‹ Traité de chirurgie (volume 5)Chapitre 101 sur 235 · CORPS ÉTRANGERS DE L'INTESTIN · texte numérisé non relu

CORPS ÉTRANGERS DE L'INTESTIN

lIi':viN, Mciiuiires de l'Acnd. royale de rliir., ùdil. I8|'.», t. I, j). 509. — Poulet, Traité des corps étraiigors en cliiriirgio. Paris, \Hld, p. 2'25. — Wiiiïk, Amer. Journ. of med. se, juillet 1870, p. '27'.». — F. Tri^ves, Intestinal oitstruction. Loiidon, 188i, chap. xvi, xvii, xviii. — Radestock, Afch. fiir Ixlin. Chiv., 18S7, t. WXV, l'asc. 1, p. 253. — TniniAn, 5" Cungr. franc de Cliir., mars i8!)l. p. ôl.

Nous n'éliKlierons que les corps étrangers de l'intestin gr<île et de la partie du gros intestin qui est en amont de l'S iliaque; ceux de l'S iliaque seront étudiés avec ceux du rectum. Nous ne nous occuperons pas non plus des corps étrangers de l'appendice iléo-crecal dont lliisloire se trouvera au chapilrc des inflammations caecales et péri-caîcales.

Les corps étrangers de l'intestin peuvent venir de l'extérieur, par une plaie; mais c'est là un fait très exceptionnel, et le plus souvent ils viennent de l'estomac. Dans quelques cas, ils proviennent de la vésicule biliaire : lorsqu'ils sont peu volumineux, les calculs biliaires passent par le canal cholédoque, cl alors leur présence dans l'intestin ne provoque aucun accident; lorsque, au contraire, ils sont très gros, ils ne peuvent pénétrer dans l'intestin que par une voie artificielle, creusée au milieu d'adhérences unissant la vésicule biliaire à une portion de l'intestin. Dans ces conditions, ils sont assez souvent l'origine d'accidents d'occlusion intestinale. Nous reviendrons sur ces faits, un peu plus loin.

Lorsque, après un séjour plus ou moins prolongé dans l'estomac, un corps étranger franchit le pylore et arrive dans le canal intestinal, il le parcourt très souvent dans sa totalité, sans déterminer d'accidents. La tolérance de l'intestin pour les corps étrangers est surprenante : poussés par des mouvements péristaltiques lents et réguliers, lubréfiés par les sécrétions de la muqueuse intestinale et par les matières alimentaires, ils cheminent peu à peu, sans s'accrocher, et sans blesser la muqueuse. Ils subissent, néanmoins, quelques arrêts, et cela, même à l'état physiologique, en des points particuliers de l'intestin, comme la valvule iléo-ca^cale, le cœcum ou son appendice ; diverses conditions pathologiques y prédisposent; en effet, sans compter les troubles de sécrétion et de motilité, à la suite desquels les corps étrangers s'arrêtent ou s'accumulent dans certains départements de l'intestin, comme le caecum ou rS iliaque, il arrive aussi qu'ils s'enclavent dans un rétrécissement de l'intestin, ou qu'ils soient incapables de doubler une déviation angulaire, résultant d'une adhérence, d'un vice de position, de l'engagement de l'intestin dans un orifice herniaire ; il se peut encore qu'ils restent immobilisés devant une région aplatie par une tumeur du voisinage.

Gomme les corps étrangers de l'estomac, ceux de l'intestin sont uniques ou multiples; ces derniers sont très souvent constitués par des agglomérations de substances réfractaires à l'action des sucs digestifs, des noyaux de fruits, par exemple. Gruveilhier a cité un cas où il trouva 610 noyaux de cerise. Habi-

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luellomonl, ces amas se produisent dans le gros intestin ; lorsqu'ils sont anciens, ils sont agglomérés par des substances amorphes, concrètes, qui en font un bloc d'apparence homogène, à première vue; c'est là une variété d'cntérolithcs formes par apposition de couches calcaires autour de corps étrangers, reconnaissables à la coupe. Dans d'autres circonstances, l'entérolithe est constitué par un noyau central, qui n'est autre chose qu'une masse fécale durcie, autour de laquelle se sont déposées par plusieurs couches concentriques que l'analyse chimique démontre être composées d'oxalate, de phosphate et de carbonate de chaux. Quelquefois, la masse tout entière est formée par incrustation calcaire de substances végétales non digestibles (Laboulbène); d'autres fois, des couches fécales et calcaires alternent autour d'un noyau central.

Vulpian a signalé des cas, dans lesquels le noyau central était un calcul biliaire.

Ces entérolithes, lorsqu'ils sont uniques, peuvent acquérir un volume considérable, celui d'une amande, dune noix; liuss et Mosander ont cité une observation d'entérolilhe qui avait 1 7 centimètres de long sur 6 centimètres d'épaisseur. Bien plus souvent, ils sont multiples ; ils ressemblent alors à des noyaux de cerise, à des grains de melon, et présentent des facettes par pression réciproque.

