‹ Traité de chirurgie (volume 5)Chapitre 136 sur 235 · TROUBLES FONCTIONNELS · texte numérisé non relu

TROUBLES FONCTIONNELS

Les symptômes fonctionnels et les troubles physiologiques que déterminent les hernies sont des plus variables ; ils dépendent du siège, du volume de la hernie, de son contenu, et aussi de la susceptibilité particulière du sujet qui en est atteint.

On voit certaines hernies de petit volume ou de volume moyen passer inaperçues pendant un temps souvent fort long, des mois et des années, en raison de l'absence complète de phénomènes douloureux qu'elles déterminent : ce fait s'observe surtout chez les femmes et pour les hernies crurales, sur l'indolence desquelles Gosselin avait avec raison appelé l'attention.

D'autres hernies, certaines hernies inguinales, par exemple, sont douloureuses, surtout lorsqu'elles sont peu développées, à l'état de pointe, ou qu'elles occupent le canal : le sujet est alors averti de l'infirmité dont il est atteint par une sensation de douleur fixe siégeant dans l'aine, douleur que la pression avec la main calme le plus souvent : les mêmes malades peuvent cesser de

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soulTrir quand la hcniic", devenue plus volumineuse, est sortie du canal et qu'elle vient s'étahM* librement dans les bourses.

Il est des hernies très petites, à peine pcrc(>i)libles à l'examen \o. jihis attentif, qui se révèlent dès l'abord par des troubles spéciaux : une douleur ^astralgi(pie pongitive, s'irradiant à lépigastrc et aux flancs, et s'accompagnant de phénomènes dyspeptiques, digestions douloureuses et pénibles, renvois, nausées et vomissements, (les caractères se retrouvent dans un grand nombre de hernies épigastriques, de hernies de la ligne blanche et même de hernies ombilicales.

Quand une hernie est devenue très volumineuse, elle détermine presque toujours des phénomènes qui sont une source de gène et d'incommodité pour ceux qui les portent ; ce sont une douleur de ventre, une sensation de tiraillement qui se fait sentir à la région épigastrique, aux reins, aux flancs; un sentiment d'aiïaiblissemenl et d'impuissance qui rend les malades incapables de se livrer à un travail de force ou d'accomplir toute espèce d'eflbrt.

Enfin, on observe des coliques et des troubles divers de la digestion : sensation de plénitude, éructations fréquentes après les repas, malaise physique et intellectuel avec pesanteur du ventre et une certaine paresse de l'esprit. Malgaigne affirme que certains aliments accroissent ces soutîrances, et que celles-ci sont étroitement liées à l'état atmosphérique : Les hernieux, dit-il, soufTrent davantage par les temps humides que par les temps secs; les hernies sont alors plus difficiles à contenir, et il semblerait même que les accidents d'étranglement soient plus fréquents dans ces conditions. Quoiqu'il y ait un fond de vérité dans cette observation, c'est aller trop loin que de prétendre avec cet auteur que la hernie soit un aussi bon baromètre, pour les changements de temps, que les rhumatismes.

La plupart des malades ressentent surtout ces incommodités et ces souffrances quand leur hernie est dehors; mais il en est chez lesquels la réduction de celle-ci les provoque et ne peut être supportée pour cette cause : nous reviendrons sur ce point en parlant des hernies qui ont perdu le droit de domicile.

Les différences principales tiennent à la sensibilité très variable des individus ; certains sujets, par inconscience ou par dureté, n'accusent presque aucune gêne, et j'ai vu des porteurs à la halle continuer leur pénible métier avec une hernie énorme, mal contenue par un mauvais bandage, tandis que les gens d'une culture supérieure sont en général vivement affectés par les ennuis que leur donne celte infirmité et par les soins quelle exige : elle devient parfois chez eux le point de départ d'un véritable état d'hypochondrie.

Les hernies deviennent parfois l'occasion de troubles qut se changent en de véritables complications. Qu'une bronchrte se déclare, à chaque effort de toux l'intestin sortira; et, pour éviter des accidents, le malade sera réduit à porter nuit et jour son bandage qui ne suffira pas toujours à contenir la hernie. L'existence de hernies doit être considérée comme une aggravation réelle pour les sujets atteints d'aft'ections de l'appareil respiratoire, coqueluche, bronchite, asthme, emphysème, tuberculisation pulmonaire, etc.

Les malades qui souffrent dune dysurie, les prostatiques surtout, sont en général fort incommodés de leurs hernies, qui sortent dans les efforts de miction et qui augmentent rapidement de volume. Je ne parle que pour mémoire des phénomènes pénibles dont la constipation entraîne l'apparition du côté des

hernies; nous avons vu l'influence toute particulière que cet étal avait sur l'évolution de l'infirmité en question.

Enfin quand, pour une cause ou pour une autre, un épanchement ascitique se développe, la distension du sac herniaire par la sérosité péritonéale est un des symptômes dont se plaignent le plus les malheureux qui en sont atteints. Nous pourrions multiplier les exenqiles qui prouvent que dans divers états pathologiques, les phénomènes pénibles que déterminent les hernies s'accentuent et peuvent devenir la source de véritables complications.

Il m'a semblé au contraire que ces troubles fonctionnels disparaissaient le plus souvent pendant la grossesse, le développement de l'utérus masquant les orifices herniaires et empêchant souvent l'intestin d'y descendre pendant cette période.

Les hernies n'ont aucune tendance à la guérison. elles ont au contraire une disposition constante à s'accroître : ce double caractère qui domine leur évolution est trop connu pour qu'il soit nécessaire d'y insister; il comporte néanmoins de nombreuses exceptions.

Il est des hernies qui guérissent spontanément ou par l'emploi de simples moyens contentifs; celles du jeune âge, et particulièrement les hernies dites congénitales, celles de la première enfance, sont dans ce cas. On peut môme, à toutes les périodes de la vie, chez des individus à parois abdominales vigoureuses, et dont les anneaux ne sont pas dilatés, voir des hernies qui se sont produites accidentellement, sous Finfluence d'un elfort, -cesser de se montrer et présenter un état de guérison apparente lorsqu'on les soumet à un traitement convenable; nous reviendrons sur ces points en parlant de la cure spontanée des hernies et du traitement par les bandages.

Parfois également le sac, dans certaines hernies de petit volume, peut s'oblitérer, grâce aux adhérences que l'épiploon, contenu dans sa cavité, contracte avec sa surface interne et principalement avec son collet. Mais le caractère commun de toutes ces guérisons, ou tout au moins de la plupart d'entre elles, est d'être essentiellement précaires, de telle sorte que le malade, quoique guéri de sa hernie en apparence, ne saurait être considéré comme à l'abri ni d'un retour de sa hernie ou de l'apparition nouvelle, au même endroit, d'une autre hernie, ni même d'un accident subit, d'un étranglement, survenant au moment même où la hernie, qu'on croyait guérie, réapparaît brusquement.

En règle générale, les hernies, lorsqu'elles ne sont pas contenues, augmentent graduellement de volume, deviennent de plus en plus difficiles à réduire et à contenir, et, sans parler des accidents à invasion subite et à marche rapide auxquels leur pronostic doit sa gravité, elles deviennent le siège de transformations chroniques qui en font la plus j)énible des infirmités.

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