CHAPITRE IV
Les premiers auteurs qui se sont occupés des hernies, Praxagoras (de Cos), lléraclidc (de Tarente), attribuaient à Vih-oii les accidents dont elles sont le siège et qu'ils confondaient ainsi avec l'étranglement interne ; Vengouemenl de l'intestin hernie par les matières en était la cause. Celse, Archigènes, Léonidès ne firent qu'accepter cette doctrine.
Riolan, en découvrant les anneaux herniaires, entrevit le rôle qu'ils pouvaient jouer dans la production de ces accidents et prononça le mot d'étnoif/lement, synonyme de celui iVincarccration employé dès 1590, par Rousset : auparavant déjà Pierre Franco désignait la constriction exercée par l'ouverture du péritoine comme l'obstacle à la réduction de l'intestin. L'hypothèse de Riolan se trouva confirmée par les données fournies par l'opération de la hernie étranglée, pratiquée pour la première fois par Maupas (de Blois), en 1551, décrite et réglée par Franco, puis par Ambroise Paré; cette opération permit de toucher en quelque sorte du doigt la cause des accidents; à partir de cette époque, la doctrine de l'étranglement s'établit et remplaça celle de l'engouement. Jusqu'au commencement de ce siècle elle a régné sans rivale, et les discussions, les controverses passionnées des chirurgiens n'ont plus porté que sur l'agent, c'est-à-dire sur la cause anatomique de la constriction subie par l'intestin étranglé.
Cependant, en 17G8, avait paru dans les Mémoires de r Académie de chirurQie un travail de Goursaud sur la différence des causes de l'étranglement dans les hernies. Jusqu'alors ceux qui s'étaient occupés de ce sujet avaient toujours cherché l'origine des accidents dans une pathogénie unique. Goursaud, frappé des différences qui marquaient l'évolution de certains étranglements, distingua, parmi ces derniers, deux ordres de faits : des étranglements par inflammation, où la constriction était étroite et la gangrène rapide ; des étranglements par engouement à marche plus lente et susceptibles quelquefois de se dénouer spontanément. Si les termes employés par Goursaud pour désigner les deux ordres d'accidents dont il cherchait à faire la distinction étaient impropres, la distinction elle-même reposait sur une observation exacte. Avec les étranglements, en effet, se trouvaient confondus les faits que nous avons appris à en distinguer sous les noms de péritonites herniaires, de hernies épiploïques enflammées, de pseudo-étranglements; il importait de les en séparer, c'est ce que tenta de faire Malgaigne, reprenant la distinction de Goursaud dans le magnifique exposé qu'il lut en 1840, à l'Académie de médecine, sous le titre à'Examen des doctrines reçues jusqu'à ce jour sur l'étranglement des hernies, et dans son mémoire, d'un an postérieur,^ur les pseudo-étranglements. Mais,
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cnlnuiir au delà de toute mesure dans sa réaetion contre la théorie régnante de l'étranglement, cet auteur attribua à Vin/trimmation des hernies la part prépondérante dans leurs accidents. Ses idées, adoptées par bon nombre de chirurgiens et dont la plus haute expression se trouve dans la thèse d'agrégation (le Paul Broca, eurent sur la pratique la plus désastreuse iniluence, en faisant considérer comme des hernies simplement enflammées un très grand nombre de cas, oij, pour n'être pas sigAalé dès le début par tous les phénomènes les plus menaçants, l'étranglement n'était pas moins réel, et entendant à substituer, d'une façon générale, la temporisation à l'opération dans le traitement des accidents des hernies.
C'est à Gosselin qu'il appartient d'avoir établi que tous les accidents d'irréductibilité survenant dans une hernie intestinale et s'accompagnant de l'arrêt du cours des matières doivent être rapportés à l'étranglement, que l'inflammation n'existe, indépendamment de celui-ci, que dans les hernies purement épiploùiues, que toute hernie étranglée doit être aussitôt réduite par l'opération ou par le taxis, si celui-ci peut-être pratiqué en temps opportun.
