‹ Traité de chirurgie (volume 5)Chapitre 165 sur 235 · II. — CURE RADICALE PAR LES OPERATIONS · texte numérisé non relu

II. — CURE RADICALE PAR LES OPERATIONS

Le procédé qui consiste à pratiquer une injection irritante dans le sac pour y déterminer une inflammation adhésive, proposé par "Velpeau, repris plus récemment par Van der Lee (de Wœrden), est actuellement abandonné, quoique ce dernier chirurgien, au dire d'Exler, ait obtenu 381 guérisons sur 681 hernies inguinales, 45 succès sur 72 hernies crurales, traitées par ce moyen. Les méthodes opératoires actuellement employées pour obtenir la cure radicale sont au nombre de trois :

1° Injections péri-herniaires. — Luton (de Reims) a le premier cherché, en 1875, à obtenir au niveau des anneaux et du trajet herniaire une inflammation plastique, déterminant une néoformation fibreuse et une rétraction des tissus qui entourent le col du sac herniaire, et entraînant l'oblitération de ce dernier et le resserrement des anneaux. Il se servait pour cela d'une solution de sel marin qu'il injectait profondément entre le collet du sac et les tissus environnants. Schwalbe, dans le môme but, se servit d'alcool étendu à 20, 50 et 70 pour 100; l'injection de ce liquide était pratiquée en plusieurs points de la circonférence de la hernie. Depuis longtemps, Heaton et Warren avaient employé l'extrait sirupeux d'écorce de cliône; c'est à cette même substance qu'a recours Keetley, qui a notablement modifié la pratique des injections péri-herniaires; à la faveur d'une incision, il décolle avec une sonde cannelée le sac jusqu'aux environs de l'anneau interne, et c'est dans ce trajet qu'il pousse l'injection irritante de décoction fraîchement préparée d'écorce de chêne. Les accidents consécutifs à l'emploi de cette méthode sont assez fréquents ; ils consistent dans une inflammation intense et qui peut devenir suppuralive; aussi, malgré les succès dont elle se targue et qui n'ont d'ailleurs été ni constatés par un nombre suffisant d'observateurs, ni assez longtemps suivis, la méthode en question est-elle actuellement abandonnée (-).

2<* Suture sous-cutanée du trajet herniaiie. — Cette méthode, dérivée du

(') Geo. II. Tayloh, l'elvic and lier niai IherapeiUics. New-York, 1885.

(*) Schwalbe aurait obtenu 80 iruérisons, on oi)éront 121 hernies, sur 97 malades. Janney et^^'arren, suivant Keetley, auraient eu 70 à 80 pour 100 de succès. R. F. Weir, sur 55 cas de hernies variées, traitées par l'injection d'écorce de chêne, a l'elevé 12 guérisons constatées plus de huit mois après l'opération. Keetley annonce 8 succès complets et 4 améliorations sur li ojjérations.

CUIIK RADICAU:.

point don- ol de la ^ulurc roijuli', remise en honneur par (ierdy et ses imitateurs, n'a plus qu'un représentant, John Wood, qui en a perfectionné le manuel opératoire et l'a pratiquée un tel nombre de lois et avec de tels succès qu'il l'a laite sienne. \\'ood, aulrel'ois, se bornait à implanter dans les tissus, de chacpie côté du trajet herniaire, une épingle dont les extrémités étaient rapprochées par des fils qui maintenaient ainsi les parois de ce trajet au contact.

Depuis lors, cet auteur a renoncé à ce A

procédé complexe. Son mode opéra- — -^

toire. pour les hernies inguinales prises comme type, est le suivant : au moyen tl'une petite incision, on guide sur le doigt, dans le trajet inguinal, une aiguille à manche fixe, à l'aide de laquelle on traverse, avec une anse de iil, les bords interne et externe de l'anneau inguinal profond ; le mémo fil est passé au travers du sac invaginé par le doigt dans son collet, en avant du cordon spermatique. Delà sorte, quand l'anse de fil est serrée et assujettie par un nœud, elle détermine, par la constriction qu'elle exerce, le resserrement de l'anneau inguinal et loblitération du sac dont elle maintient l'invagination. Des procédés analogues ont été proposés par Wood pour les hernies crurales et ombilicales. Dans ses premières opérations, il se servait de fil de chanvre: il lui substitua ensuite les fils métalliques qu'il retirait vers le quinzième jour, en en détordant les chefs; il recourt actuellement de préférence à la suture faite avec un fil antiseptique résorbable, tel que le tendon de kanguroo phéniqué très fort.

