pour d'autres : nous préférons ne préjuger en rien de la question de doctrine en adoptant une qualification plus générale et plus vague. En réalité, nos connaissances actuelles, sur le mode normal de nutrition des os et des articulations, sont fort incomplètes; l'influence du système nerveux paraît évidente, son mode d'action demeure problématique. Lorsqu'il s'agit des muscles et des nerfs, nous savons qu'il suffit d'interrompre les liens qui les rattachent] à la cellule nerveuse, pour qu'immédiatement leur nutrition en soit profondément atteinte : en l'absence de toute espèce d'inflammation ou de trouble vasculaire, la simple section d'un nerf amène la dégénérescence du bout périphérique sectionné et celle des faisceaux musculaires auxquels il se distribue. On en conclut que les centres nerveux exercent une action trophique directe sur les nerfs et les muscles. Le mécanisme de la nutrition des autres tissus paraît plus complexe. Sans doute il serait satisfaisant pour l'esprit, d'accepter par analogie des nerfs centrifuges allant aux éléments anatomiques et agissant incessamment sur leur vitalité, mais l'existence de ces nerfs, si l'on excepte peut-être certains épithéliums, n'a jamais reçu de démonstration. On est donc liien obligé de se rabattre sur l'hypothèse d'une action indirecte, exercée par l'entremise des nerfs sensitifs sur les nerfs vaso-moteurs. A l'état physiologique, les terminaisons sensitives recevraient à chaque instant une impression transmise ensuite

(') Blum, Des artliropatfiies d'oritjine nerveuse. Thèse d'agrég., 1875.'

aux centres et réfléchie sur les nerfs vasculaires : l'équilibre nutritif serait le résultat de cette excitation incessante. Par suite, la nutrition pourrait être lésée en vertu dun trouble portant sur les centres ou sur les nerfs vaso-moteurs, ou bien sur les centres ou sur les nerfs sensitifs. J'ajoute encore qu'une altération de ces derniers prive les organes d'un moyen de défense, en amenant la suppression de certains réflexes capables de les soustraire à une violence quelcon([ue. En second lieu, des innombrables travaux qui ont eu spécialement la peau pour objet, il semble résulter que les trouldes trophiques apparaissent moins par la suppression pure et simple de l'action nerveuse que par une perversion de celte action, ils surviennent rapidement dès que la lésion a déterminé, « soit dans les nerfs, soit dans les centres nerveux, une exaltation de leurs propriétés, une irritation, une inflammation ('). » Cette proposition importante a été pleinement confirmée par les observations qu'on a pu faire du côté des os et des articulations (*).

On a essayé, en effet, de déterminer expérimentalement des lésions osseuses ou articulaires, en supprimant simplement l'action du système nerveux, en pratiquant des sections de la moelle épinière, des racines rachidicnnes et des nerfs périphériques. Or, si les résultats paraissent au premier abord peu démonstratifs et parfois contradictoires ("'), il n'en ressort pas moins que, en l'absence de phénomènes inflammatoires provoqués par l'opération ou par un traumatisme ultérieur, laltération des os reste en général bornée à une simple atrophie souvent peu appréciable (*). De môme, dans les nombreux cas de plaies nerveuses simples observées chez l'homme, il est exceptionnel de voir mentionner une altération dune surface articulaire ou d'un os. Les exemples d'ostéopathies ou d'arthropathies deviennent au contraire un pou moins rares dès qu'on consulte l'histoire des lésions nerveuses spontanées, ou bien encore celle des lésions traumatiques suivies de névrite ou de myélite.

Ces quelques considérations suffisent à faire comprendre que les arthropathies dites d'origine nerveuse dépendent d'un mode de réaction spécial du système nerveux central ; cette réaction peut être provoquée par une lésion des nerfs périphériques ou par une lésion des centres sensitifs; nous connaissons assez bien la voie centripète du réflexe pathologique, nous supposons que les vaso-moteurs sont la voie centrifuge, nous ignorons absolument oîi se fait la transformation de l'excitation morbide.

(') Je dis des os el des arliculations. C'est ([n'en elTel il est inijjossiljle de séparer des artiiropalhies les troubles Irophiquos qui poiienl sur le système osseux. Hrown-Séquard avait dès \Kii (JoitDinl de la physiolorjie) iietlcnient formulé celle loi en disant: <• Il faut distinguer les effets de l'irritation de la moelle épinière et des nerfs de ceux de la paralysie avec simple cessation d'action de ces parties; en d'aulres tenues, il faut dislini^uer les effets de l'action morbide de ceu.x de l'absence d'action ■•.

(*) CuAHCOT, Leçons sur les ?naUtdics du système nerveux, el Bhown-Skoiaiui, Journal de la physiologie, ii<b'J.

(') \'oy. Manti;(;azza, Gazz. med. ital., 1807. — Fischer, Berl. klin. Woclienschr. — Scimfk, Acad. des se ISji. — Ollikh, De la réycncrulion des os. — Vuliman, Leçons sur les vasomoteurs. — Talamon, licvue rhir., 1878.

(*) G. Lumbroso(Soc. de biol., 188.')), en sectionnant les racines postérieures onlre la moelle et les ganixlions spinaux, a vu survenir, vin^d-cin(| jours après, un ij:onl1ement de l'articulation du coude; il en conclut (jue la lésion articulaire est venue par le fait de la lésion destructive des fonctions de la moelle, mais il avoue l'c^xistence d'une ménini.Mle au jioint opéré; on peut aussi bien conclure, de son observation, à une action palbologique réilcxe.

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