En étudiant les accidents à marche grave et rapide qui surviennent dans les hernies intestinales, c'est donc principalement V étranglement qu'il faut avoir en vue ; mais on ne saurait passer sous silence quelques faits beaucoup plus rares ou même exceptionnels où celui-ci a pu être simulé soit par une péritonite herniaire accidentelle, soit par des phénomènes d'obstruction, et d'engouement produits par le séjour des matières fécales ou de corps étrangers dans l'anse herniée, enfin par de véritables étranglements internes survenus dans le sac herniaire et à la constitution desquels le collet du sac et les anneaux ne prennent point de part. Ces complications seront l'objet d'une élude à part qui suivra celle de l'étranglement.
D'autre part les hernies sont très fréquemment le siège de transformations rjironifjues qui en modifient les caractères; tel est le cas des hernies très volumineuses où Yintestin a perdu le droit de domicile dans Vabdomen, et celui des hernies compliquées d'adhérences.
Le trait essentiel commun à tous ces accidents aigus ou chroniques est ïirré ductihilité de la hernie qui en est le siège; ce caractère, que présentent toutes les complications des hernies, justifie la distinction que Gosselin a établie entre les hernies réductibles et les hernies irréductibles, termes qui peuvent être considérés comme synonymes de hernies simples et de Jiernies compliquées d'accidents.
C'est à propos de chacun des points de cette étude que nous citerons les recherches et les observations sur lesquelles est fondée la description de ces accidents; nous nous bornons, pour le moment, à indiquer les ouvrages d'une portée générale qui sont à conseiller tout d'abord : nous avons déjà mentionné les travaux de Franco, d'Arnaud, de Garengeot, de Richter, de Lawrence, de Scarpa, de Cloquet, d'Astley Cooper, de Cruveilhier, de Gosselin, de Benno Schmidt, de Linhart; nous ajoutons à ces indications celle des ouvrages suivants :
Maucuart, Dissert, de hernifc incarcerata?. Tuljingen, 1722. — Goursaud, Remarques sur les différentes causes de l'étranglement des hernies. Mém. de l'Acad. de dur., 1708, t. IV. — Malgaigne, Examen des doctrines reçues jusqu'à ce jour sur l'étranglement des hernies.
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(liiz. mi'd. de l'avis, ISiO. — Du Mi^.MK, Dciixirmc miMimirc sur les (•(rjniiilciiiciils liciiii.iiics, (l(>s iiS('iul()-(''lr;uii;l(Mii(Mils. Avril, (icn. de im'-d., dc'c. ISil, ô' si' rie, l. \II. — (iossr.i.iN, De ri'li';uii,'l('iiHMil (l;uis les Ii(Miii('s. TIil'SC de concours de Daiis, ISii. — I>. BitocA, De l'élraiilileiiieiil dans les hernies abdominales et d(>s alVeclions ([ni jienvenl le simuler, 'l'iièse de concours de Paris, IS.")"> el 2' édil., 1857. — C.-W. Stiiki mki.. l'elter die Sclieinreilin-lionen hei llernien, und insltesondere hei eini,'eklemmlen Uernien. I,eiiizii,% 18Gi. — !•.'. Nicaisi;, Des lésions de l'inleslin dans les hernies. Thèse de Paris, INdli. — L.-(j. HicuKLor, De la péritonite herniaire et de ses rappoi'ls avec l'étranglement. Thèse de Paris, 1873. — IIkckel, C.ompendium der Unterleihshernien. Stulfijart, 1880. — Les articles consacrés à ce sujet par MM. Le Dentu, Hoiusier et L. Piqué, dans les Dicl. de inéd. et de rltiv. prat., Dicl.cnr. des tic. médic, cl dans Vh'nci/cL intevn. de rliiv., ainsi que ceux qui concernent les hernies et leurs accidents ilans les principau.\ traités de chirurgie en France el à Tétranger.