Mentionnons seulement quelques modifications qu'a subies la suture de John Wood ; Fitz Gerald (de Melbourne) lui a substitué une sorte de suture du pelletier, pratiquée avec du fil d'or, avec lequel on enlace, sur toute la hauteur, les parois opposées du trajet inguinal. Spanton, après avoir refoulé le sac dans le trajet, se sert d'un instrument en forme de tire-bouchon (le stréphotome), avec lequel il embroche un certain nombre de fois les piliers du trajet et le sac. L'instrument est laissé en place quelques jours et retiré, quand les adhésions qu'il doit produire paraissent suffisantes.

John Wood a exposé lui-même, dans les leçons au Royal Collège of Purgeons, les résultats de sa longue pratique : Sur 559 cas de hernies inguinales traitées par la suture sous-cutanée, il y a eu 7 morts survenues avant la période antiseptique; une série de 200 opérations successives n'a donné aucun décès. Au point de vue du résultat définitif de l'opération, constaté par Wood lui-même

FiG. 69. — Suture sous-culanée du trajet inguinal, comprenant le sac et les piliers inguinau.x.

(Wood.)

traitp:ment.

dans 98 cas, plus de deux ans après l'opération, il y a eu 98 guérisons absolument certaines; 150 succès probables et 59 récidives.

La méthode de Wood présente donc des garanties sérieuses d'efficacité et d'innocuité; mais elle ne s'adresse qu'aux hernies réductibles, et l'on peut lui reprocher la complexité de son manuel opératoire dans les détails duquel nous ne saurions entrer. Or, la méthode opératoire proprement dite, que nous allons étudier, est plus à la portée de tous les chirurgiens; elle s'adresse à tous les cas, elle est au moins aussi efficace, elle n'est pas plus dangereuse; il ne faut donc pas s'étonner que l'opération de Wood soit délaissée par tous les

m-i^-'i^im^^

FiG. 70. — Slrépholome (le Spanton.

FiG- 71. — Inlroduclion du slrépholome. — Le doigl refoule le sac herniaire dans le Irajet où il est embroché par le slrépholome. (Segond.)

chirurgien» et, paraît-il, par son auteur lui-même. On ne saurait néanmoins méconnaître les services que John Wood a rendus en appelant l'attention sur la question et en perfectionnant les procédés de suture du trajet applicables à l'un des principaux temps de l'opération que nous allons décrire.

3° Cure radicale par l'extirpation du sac herniaire — Cette méthode et tous les procédés qui s'y rattachent sont caractérisés par les traits suivants :

a. On procède à l'opération par l'incision des enveloppes jusqu'à ce qu'on soit sur le sac, qu'on ouvre largement.

b. On isole ce dernier et l'on attire avec lui le péritoine adjacent sur lequel on place une ligature qui ferme l'accès du sac bien au-dessus de l'ouverture de son collet; puis on l'extirpe de manière, non seulement à supprimer le sac

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herniaire, mais à faire disparaître l'infundibulum périlonéal qui tend à reproduire la hernie.

c. On reconstitue la paroi abdominale par la suture au niveau du trajet herniaire, de manière à faire dispai-aître le point i'ailde cpii avait donne j)assageà la hernie.

Pri'limi)iai)-es. — L'opération de la cure radicale doit ôtre strictement antiseptique ; la région aura donc été rasée à l'avance, aura subi un nettoyage complet et sera recouverte, jusqu'à l'opération, d'un pansement antisepticjue. Il est bon de purger le malade un ou deux jours avant l'opération ; la vessie doit être évacuée, l'aneslhésie portée jusqu'à la complète résolution.

I^renuer te)))ps. — Ui)U'i><ion extérieure se fait couche par couche, en faisant l'hémostase à mesure que les vaisseaux sont divisés; on reconnaît le sac et on l'ouvre avec précaution.

