ANOMALIES PHYSIOLOGIQUES
Je serai bref sur les anomalies de la fonction mammaire, c'est-à-dire de la lactation, car le sujet ne présente presque aucun intérêt chirurgical. Ces anomalies sont d'ordres divers. J'étudierai successivement : i» l'absense de sécrétion; 2" l'excès de sécrétion ; o*^ les sécrétions anormales par l'époque de leur apparition ou hétérochrones ; 4" la lactation chez Ihomme.
1" Absence de sécrétio)i lactée. — Ayalaclie. — Si l'insuffisance de la sécrétion lactée est un phénomène très commun, l'agalactie proprement dite est au contraire fort rare. Il arrive cependant parfois que chez des femmes bien consti-' tuées, les seins quoique suffisamment développés, ne sécrètent pas une seule goutte de lait. Cette anomalie s'annonce déjà pendant la grossesse par l'absence de colostrum. Après l'accouchement, la poussée congestive, ce qu'on appelle la montée du lait, ne se fait pas, et les seins, qui s'étaient développés, au début de la gestation, se flétrissent sans rien sécréter. Puech, qui rapporte un bel exemple personnel de cette anomalie, en cite quelques autres. Le plus remarquable est celui de cette femme qui eut 15 enfants sans jamais sécréter une goutte de lait. Ses seins étaient du reste normalement conformés. Sa mère avait eu 25 enfants, et à aucun de ses nombreux accouchements la sécrétion lactée ne s'était établie (*). \}\\ fait étrange, c'est que l'absence de sécrétion peut ne porter que sur un seul sein sans qu'on trouve à cette bizarrerie aucune raison anatomique. Je ne ferai que mentionner l'agalactie secondaire, c'est-à-dire la suppression de la lactation qui se produit d'une manière accidentelle plus ou moins longtemps après l'accouchement.
2" Hypersécrétion. — Certaines femmes sécrètent une énorme quantité de lait, jusqu'à 1800 centigrammes par jour, sans que le lait soit altéré, sans que la santé générale ait à souffrir de cette hypersécrétion. Ce sont des cas de polyijaUe simple, qui ne relèvent pas de la pathologie. Dans d'autres cas, le lait devient séreux, et la quantité sécrétée atteint des proportions extraordinaires. « Une malade perdait I litre de lait toutes les six heures, une autre remplissait
(') Hahlau, Med.-chir. Review, juillet 1859.
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une cuvellc en (luelqucs inslanls (') ». G. de Mussy parle d'une femme qui perdait 7 litres de lait par jour. Une telle hypersécrétion ne peut aller sans altération de la santé : elle est vérilnblemcnt pathologique et doit être traitée comme telle. Il faut employer les toniques pour relever l'état général. Contre rhypersécrétion, on utilisera l'iode intus et extra, l'iodure de potassium, l'agaric blanc préconisé par Joulin. Si ces moyens échouent, il faut avoir recours au sevrage, ce qui ne suffit ])as toujours.
En eiïet, dans certains cas, la sécrétion se continue bien au delà des limites ordinaires. C'est peut-être dans cette forme de galactorrhée qu'on trouve les faits les plus extraordinaires. Dcpaul a vu la sécrétion persister quatre ans après l'accouchement. Charrier sept ans, Puech dix ans, Bœrhave douze ans. « Cette femme, dit Bœrhave, finit par être atteinte d'un diabète laiteux, de sorte que toute la nourriture qu'elle prenait s'échappait de ses mamelles sous forme de lait, sans aucune succion (-) ». Il y a des faits plus extraordinaires encore. Puech cite, d'après Horace Green, l'observation suivante : « Une lady de quarante-sept ans, de constitution puissante, réglée et de bonne santé, était, quatorze ans auparavant, accouchée de son quatrième et dernier enfant (le premier avait été conçu à vingt ans), et depuis elle avait conservé le lait au sein. Cette sécrétion persista alors qu'elle devint veuve, et, en sa qualité de grand'mère, elle put concourir pour un temps à l'allaitement de son petit fils. » Cazeaux a vu une femme qui, pendant les quarante-sept années qui suivirent la naissance de son premier enfant, eut une sécrétion de lait tellement abondante qu'elle put nourrir six enfants lui appartenant et huit étrangers. Elle fut toujours régulièrement raenstruée pendant l'allaitement, et à quatrevingt-un ans elle avait encore du lait. Cette galactorrhée peut se faire par un seul sein, comme dans le cas de Gibbons (^). Le sein droit se tarit, mais le sein gauche continua à donner 600 grammes de lait par jour pendant onze mois.
