‹ Traité de chirurgie (volume 5)Chapitre 162 sur 235 · B. — TRAITEMENT CURATIF. — CURE RADICALE DES HERNIES · texte numérisé non relu

B. — TRAITEMENT CURATIF. — CURE RADICALE DES HERNIES

Sous cette désignation, on comprend d'abord tous les moyens qui ont pour but de faire disparaître la hernie, soit que la cure ainsi obtenue soit définitive et dispense le malade d'avoir désormais recours à aucun appareil, soit qu'elle &o\i précaire, et en quelque sorte temporaire, et que, pour éviter une récidive, l'opéré soit encore astreint à porter un bandage de précaution.

On étend également cette dénomination aux opérations qui ont pour effet de rendre possible la réduction et la contention d'une hernie qui était auparavant difficile ou impossible à réduire et à contenir.

Enfin la cure radicale, qui s'applique essentiellement aux hernies libres, non incarcérées et ne présentant pas d'accidents actuels pressants, est devenue le complément nécessaire de toutes les opérations dirigées contre les complications des hernies, spécialement de la kélotomie.

(•) P. PoTT, Chirurgical Works, 1808, p. 14G, obs. 1, II et III. (*) Sc.\RPA, Lor. cit., p. 108.

La cure radicale répond donc à un certain nombre d'indications, et par elle on recherche un but variable suivant les cas ; c'est une opération tantôt curative, tantôt palliative, destinée à [/iiérir les hernies ou simplement à les améliore)'; le terme de cure radicale lui-môme est donc impropre, et il vaudrait mieux le remplacer par celui de cure cliirirrf/irale qu'avait proposé Trélat; mais il a été consacré par l'usage.

Depuis dix-huit siècles, les opérations et les méthodes les plus diverses ont été mises en honneur puis rejetées; elles ont passé des mains des chirurgiens à la pratique des charlatans; elles ont été vantées sans mesure et condamnées avec une rigueur extrême par les corps savants et par des lois sévères ; l'incertitude de leurs résultats et leurs dang-ers les avaient fait rejeter au point que dans les meilleurs livres, dans les Leçons sur les hernies abdominales de Gosselin, il n'en est pour ainsi dire pas question; et cependant la sécurité avec laquelle on peut aujourd'hui s'attaquer aux hernies sous le couvert de la méthode antiseptique a fait des opérations de cure radicale une des plus sûres conquêtes de la chirurgie moderne.

Celse, le premier, avait préconisé l'extirpation du sac herniaire; cette opération paraît avoir été adoptée jusqu'au iV' siècle, où, dans les fragments d'Oribase qui s'y rattachent, on trouve mentionnée l'excision du sac associée à la torsion de son pédicule. Cependant la difficulté de disséquer le sac des hernies inguinales sans intéresser le cordon spermatique, avait déterminé les opérateurs à joindre à la cure radicale la castration délibérément pratiquée. Cette injustifiable mutilation a, de tous temps, été l'une des principales causes du discrédit où sont tombées les tentatives de cure radicale.

Un édit de l'empereur Constantin punissait du bannissement ceux qui pratiquaient la castration pour guérir les hernies; cependant nous voyons la section du « didyme » par le fer, le feu, les caustiques ou la ligature, être recommandée par Paul d'Egine, les Arabes, Avicenne, Albucasis, Guillaume de Salicet, Lanfranc, l'évêque Théodoric; et Guy de Chauliac lui-même se consolait du sacrifice du testicule en disant « que de deux maux il faut choisir le moindre ». L'histoire a conservé le souvenir des excès commis par les inciseui's ambulants, comme ces habitants de Norcia, dans l'Ombrie, châ- Ircurs et herniaires de père en fils, dont un seul, Horace, cité par Fabrice d'Acquapendente, ne châtrait pas moins de deux cents personnes par an, ou comme les bateleurs, stigmatisés par Heister, qui nourrissaient leur chien de testicules.

Le danger et la barbarie de ces procédés eurent bientôt détourné les chirurgiens des méthodes sanglantes; au xiu'^ siècle, un certain Bérand Méthis inventa lepoint doré; depuis lors les procédés de suture ayant pour but d'oblilérer le collet se multiplièrent; tels furent ceux de Franco, d'Ambroise Paré et la suture royale dont parle Dionis ; mais leur inefticacité, la nécessité d'y joindre certaines pratiques dangereuses, comme la cautérisation du sac au vitriol, préconisée par Maget, les firent rejeter à leur tour bien avant que Bordenave n'en eût fait le procès à l'Académie de chirurgie. Aussi bien, depuis la découverte de Lequin et de Blégny, les esprits s'étaient-ils tournés vers les moyens de contention dont on cherchait à obtenir le perfectionnement.

Cependant, quoique les procédés de cure radicale fussent condamnés par la

Page 1