Deicriènic Icmps. — Traitement de fépiploon. — L'intestin, quand le sac en renferme, est réduit; l'épiploon, au contraire, est attiré au dehors, même lorsqu'il est libre d'adhérences, et l'on en excise le plus possible, après l'avoir pédiculisé au-dessus de la section avec deux ou plusieurs points de ligature en chaîne pour lesquels on emploie de préférence le catgut. Afin que le pédicule épiploïque qu'on rentrera dans le ventre ne forme pas une masse trop volumineuse, on profite des espaces dépourvus de vaisseaux que présente l'épiploon, pour diviser ce pédicule en deux ou plusieurs pédicules partiels dont chacun est lié isolément et qui peuvent être réduits successivement. L'excision de l'épiploon est un des actes les plus importants de l'opération; elle constitue une des principales garanties contre la récidive ; mais on n'y a, bien entendu, recours que lorsque le sac renferme de l'épiploon.

Troisième temps. — Dissection et excision du sac. — On isole alors le sac des parties environnantes. Cette dissection exige les plus grandes précautions quand la séreuse herniaire est en contact avec des organes importants qu'il faut ménager, tels que le canal déférent et les vaisseaux spermatiques; ce n'est pas alors le sac tout entier, mais sa couche séreuse seule qu'on doit séparer du feuillet fibreux du sac qui la double. C'est avec les doigts, avec des pinces ou des instruments mousses, plutôt qu'avec le bistouri et les ciseaux, qu'on procède à l'isolement de ce feuillet séreux ; cet isolement est conduit de proche en proche, de manière à le compléter sur toute la circonférence du sac. On sectionne alors le sac à ce niveau, et l'on poursuit dans le trajet herniaire la dissection de sa partie supérieure jusqu'à ce qu'on arrive au tissu cellulaire sous-péritonéal, ce qui se reconnaît à la graisse qu'il renferme et à la facilité plus grande avec laquelle la séreuse se laisse attirer à partir de ce moment. Il est utile, et souvent nécessaire, de fendre la paroi antérieure du trajet herniaire pour accomplir ce temps de l'opération.

Le sac ou son feuillet séreux étant isolés jusqu'au péritoine, on traverse le plus haut possible, avec un fil de catgut ou de soie phéniquée, l'infundibulum que celui-ci constitue pour se continuer avec la hernie ; on étreint ainsi le péritoine lui-même, pédiculisé au-dessus de l'orifice herniaire, avec une ou plusieurs ligatures entre-croisées en chaîne et fortement serrées ; le sac est coupé au-dessous de ces ligatures et extirpé, et on laisse le pédicule étreint par les fils se rétracter dans le ventre.

656 traitemi>:nt.

On revient alors à la partie périphérique, au lond du sac, qu'on extirpe rapidement.

ha. dcfitruction de l'mfundibuhnn péritonéal afférent au sac est un acte auquel on ne saurait donner trop d'importance. Lucas-Championnière a fait voir qu'il constituait une des principales garanties contre les récidives ; c'est en extirpant le péritoine le plus haut possible au-dessus de l'orifice du sac, qu'on en remplit le mieux l'indication; mais d'autres chirurgiens ont cherché à atteindre le même but par d'autres moyens : C.-B. Bail, en tordant plusieurs fois le sac, préalablement isolé, sur lui-même et en fixant cette torsion par une ligature, détermine une tension du péritoine aux environs de l'orifice herniaire, qui fait disparaître toute tendance à la formation d'une dépression à ce niveau. Barker, après avoir lié le pédicule du sac et excisé ce dernier, réduit et suture son pédicule au-dessus de l'orifice herniaire dans le tissu cellulaire souspéritonéal; Macewen et Stanmore Bishop, au lieu d'extirper le sac, le pelotonnent, le traversent par des fils qui le transforment en un tampon solide qu'on réduit dans le tissu cellulaire sous-péritonéal, au-dessus de l'orifice herniaire, où on le fixe par une suture. Ces deux procédés ont pour but de protéger cet orifice par une sorte de pelote organique qui s'oppose à ce que les viscères ne s'y engagent; nous les décrirons plus en détail à propos des hernies inguinales auxquelles ils s'appliquent surtout. De toutes façons, les procédés qui ne satisfont pas à cette condition et qui laissent subsister une dépression infundibuliforme au niveau de l'orifice herniaire, doivent être absolument rejetés; tels sont ceux de Julliard (de Genève) et de Terrillon, dans lesquels, au lieu d'extirper le sac, on le laisse en place et l'on se borne à unir ses surfaces opposées au moyen d'un certain nombre de points de suture disposés comme un capitonnage.