5" Lactation ]iétérochro)ie. — Depuis les recherches de Scanzoni (*), de Natalis Guillot(*), de GûblerC), de De Sinety(^), on sait que chez les nouveau-nés il y a d'une manière à peu près constante production d'une petite quantité de lait. Toute sécrétion lactée qui se produit après la naissance et en dehors de la gestation mérite le nom de sécrétion hétérochrone. Ces sécrétions anormales ont été l'objet de plusieurs monographies. Je citerai surtout celles de Capron (^) et de Duval ('■•). De la naissance à la puberté, les faits de sécrétion lactée sont rares. On cite toujours les 2 cas de Baudelocque et de Pauli. Le premier est le plus remarquable : il s'agit d'une petite fille qui allaita un enfant de quelques mois alors que la mère était empêchée de le faire par des crevasses. Au moment de la puberté, il n'est pas rare de voir les seins fournir
(') PcECii, Loc. cil., \). Ô8.
(-) BoKiîiiAVE, PneJccliones academic?p, t. III, p. 205.
('') GinnoNS, Obslr. Soc. of London, févr. 1887.
('') Scanzoni, Verhandl. dcr phys.-nied. Gesell. :-u M'ilrzbarg, l. II. W 10, p. 85'2.
1°) M. GuiLLOT, Arch. gén. de méd.
C^) Glbleh, Mém. de la Soc. de hioL, 2° série, l. II.
(') De Sinetv, Arcli. de physiol., 1875.
(S) Capron, Thèse de P;nis, 1877.
(9) Duval, Thèse de Paris, 1881.
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(luclqucs o-oullos de litiuidr; mais co n'osl pas là du lail vérilablo. Entre la piiltertc cl la ménopause, et uk^iic au delà de la ménopause, il y a d'assez nombreux exemples de femmes vierges, nullipares ou mulli[)ares, qui ont présenté, en dehors de la grossesse, une sécrétion lactée plus ou moins abondante. C'est là un chapitre qu'il est facile d'égayer de nombreuses anecdotes : je m'en dispenserai. Il est plus intéressant de chercher quelle peut élre la cause de ces sécrétions hélérochrones. Dans un grand nombre de cas, la sécrétion est le résultat direct d'une excitation mécani«j[ue portée sur le sein ou sur le mamelon. Une jeune fille, une jeune femme donne le sein à un nourrisson pour l'apaiser, et bientôt ce sein se remplit. La possibilité d'établir la sécrétion du lait par l'excitation mécanique est bien connue. Cl. Bernard (•) la signale; elle est industriellement employée pour les femelles laitières, particulièrement pour les chèvres. Ouand la sécrétion hétérochrone survient sans excitation mécanique : elle est plus difficile à expliquer. Dans certains cas, elle a paru liée à des altérations des organes génitaux, utérus ou ovaires, mais il est bien difficile d'aflirmcr qu'il en soit toujours ainsi. Je ne parlerai naturellement pas ici de la sécrétion minime qui marque le début de certaines tumeurs.
-i" Laclalion chez ritomnic. — J'ai déjà dit que chez les nouveau-nés, à quelque sexe qu'ils appartiennent, les mamelles sont le siège d'une poussée congestive. qui amène la production d'une petite quantité de lait véritable. Hors ce fait, la lactation chez l'homme n'est guère qu'un chapitre de la gynécomastie. On en a rapporté un assez grand nombre d'exemples (-) qui n'ont guère qu'un intérêt anccdotique. Elle peut se produire à tous les âges. Schacher l'a observée chez un sexagénaire et chez un enfant de neuf ans. Toutefois, il ne faudrait pas croire que la lactation soit forcément liée à la gynécomastie. Cliquet (^) a tenté chez un soldat dont les seins s'étaient hypertrophiés à la suite d'une orchite traumatique de déterminer la sécrétion par des efforts de succion répétés, toutes ses tentatives échouèrent. Par contre, on a pu voir la succion déterminer la production de lait et le gonflement de la glande, chez des individus qui n'étaient pas antérieurement gynécomastes. Humbold (*) raconte qu'un homme, ayant donné plusieurs fois le sein à son enfant pour le calmer pendant que sa mère était malade, vit survenir une sécrétion assez abondante et assez riche pour suffire à l'alimentation de l'enfant.
(*) Claude Bernard, Leçons sur les propriétés physioloQÙjnes et les altérations pathologiques des liquides de l'organisntc.
(-) Quelques-uns même ont été recueillis chez les animaux mâles. (^) Cliquet, Trib. mcd., 4 nov. 1877.
(*) Hu.MBOLDT, Voyage aux régions équinoxiales du iiouveau continent.
TRAITÉ DE CHIRURGIE. — \'l iO
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