La genèse des concrétions intestinales paraît tenir, pour beaucoup, au genre d'alimentation; les entérolithes ne sont pas rares, en particulier, dans les pavs où la farine d'avoine constitue la base de l'alimentation, l'Irlande, l'Ecosse, la Bretagne; mais la cause doit en ôtre cherchée surtout dans un trouble des sécrétions intestinales et dans la parésie de l'intestin engendrant la constipation ; en effet, les incrustations se produisent lorsque les matières calcaires, qui entrent dans la composition des matières fécales, sont retenues longtemps dans lintestin.

Symptomatologie et marche. - Trois cas principaux sont à considérer :

1" Le corps étranger parcourt, avec les matières, toute la longueur du tube intestinal, sans provoquer autre chose qu'un peu de gcne ou de légères coliques, au moment où il franchit les détroits naturels, la valvule iléo-ca^cale en particulier. Assez souvent, on note quelques douleurs ou quelques accidents inflammatoires, au moment de la traversée du canal anal.

Les corps étrangers de cette catégorie sont, en général, de petit volume et de forme assez régulière.

2" Le corps étranger progresse, mais lentement, par saccades, en subissant des temps d'arrêt plus ou moins prolongés ; à chaque arrêt, correspond une douleur fixe; quelquefois, il y a de violentes coliques, ou môme des souffrances telles que le malade tombe en syncope. Les troubles fonctionnels sont, en même temps, très accusés : vomissements, hoquets, constipation ou diarrhée séreuse, sanguinolente, ou purulente. C'est ce qui s'observe, en particulier, pour les corps étrangers volumineux et allongés, tels que couteaux, fourchettes, morceaux de bois. Ce sont des accidents d'entérite aiguë.

Dans certains cas, le péritoine s'enllamme, ses feuillets adhèrent, et l'on voit se développer des accidents phlegmoneux, qui sont, à la vérité, bien plus rares que dans le troisième groupe.

COUPS KTnAXC.KRS DK L INTESTIN. l*2\

On observe quelquefois, lonf4lcnq)s après l'expulsion du corps élran<*'er, (les syinpLAmes de sténose inleslinale impu(a])Ies à la rélraelion des cicatrices formées au niveau des ulcérations jtroduilcs, sui- la nuuiucuse. pai- I;i pression des corps élrani^ers.

3" Le corps étranger s'eng-ag^e dans l'inleslin, mais il s'arrête en un j^jinl. et s'y fixe d'une manière délinilive. Si le corps étranger est p(;tit, les accidents sont insigniiianls; cependant, s'il est arrêté dans un pli de la muqueuse ou dans nii (li\ ei-licul(\ Ici cpie l'aiipendicc iléo-cœcal, ou hicn s'il est irrégulier, pointu, connue un fragment de verre, une éping^le, une arcMe de poisson, on jieut observer rulccralion et la perforation de la i)aroi inleslinale. I']n dehors de ces conditions, le corps étranger peut s'enkyster, en quelcpie sorte, et demeurer inodensif; d'autres fois, il aug-mente de volume, par apposition de couches successives, fécales ou calcaires; ou bien encore, il devient un centre d'arrêt pour d'autres corps étrangers; de sorte que, à un moment donné, l'intestin se trouve obstrué.

Lorsque le volume du corps étranger est considérable, comme c'est le cas pour certains calculs biliaires, l'obstruction est complète immédiatement, et l'on voit se dérouler des phénomènes d'occlusion, qui ne tardent pas à amener la mort, s'ils ne cessent pas grâce à une évacuation spontanée ou grûce à une intervention chirurgicale.

A côté de cette terminaison par occlusion, qui est l'apanage des corps étrangers très volumineux, et qui, somme toute, est assez rare, il faut signaler la terminaison par ulcération et parperforation intestinale, qui est bien plus commune.

La perforation peut être rapide, immédiate pour ainsi dire ; par exemple, lorsqu'il s'agit de corps pointus à l'une de leurs extrémités, aiguilles, épingles, fragments de verre ou de bois, etc. ; en effet, les adhérences péritonéales et les exsudais protecteurs n'ayant pas le temps de s'organiser, le contenu de l'intestin s'épanche dans le péritoine, ou bien des matières septiques y sont inoculées parle corps étranger lui-même ; dans ces deux hypothèses, une péritonite suraiguë emporte le patient.

Dans d'autres circonstances, la perforation se fait, lentement, par ulcération progressive ou par gangrène : ici encore, il est possible que les adhérences fassent défaut, au moment où la perforation se complète, et la conséquence nécessaire est encore une péritonite généralisée; mais, plus souvent, l'irritation chronique qui accompagne le processus ulcéralif ou nécrosique, provoque la formation d'adhérences et d'exsudals, en sorte que, au moment où la paroi intestinale cède et où le corps étranger s'échappe de l'intestin, la cavité péritonéale est à l'abri des agents infectieux; il se forme alors un abcès enkysté, et l'élimination du corps étranger devient possible, soit spontanément, soit après incision. Ces exemples abondent dans la science, et l'on en trouve de très curieux dans le célèbre mémoire d'Hévin.

Après l'ouverture de l'abcès et l'élimination du corps étranger, on peut observer, suivant les dimensions de la perforation intestinale, soit une fistule stercorale, soit un véritable anus contre nature.

Ce n'est pas toujours vers la peau que se dirige l'abcès; quelquefois, en effet, le corps étranger s'échappe par la vessie ou par le vagin. Ilévin a rapporté plusieurs faits de ce genre.

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