Quatrième temps. — Reconstitution de la paroi ahdotninale au niveau du trajet herniaire. — Tous les chirurgiens n'ont pas attribué la môme importance à ce temps de l'opération. Socin, Czerny, Lucas-Championnière n'attachaient d'abord que peu de prix aux sutures du trajet herniaire, se bornant à réunir toutes les parties molles quelconques par quelques points de suture; d'autres, comme Reverdin, se bornaient à réunir les piliers inguinaux par quelques fils, en facilitant leur rapprochement par des incisions adjuvantes pratiquées sur l'aponévrose du grand oblique. Sous l'impulsion des travaux de John Wood, les chirurgiens anglais ont de tout temps cherché à obtenir une solide réunion, non point de l'anneau externe, mais de tout le trajet herniaire; Barton, Stokes; Swinford Edwards, Kendal Franks, Thornley Stoker ont été suivis dans cette voie par Macewen, puis par Bassini qui, par une suture méthodiquement prati- ({uée, ont eu pour but de rétablir la continuité des plans musculo-aponévrotiques dissociés par la hernie et de restaurer la disposition anatomique normale de la région.

Nous décrirons sommairement ces procédés de suture dans les chapitres consacrés aux hernies auxquelles ils s'appliquent. Ils ont rallié actuellement la majorité des chirurgiens, ainsi que le prouvent de récentes communications à la Société de chirurgie et au Congrès des chirurgiens allemands ; et l'on considère qu'il n'est pas moins important, pour la bonne réussite définitive d'une opération de cure radicale, d'obtenir une réunion parfaite des surfaces

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mises i\ nu par rexlirpatioii du sac hcrniairo, au niveau du Irajcl, (juc do lairc disparaître riuruii(lil)uhiiu périlouéal, ou d'cxlirixT r(''j>ij)l()oM conlrmi dans la hernie.

Ci)iqi(iè>ne tempa. — liéunioii dr la plaie, pansement. — Après a\ oir j)raliqu6 les sutures profondes du trajet, on réunit l(\s débris du sac fdireux, les i)lans superficiels divisés, avec une suture perdue au calgut, etl'on achève l'opération par la suture de la peau. Le drainage est inutile; mais il faut, par une compression bien faite, empêcher l'accumulation des liquides derrière la suture et soutenir la rtuniion profonde contre la poussée des viscères. Le pansement ne doit être renouvelé qu'au moment où l'on enlève la suture superficielle. Le sujet doit conserver une immobilité rigoureuse dans le décubitus dorsal pendant quelques semaines et ne quitter le lit qu'un mois au moins après l'opération, alin que les organisations aient eu le temps de prendre une consistance suffisante.

Faut-il faire porter un bandage de précautio)i à la suite de l' opéra ti on'/ — Il faut distinguer ici deux ordres de faits : quand la cure radicale est faite sur de jeunes sujets, à paroi abdominale vigoureuse, pour des hernies congénitales ou infantiles, surtout pour de petites hernies qui n'auraient pas guéri par le port des bandages, la hernie, guérie par l'opération, n'a en général pas de tendance à se reproduire, et le ["port d'un bandage me paraît plus nuisible qu'utile. Au contraire, chez les adultes, chez ceux surtout qui avaient des hernies volumineuses, irréductibles en partie ou incoercibles, le port d'un bandage est le plus souvent nécessaire pour éviter les récidives. Ce bandage, à condition d'être convenablement choisi, peut être fort léger. Dans tous les cas, on doit surveiller avec soin, pendant plus de six mois, les sujets qui ont subi la cure radicale et, à la première menace de réapparition de la hernie, il faut leur prescrire le port du bandage, afin de ne pas perdre tous les bénéfices de l'opération.

Nous nous bornons à mentionner certaines tentatives qui ont été faites pour obtenir par d'autres voies la cure radicale. Bruce Clarke, sur les indications de Lockwood, a cherché à remédier au prolapsus du mésentère qui, pour cet auteur, est la cause anatomique des hernies. A cet effet, il a fixé le mésentère et le mésocôlon par de fortes ligatures à la paroi abdominale antérieure, vers le cartilage de la 8'^ côte : l'intestin ayant été blessé au cours de l'opération, le malade mourut.

Mac Burney, pensant que les cicatrices les plus solides étaient celles qui procédaient de longues suppurations, a eu lidée de fendre largement le trajet herniaire et de le forcer à s'oblitérer par granulation en réunissant par la suture la peau aux plans profonds, sur les deux bords de cette incision. Les résultats, produits par ce chirurgien à l'Académie de médecine de New- York, ont été assez encourageants ; certains de ses collègues, Abbe, Mac Cosh, ont déclaré qu'ils avaient abandonné la pratique de Macewen pour adopter la sienne.

Pour fermer des orifices herniaires très larges, on a eu recours à des opérations complémentaires complexes ; Lucas-Championnière y a introduit et fixé un grand lambeau de peau, taillé au voisinage, et dont il avait avivé la face superficielle. Niehans, Trendelenburg ont inséré dans la paroi abdominale ou

derrière elle, l'un, une lamelle pcriostique, l'aulre, une rondelle d'os stérilisé; quoique le résultat ait paru favorable, on ne peut se prononcer sur la valeur de ces innovations.

Nous avons intentionnellement passé sous silence ce qui a trait au choix des (ils pour les sutures profondes; l'essentiel est qu'ils soient bien aseptiques, solides et peu résorbables; à ce point de vue, la soie nous paraît supérieure au catgut, môme préparé à l'acide chromique, ou au tendon de kanguroo. Le fil métallique, très employé actuellement encore en Angleterre, mériterait peutêtre même la préférence.

ni. — RÉSULTATS DE LA CURE RADICALE

1'' Gravité (le f opération; raoï-talité, accidents. — Quoique les statistiques ne puissent donner qu'une idée imparfaite et souvent erronée de la valeur d'une opération, celles qui portent sur les résultats de la cure radicale établissent d'une manière positive : a. que la mortalité inhérente à l'opération a diminué dune manière constante à mesure que celle-ci a été mieux connue et plus souvent pratiquée ; h. que cette mortalité est minime et qu'il appartient presque au chirurgien de la réduire à zéro.

Tilanus, en 1879, a publié une statistique de 79 cas, comportant une mortalité de 11 pour 100 ; Leisrink, en 1885, sur 194 cas, a relevé 1U,8 pour 100 de mortalité ; celle-ci se réduit à 3,6 pour 100 dans la statistique de 56 cas de Socin, donnée par Anderegg en 1886. En réunissant un total de 906 cas communiqués à theBritish médical Association, au Congrès de chirurgie français, et empruntés à divers auteurs, j'ai trouve le même chiffre en 1888. Pourtant Kocher (de Berne) ('), l'année suivante, sur V2 opérations, accuse 4 morts, soit 9,5 pour 100 de mortalité. Les statistiques les plus récentes sont de plus en plus favorables : E. Hahn(-), de Friedrichshain, a pratiqué 51 cures radicales avec 1 seule mort; Max Schede(^) en a eu 2 pour le môme nombre d'opérations; Lucas-Championnière ('), en 1888, a publié la relation de 120 opérations, dont 1 seule suivie de mort; Bassini n'a eu qu'un décès sur 216 cas; Barker(^) a communiqué à la Royal médical and chirurgical Society une série de 50 opérations suivies de succès; et, dès 1887, Svensson et Erdmann avaient publié leur pratique, comprenant 116 cas sans accidents mortels.

En examinant avec soin ces statistiques, on constate que les accidents ont presque toujours été observés chez des sujets très âgés ou sur des enfants en bas âge, chez des individus en mauvais état de santé générale et porteurs de hernies volumineuses. Les statistiques les plus favorables appartiennent en

(') Ernest Mayor, Thèse inaug. de Berne, et Revue niéd. de la Suisse romande, 1889, IX, p. 490.

(*) CoHN, Berliner klin. Wochenschrift, 1888, n"' 52 et 53.

(') WoLTEn, Sammlung klin. Vorlrdyc, 4890, n° 500.

(^) La slalislifiue complète de notre collègue compte actnellenient 254 cures radicales de hernies appartenant à toutes les variétés; elle comprend 2 morts, l'une par congestion pulmonaire, l'autre par étranglement interne consécutif ù l'opération. Ce dernier eût pu être levé par une laparotomie. Ma propre pratique porte sur près d'une centaine d'opérations pour des hernies non étranglées; je n'ai pas eu de cas de mort jusqu'à présent.

(î>) Brilish med. Joiirn., 12 avril 1890, p. 840.

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ellol aux cliirurgious (jiii opèrent de prélerenee les pclilcs iicrnies sur de jeunes sujets; c'est tians cette catégorie que rentraient 80 pour 100 des cas opérés par Svensson et ]']nhnaiin. el l()'2 d<>s 1251 hernies opérées par Bassini. Les ct(ii'<('f< (le i/rarifr de l'opération sont donc le //yos- rohonc et YirrédiicLihUHi' de la hernie. rW//<- tlu sujet, tiue celui-ci ail dépassé la soixantaine ou qu'il soit âgé de moins de cin([ ans, les opérations prati{{uées aux A<:;es extrêmes de la vie présentant une plus grande gravité ; enfin certaines afleclions organiques et principalement les maladies de l'appareil respiratoire.

Il appartient au chirurgien d'écarter les plus redoutables des accidiMils qui puissent survenir à la suite de ces opérations; la pi''rUo)iite septique primitive ou consécutive à la suppuration du foyer opératoire ne s'observe plus, grâce à la réalisation strictement antiseptique de l'acte opératoire. On n'évite pas toujours Vaccu)nu(((tion de lifjxide derrière les sutures, ou même une suppuration circonscrite ; un peu de surveillance suffit à empêcher que ces complications ne deviennent un danger. Les complications locales les plus sérieuses tiennent à la blessure d'un organe voisin de la hernie (canal déférent, artère spermalique) ou contenu dans sa cavité (intestin, vessie) ; jai vu des fistules urinaires ou stercorales se produire à la suite de l'opération et guérir spontanément dans ce dernier cas; dans le premier, on a pu être contraint (Lucas- C-hampionnière) de pratiquer la castration.

Lucas-Championnère a vu trois fois des occhisions intestituilcs se produire à la suite de l'opération; la laparotomie lui a permis de guérir ses malades. Dans un quatrième cas où celte opération ne fut pas pratiquée, l'opéré succomba.

Les dangers les plus sérieux, parce qu'ils ne dépendent ni de Ihabilelé du chirurgien ni des précautions dont il s'entoure, sont ceux qui dépendent des complications pulmonaires, congestion, broncho-pneumonies consécutives à l'opération, du shock opératoire, du délire alcoolique chez certains sujets ; mentionnons encore comme accidents exceptionnels possibles la mort par le chloroforme et l'asphyxie causée par le reflux des vomissements dans les voies aériennes (Kûster)('). On doit toujours surveiller avec soin l'état de la poitrine chez les opérés de cure radicale, et, au moindre indice de complications, agir énergiquement au moyen d'applications de ventouses et par l'administration large d'alcool à l'intérieur.

2" Résultats définitifs, succès et récidives. — Les récidives, quand elles doivent se produire, surviennent dans les six mois (Lucas-Championnière), moins d'un an (Socin, Mitchell, Banks) après l'opération; le chiffre de celles qui ont été constatées (8 ou U, sur l'2U opérations, pour Lucas-Championnière; 7 sur !251 opérations, pour Bassini) est certainement bien au-dessous de leur proportion réelle, estimée à 50 pour 100 par Anderssen (de Zurich), à 59 pour 100, par Socin, à 25,9 pour 100, par Wolter, à !21 pour lOO par Erdmann et Svensson); la plupart des résultats ne sont pas suivis pendant un temps suffisant pour qu'on puisse se prononcer sur le caractère définitif de la guérison. Pourtant Socin a observé un résultat durable sur 85 des 155 opérés qu'il a pu revoir plus d'un an après la cure ; Svensson et Erdmann, dans les mêmes conditions, ont relevé 58 guérisons sur 48 sujets ; sur 58 opérés de Schede,

(') KiJSTER, Centralblalt fiir Cliiv., 18U0, n" 56, p. 689.

Wolter a noté il succès définilils; Bassini, sur !2ôl cas, accuse lUN guérisons observées plus d'un an, 35 plus de six mois après l'opération.

Dans les cas mcnie où le malade no peut se passer de bandage, l'opération est suivie d'une amélioration notable, résidant dans une contention plus complète et plus facile de la hernie.

Les conditions qui favorisent le succès opératoire et diminuent la gravité de l'opération, en assurent également le résultat définitif. Les petites hernies, sur de jeunes sujets, dont les anneaux ne sont pas encore dilatés, réunissent les meilleures chances de succès. Bassini cite [plusieurs de ses opérés qui ont été déclarés aptes au service militaire, et l'un des principaux mérites de la cure radicale est de pouvoir rendre à l'activité professionnelle, aux carrières militaires, maritimes, coloniales, un certain nombre de jeunes gens qui en auraient été exclus par leur infirmité.

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